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Homme de génie, dandy
electro-glam, bourreau de travail, tête pensante du label discoïde Italians Do It Better et membre actif de Glass Candy,
Desire ou Chromatics, l’éclectique Johnny Jewel était de passage dans notre capital pour
clôturer le festival Super Mon Amour ! Cette ultime date d’une tournée marathon
tombait donc à pic pour rencontrer l’artisan joaillier de l’italo disco. Des
secrets de fabrication du son Italians
en passant par les débuts de Glass Candy, et l’évolution vers ses autres
projets, l’Arlequin moderne tombe le masque et nous révèle quelques traits
d’une personnalité multiforme.
[Interview par Sébastien Jenvrin].
Fondé en 1996, Glass Candy n'a rencontré le succès qu'en 2007 avec B/E/A/T/B/O/X. Éclaire-nous sur cette longue mue qui vous voit passer, toi et ta copine Ida, du post-punk débraillé à l'italo disco.
C’est surtout lié aux aléas de la vie, ça s’est fait très lentement. Quand nous avons créé Glass Candy, je n'avais jamais fait de musique pop avant, je n'avais aucune idée de comment composer une chanson. Je ne savais même pas jouer de la batterie, ni même de la guitare. J'ai dû tout apprendre par moi-même, petit à petit. Mes premiers enregistrements étaient très brouillons parce que je ne savais pas ce que je faisais. Ma musique se tournait naturellement vers les synthés, mais, dans ma tête, je faisais une distinction : d'un côté, le son basé sur les synthés, qui est plus abstrait, et d'un autre côté, la pop, qui est davantage axée sur les guitares. Les débuts de Glass Candy étaient vraiment très underground, on se foutait bien de savoir si les gens s'intéresseraient ou non à notre travail. Ce qui nous plaisait, c’était d’enregistrer.
Qu'est-ce que vous écoutiez à l'époque ?
On était à fond sur les Stooges, les Heartbreakers, les New York Dolls, les Rolling Stones, des trucs comme ça. On l'est toujours d'ailleurs. Et puis on s'est mis à beaucoup écouter Kraftwerk, Blondie, Donna Summer, etc. Nos goûts musicaux se sont lentement aiguisés et sont devenus plus éclectiques en même temps que je m’améliorais musicalement. Je suis devenu plus à l’aise quand j’ai pu introduire mon expérience de la musique électronique dans un schéma pop, en effaçant peu à peu la frontière que j'avais imaginée entre ces deux mondes. Dans ma tête, mon electro restait de l’ordre du privé, et demeurait très personnelle, tandis que le rock était plus un truc de scène. En même temps, Ida était une performeuse, une chanteuse, mais elle avait besoin de quelqu’un pour l’accompagner, et il se trouve que j’aimais bien ses paroles. Elle adore Black Sabbath, Shocking Blue, etc. Du coup, quand elle écrit, elle ne pense pas à la house ou au disco, mais au rock. Elle travaille a capella, sans aucun son pour l’accompagner, et mon boulot, c’est de trouver la musique et le rythme qui correspondent.
Les paroles sont donc toujours le point de départ ?
Oui, parce qu’elle ne peut pas écrire à partir de ma musique, ni à partir d'aucune autre. Pour Chromatics et Desire, je compose d’abord la musique, je trouve un thème, les paroles viennent s'y poser, et je finis par travailler le rythme et les mélodies. C’est différent avec Ida parce qu’elle trouve son inspiration dans le silence, totalement isolée du monde extérieur. Je bosse donc sur le rythme en amont, et quand elle enregistre ses paroles, je n'ai plus qu'à broder une atmosphère adaptée à ses textes. C’est ce qui fait toute la particularité de Glass Candy.
À propos de particularité, comment expliques-tu le contraste entre l’aspect mélancolique de vos morceaux et leur carénage disco ?
Les gens ont tendance à associer systématiquement l’electro aux discothèques et à la ribouldingue. Je ne partage pas du tout cette vision. Pour moi, c’est autre chose, plus en rapport avec John Cage, Karlheinz Stockhausen, etc. Des compositeurs expérimentaux qui utilisent des éléments électroniques. Nous faisons de la dance très sombre, et j’aime beaucoup cette ambiguïté. La plupart des trucs disco que j’apprécie sont ténébreux, liés à des thèmes romantiques comme la perte d’un amour, ou le fait de surmonter une situation difficile. Bref, pour en revenir à ta question, quand je compose, je ne pense pas à tout ça, si ça va être dansant ou non. Beaucoup de producteurs ont une idée de ce que pourrait être le morceau parfait, et essaie de s’en rapprocher le plus possible. Moi, je n’en ai aucune idée. Je commence une chanson et je la laisse tracer sa route. Si le titre ne dépote pas, c’est pas grave, j’en fais quelque chose de plus abstrait. Tant pis si je ne ponds pas un tube. Se cantonner à un idéal, c’est sombrer dans la monotonie. Ce qui nous branche, ce sont les temps morts entre les hits, ces espaces libres qui aident à explorer des ambiances plus nuancées.
Comment en es-tu venu à fonder Italians Do It Better avec Mike Simonetti ?
En fait, nous avons d’abord signé des albums sur son label Troubleman Unlimited Records, de 2000 à 2006. C’était vraiment super. J’ai alors commencé à bosser avec les Chromatics, que j’ai repris en main, puis avec Farah et Mirage. Ensuite, il y a eu le début de Desire. Troubleman Unlimited devenait très éclectique, mais avait aussi tendance à s’éparpiller. Les fans de Glass Candy commençaient à découvrir le nouveau Chromatics, et ça devenait difficile de jongler avec tout ça. J’ai donc parlé à Mike de mon désir de créer un nouveau label avec mes cinq poulains : Farah, Mirage, Glass Candy, Chromatics et Desire. Tous ces groupes sont dispersés entre Montréal, Portland et Dallas, mais ils s’inscrivent dans un même élan. C’est comme une famille éclatée. J’ai dû rompre avec Troubleman parce que son fonctionnement ne me permettait pas de réaliser mes disques à ma façon : des albums complets, produits à ma sauce, et illustrés par mes pochettes. Je souhaitais que ces cinq formations partagent la même identité, comme si elles s’inscrivaient dans une sorte de mouvement artistique. C’est ce qui est train de se passer d’ailleurs.
La création du label a-t-elle eu un impact sur ton travail ?
Bien sûr ! Mike et moi avons mis cette structure sur pied ensemble. J’ai un droit de regard total sur l’argent qui y circule. Je m’occupe des groupes, et lui s’occupe des Dj’s. Si quelqu’un a besoin d’un synthétiseur ou d’un billet d’avion, ils m’appellent. Je prends tout en charge. Je peux réaliser les albums dans le format que je veux. Il n’y a pas de barrière. Je n’ai pas à me pencher sur toutes ces conneries de distribution, cette saleté de bureaucratie. Je réalise les pochettes, les imprime moi-même, et Mike s’occupe du reste, de toute la logistique. Ça me laisse beaucoup de liberté. Je suis en contact direct avec les artistes, je les préserve de la pression des autres labels, de toutes les dérives du business.
[Interview par Sébastien Jenvrin].
Fondé en 1996, Glass Candy n'a rencontré le succès qu'en 2007 avec B/E/A/T/B/O/X. Éclaire-nous sur cette longue mue qui vous voit passer, toi et ta copine Ida, du post-punk débraillé à l'italo disco.
C’est surtout lié aux aléas de la vie, ça s’est fait très lentement. Quand nous avons créé Glass Candy, je n'avais jamais fait de musique pop avant, je n'avais aucune idée de comment composer une chanson. Je ne savais même pas jouer de la batterie, ni même de la guitare. J'ai dû tout apprendre par moi-même, petit à petit. Mes premiers enregistrements étaient très brouillons parce que je ne savais pas ce que je faisais. Ma musique se tournait naturellement vers les synthés, mais, dans ma tête, je faisais une distinction : d'un côté, le son basé sur les synthés, qui est plus abstrait, et d'un autre côté, la pop, qui est davantage axée sur les guitares. Les débuts de Glass Candy étaient vraiment très underground, on se foutait bien de savoir si les gens s'intéresseraient ou non à notre travail. Ce qui nous plaisait, c’était d’enregistrer.
Qu'est-ce que vous écoutiez à l'époque ?
On était à fond sur les Stooges, les Heartbreakers, les New York Dolls, les Rolling Stones, des trucs comme ça. On l'est toujours d'ailleurs. Et puis on s'est mis à beaucoup écouter Kraftwerk, Blondie, Donna Summer, etc. Nos goûts musicaux se sont lentement aiguisés et sont devenus plus éclectiques en même temps que je m’améliorais musicalement. Je suis devenu plus à l’aise quand j’ai pu introduire mon expérience de la musique électronique dans un schéma pop, en effaçant peu à peu la frontière que j'avais imaginée entre ces deux mondes. Dans ma tête, mon electro restait de l’ordre du privé, et demeurait très personnelle, tandis que le rock était plus un truc de scène. En même temps, Ida était une performeuse, une chanteuse, mais elle avait besoin de quelqu’un pour l’accompagner, et il se trouve que j’aimais bien ses paroles. Elle adore Black Sabbath, Shocking Blue, etc. Du coup, quand elle écrit, elle ne pense pas à la house ou au disco, mais au rock. Elle travaille a capella, sans aucun son pour l’accompagner, et mon boulot, c’est de trouver la musique et le rythme qui correspondent.
Les paroles sont donc toujours le point de départ ?
Oui, parce qu’elle ne peut pas écrire à partir de ma musique, ni à partir d'aucune autre. Pour Chromatics et Desire, je compose d’abord la musique, je trouve un thème, les paroles viennent s'y poser, et je finis par travailler le rythme et les mélodies. C’est différent avec Ida parce qu’elle trouve son inspiration dans le silence, totalement isolée du monde extérieur. Je bosse donc sur le rythme en amont, et quand elle enregistre ses paroles, je n'ai plus qu'à broder une atmosphère adaptée à ses textes. C’est ce qui fait toute la particularité de Glass Candy.
À propos de particularité, comment expliques-tu le contraste entre l’aspect mélancolique de vos morceaux et leur carénage disco ?
Les gens ont tendance à associer systématiquement l’electro aux discothèques et à la ribouldingue. Je ne partage pas du tout cette vision. Pour moi, c’est autre chose, plus en rapport avec John Cage, Karlheinz Stockhausen, etc. Des compositeurs expérimentaux qui utilisent des éléments électroniques. Nous faisons de la dance très sombre, et j’aime beaucoup cette ambiguïté. La plupart des trucs disco que j’apprécie sont ténébreux, liés à des thèmes romantiques comme la perte d’un amour, ou le fait de surmonter une situation difficile. Bref, pour en revenir à ta question, quand je compose, je ne pense pas à tout ça, si ça va être dansant ou non. Beaucoup de producteurs ont une idée de ce que pourrait être le morceau parfait, et essaie de s’en rapprocher le plus possible. Moi, je n’en ai aucune idée. Je commence une chanson et je la laisse tracer sa route. Si le titre ne dépote pas, c’est pas grave, j’en fais quelque chose de plus abstrait. Tant pis si je ne ponds pas un tube. Se cantonner à un idéal, c’est sombrer dans la monotonie. Ce qui nous branche, ce sont les temps morts entre les hits, ces espaces libres qui aident à explorer des ambiances plus nuancées.
Comment en es-tu venu à fonder Italians Do It Better avec Mike Simonetti ?
En fait, nous avons d’abord signé des albums sur son label Troubleman Unlimited Records, de 2000 à 2006. C’était vraiment super. J’ai alors commencé à bosser avec les Chromatics, que j’ai repris en main, puis avec Farah et Mirage. Ensuite, il y a eu le début de Desire. Troubleman Unlimited devenait très éclectique, mais avait aussi tendance à s’éparpiller. Les fans de Glass Candy commençaient à découvrir le nouveau Chromatics, et ça devenait difficile de jongler avec tout ça. J’ai donc parlé à Mike de mon désir de créer un nouveau label avec mes cinq poulains : Farah, Mirage, Glass Candy, Chromatics et Desire. Tous ces groupes sont dispersés entre Montréal, Portland et Dallas, mais ils s’inscrivent dans un même élan. C’est comme une famille éclatée. J’ai dû rompre avec Troubleman parce que son fonctionnement ne me permettait pas de réaliser mes disques à ma façon : des albums complets, produits à ma sauce, et illustrés par mes pochettes. Je souhaitais que ces cinq formations partagent la même identité, comme si elles s’inscrivaient dans une sorte de mouvement artistique. C’est ce qui est train de se passer d’ailleurs.
La création du label a-t-elle eu un impact sur ton travail ?
Bien sûr ! Mike et moi avons mis cette structure sur pied ensemble. J’ai un droit de regard total sur l’argent qui y circule. Je m’occupe des groupes, et lui s’occupe des Dj’s. Si quelqu’un a besoin d’un synthétiseur ou d’un billet d’avion, ils m’appellent. Je prends tout en charge. Je peux réaliser les albums dans le format que je veux. Il n’y a pas de barrière. Je n’ai pas à me pencher sur toutes ces conneries de distribution, cette saleté de bureaucratie. Je réalise les pochettes, les imprime moi-même, et Mike s’occupe du reste, de toute la logistique. Ça me laisse beaucoup de liberté. Je suis en contact direct avec les artistes, je les préserve de la pression des autres labels, de toutes les dérives du business.