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Passé le choc d’un premier single à la
classe folle (Dead Wrong), le Californien
Hanni El Khatib, designer reconnu et skateur éprouvé, lâche les amarres et
redore sur un premier album le blason d’un garage rock habité qui n’avait plus
été aussi proche de ses racines rock’n’roll et rhythm’n’blues depuis longtemps. [Article Laurent Maréchal].
Loin de l’image de mauvais garçon prêt à en découdre à la moindre incartade qu’il s’est donnée en dédicaçant son premier album à qui s’est déjà pris une balle (sic) ou a été renversé par un train (resic), Hanni El Khatib, ancien designer de métier – il fut longtemps directeur artistique pour la marque Huf – et skateur de haute vol, est un type affable. Reconverti musicien professionnel sur le tard, le jeune trentenaire aux tatouages multiples et à la houppette savamment rebelle assure sereinement la promotion de son premier effort (le très réussi Will The Guns Come Out) dans le showroom parisien d’une célèbre marque d’équipements sportifs qui a eu le bon goût de choisir I Got A Thing, reprise survitaminée d’une vieille scie psychédélique de Funkadelic, pour sa dernière campagne publicitaire. “Je n’avais rien anticipé et n’imaginais vraiment pas il y a quelques mois être là à parler de mon album, encore moins avoir une chanson dans une pub de Nike, c’était même la dernière chose que je pouvais prédire. Je voulais simplement trouver du temps pour jouer et enregistrer, voir éventuellement pouvoir sortir un 45 tours… Je viens seulement de quitter mon job de designer pour me consacrer pleinement à la musique”.
Pragmatique, Hanni El Khatib est loin de se laisser happer par cette hype naissante. “Je sais, tout ça n’a rien de très punk, mais j’y vois surtout une excellente opportunité de voyager pour faire connaître ma musique, et puis en tant que skateur, c’est tout de même très cool”. Jusque-là absorbé par sa prenante carrière de directeur artistique, le Californien a profité d’une amitié musicale pour abandonner un job lucratif et enfin plonger de plain-pied dans le circuit rock. Enrôlé par Marc Bianchi, l’un de ses meilleurs amis, comme guitariste scénique pour la tournée de Her Space Holiday, Hanni se prend au jeu et commence à composer de son côté. À la guitare acoustique, il finalise quelques morceaux vite diffusés sur sa page MySpace. “J’expérimentais, j’apprenais à maquetter, rien de très sérieux. La guitare acoustique, c’était pour ne pas faire de bruit parce que je m’enregistrais dans mon appartement”. Marc Bianchi ne manque pas de le pousser à diffuser plus adroitement ses ébauches. Un premier EP autoproduit et acoustique (Bullfighter's Heart) trouve, on ne sait par quel miracle, son chemin jusqu’à la boutique Colette à Paris, puis jusqu’aux mains de Jamie Strong et Nate Nelson, deux piliers notoires du célèbre label Stones Throw (Madlib, J Dilla, Aloe Blacc ou The Stepkids). Mais Nate Nelson, qui préside sa propre structure (Innovative Leisure), s’empresse de le signer. Hanni peut se mettre à faire du raffut à la guitare électrique.
De père palestinien et de mère philippine, né à San Francisco et désormais installé à Los Angeles, traînant un patronyme que l’on pourrait croire peu approprié à la pratique du rock’n’roll au pays de l’oncle Sam, le garçon, est en passe de devenir l’un de ses plus fiers représentants actuels, assurément celui à en avoir le mieux pigé l’imagerie. Une imagerie qu’il prend à cœur de maîtriser de A à Z, exigeant comme souhaité à sa signature sur Innovative Leisure l’absolu contrôle de tout ce qui paraît sous son nom, quémandant même, comme il en rêvait, la sortie d’un premier single au format 45 tours avec son lot de sept pochettes différentes multicolores imaginées par lui-même. “Je veux que rien ne m’échappe… Alors, je designe tout ce qui sort – des disques aux tee-shirts en passant par les produits du merchandising”. ça tombe bien, car le gars ne manque pas de talent. D’ailleurs, il assure aussi une bonne partie de l’artwork du label. Bad boys californiens en goguette à faire frémir de plaisir Morrissey, la banane en étendard et tôles froissées de Chevrolet décrépies peuplent un imaginaire qui colle parfaitement à une musique volontiers sale et revêche. “Je suis fasciné par tout ce qui est tragique et agressif”, confie-t-il. Le cœur sait pourtant aussi se faire tendre. Pour preuve, une reprise osée du King, Heartbreak Hotel.
Beaucoup se sont cassés les dents sur cette mélopée mélodramatique à faire chialer les ménagères, lui en a fait une comptine folk déglinguée à la Tom Waits. “J’avais une mélodie à la guitare pour laquelle j’avais commencé à écrire un texte. En la répétant, les paroles de Heartbreak Hotel sont venues s’y greffer. Ce qui ne donne pas réellement une cover, mais les paroles collent parfaitement à la musique pour des raisons que je ne m’explique toujours pas”. L’influence du vieux grognard américain n’est pas totalement fortuite. “Les microphones avaient été placés à quelques mètres du banjo pour recréer cette même ambiance crasseuse et cette impression d’espace". Le morceau tranche dans un album par ailleurs plus bruitiste et immédiat, lorgnant avec facilité sur des idoles de jeunesse avouées (The Cramps, The Sonics, Billy Childish, The Stooges), transformant même en hymne garage la rengaine You Rascal You (popularisée de ce côté de l’Atlantique par Gainsbourg en Vieille Canaille). Encore plus minimal en concert – seulement accompagné à la batterie par son ami d’enfance et polyvalent Nicky Fleming-Yaryan –, Hanni revisite généreusement un court répertoire agrémenté de reprises plus ou moins reconnaissables. “Beaucoup de gens ne les reconnaissent même pas”, rigole-t-il. “Pourtant, j’en joue beaucoup… J’aime l’idée de m’approprier quelque chose qui peut paraître classique pour en faire autre chose”.
Concernant la formule guitare-batterie, elle ne serait qu’une simple contrainte matérielle. À son premier concert, le bassiste fraîchement recruté lui aurait fait faux bon. “L’alchimie avec Nicky a été parfaite dès le départ. D’ailleurs, cela correspond bien à mon album que j’ai enregistré pour la quasi-totalité seul. J’y joue de presque tous les instruments. Il contient très peu d’overdubs”, dit-il avec un brin de fierté, presque capable de les citer un à un. Difficile pourtant de ne pas y voir un vrai parti pris stylistique tant la formule s’avère en adéquation avec les visées esthétiques du personnage. Pour lui, une chanson trop propre sur elle n’est jamais complètement honnête. “Même dans une formation plus élargie, je crois que ma musique tendrait toujours vers cette forme minimaliste, j’aime toucher au plus près la structure des chansons, toujours rester dans la simplicité”.
Loin de l’image de mauvais garçon prêt à en découdre à la moindre incartade qu’il s’est donnée en dédicaçant son premier album à qui s’est déjà pris une balle (sic) ou a été renversé par un train (resic), Hanni El Khatib, ancien designer de métier – il fut longtemps directeur artistique pour la marque Huf – et skateur de haute vol, est un type affable. Reconverti musicien professionnel sur le tard, le jeune trentenaire aux tatouages multiples et à la houppette savamment rebelle assure sereinement la promotion de son premier effort (le très réussi Will The Guns Come Out) dans le showroom parisien d’une célèbre marque d’équipements sportifs qui a eu le bon goût de choisir I Got A Thing, reprise survitaminée d’une vieille scie psychédélique de Funkadelic, pour sa dernière campagne publicitaire. “Je n’avais rien anticipé et n’imaginais vraiment pas il y a quelques mois être là à parler de mon album, encore moins avoir une chanson dans une pub de Nike, c’était même la dernière chose que je pouvais prédire. Je voulais simplement trouver du temps pour jouer et enregistrer, voir éventuellement pouvoir sortir un 45 tours… Je viens seulement de quitter mon job de designer pour me consacrer pleinement à la musique”.
Pragmatique, Hanni El Khatib est loin de se laisser happer par cette hype naissante. “Je sais, tout ça n’a rien de très punk, mais j’y vois surtout une excellente opportunité de voyager pour faire connaître ma musique, et puis en tant que skateur, c’est tout de même très cool”. Jusque-là absorbé par sa prenante carrière de directeur artistique, le Californien a profité d’une amitié musicale pour abandonner un job lucratif et enfin plonger de plain-pied dans le circuit rock. Enrôlé par Marc Bianchi, l’un de ses meilleurs amis, comme guitariste scénique pour la tournée de Her Space Holiday, Hanni se prend au jeu et commence à composer de son côté. À la guitare acoustique, il finalise quelques morceaux vite diffusés sur sa page MySpace. “J’expérimentais, j’apprenais à maquetter, rien de très sérieux. La guitare acoustique, c’était pour ne pas faire de bruit parce que je m’enregistrais dans mon appartement”. Marc Bianchi ne manque pas de le pousser à diffuser plus adroitement ses ébauches. Un premier EP autoproduit et acoustique (Bullfighter's Heart) trouve, on ne sait par quel miracle, son chemin jusqu’à la boutique Colette à Paris, puis jusqu’aux mains de Jamie Strong et Nate Nelson, deux piliers notoires du célèbre label Stones Throw (Madlib, J Dilla, Aloe Blacc ou The Stepkids). Mais Nate Nelson, qui préside sa propre structure (Innovative Leisure), s’empresse de le signer. Hanni peut se mettre à faire du raffut à la guitare électrique.
De père palestinien et de mère philippine, né à San Francisco et désormais installé à Los Angeles, traînant un patronyme que l’on pourrait croire peu approprié à la pratique du rock’n’roll au pays de l’oncle Sam, le garçon, est en passe de devenir l’un de ses plus fiers représentants actuels, assurément celui à en avoir le mieux pigé l’imagerie. Une imagerie qu’il prend à cœur de maîtriser de A à Z, exigeant comme souhaité à sa signature sur Innovative Leisure l’absolu contrôle de tout ce qui paraît sous son nom, quémandant même, comme il en rêvait, la sortie d’un premier single au format 45 tours avec son lot de sept pochettes différentes multicolores imaginées par lui-même. “Je veux que rien ne m’échappe… Alors, je designe tout ce qui sort – des disques aux tee-shirts en passant par les produits du merchandising”. ça tombe bien, car le gars ne manque pas de talent. D’ailleurs, il assure aussi une bonne partie de l’artwork du label. Bad boys californiens en goguette à faire frémir de plaisir Morrissey, la banane en étendard et tôles froissées de Chevrolet décrépies peuplent un imaginaire qui colle parfaitement à une musique volontiers sale et revêche. “Je suis fasciné par tout ce qui est tragique et agressif”, confie-t-il. Le cœur sait pourtant aussi se faire tendre. Pour preuve, une reprise osée du King, Heartbreak Hotel.
Beaucoup se sont cassés les dents sur cette mélopée mélodramatique à faire chialer les ménagères, lui en a fait une comptine folk déglinguée à la Tom Waits. “J’avais une mélodie à la guitare pour laquelle j’avais commencé à écrire un texte. En la répétant, les paroles de Heartbreak Hotel sont venues s’y greffer. Ce qui ne donne pas réellement une cover, mais les paroles collent parfaitement à la musique pour des raisons que je ne m’explique toujours pas”. L’influence du vieux grognard américain n’est pas totalement fortuite. “Les microphones avaient été placés à quelques mètres du banjo pour recréer cette même ambiance crasseuse et cette impression d’espace". Le morceau tranche dans un album par ailleurs plus bruitiste et immédiat, lorgnant avec facilité sur des idoles de jeunesse avouées (The Cramps, The Sonics, Billy Childish, The Stooges), transformant même en hymne garage la rengaine You Rascal You (popularisée de ce côté de l’Atlantique par Gainsbourg en Vieille Canaille). Encore plus minimal en concert – seulement accompagné à la batterie par son ami d’enfance et polyvalent Nicky Fleming-Yaryan –, Hanni revisite généreusement un court répertoire agrémenté de reprises plus ou moins reconnaissables. “Beaucoup de gens ne les reconnaissent même pas”, rigole-t-il. “Pourtant, j’en joue beaucoup… J’aime l’idée de m’approprier quelque chose qui peut paraître classique pour en faire autre chose”.
Concernant la formule guitare-batterie, elle ne serait qu’une simple contrainte matérielle. À son premier concert, le bassiste fraîchement recruté lui aurait fait faux bon. “L’alchimie avec Nicky a été parfaite dès le départ. D’ailleurs, cela correspond bien à mon album que j’ai enregistré pour la quasi-totalité seul. J’y joue de presque tous les instruments. Il contient très peu d’overdubs”, dit-il avec un brin de fierté, presque capable de les citer un à un. Difficile pourtant de ne pas y voir un vrai parti pris stylistique tant la formule s’avère en adéquation avec les visées esthétiques du personnage. Pour lui, une chanson trop propre sur elle n’est jamais complètement honnête. “Même dans une formation plus élargie, je crois que ma musique tendrait toujours vers cette forme minimaliste, j’aime toucher au plus près la structure des chansons, toujours rester dans la simplicité”.
