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Bilan 2011 - Portrait de Christopher Owens de Girls

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Avec décembre vient l'heure du bilan. Vous connaissez notre tableau d'honneur des albums et singles de 2011, à retrouver en intégralité dans notre Hors-série 365 Chroniques. Dans ce même numéro, vous trouverez les portraits de nos dix personnalités de l'année, de Trish Keenan à James Blake, en passant par Bobby Gillespie, James Murphy, Faris Badwan, Satan, Bernard Lenoir ou... Christopher Owens. Profil du gandin obscène de Girls.

Dresser le portrait de Christopher Owens revient à rassembler les pages éparpillées d'une autobiographie qui s'écrit constamment et à la vue de tous. Ses interviews, ses comptes Twitter et YouTube, le répertoire de Girls sont l'encre et la trame de ce livre ouvert, confession permanente qui a troqué l'objet du péché contre un intenable et si contemporain désir narcissique. Christopher Owens a mis au monde Girls en puisant dans son intimité, alors Girls doit dévoiler au monde l'intimité inépuisable de Christopher Owens. C'est l'aubaine pour les fans en recherche d'identification, comme si Kurt Cobain avait publié Journals (2002) de son vivant. L'aubaine aussi pour les psychanalystes de comptoir. Une éducation veuve d'autorité paternelle, l'enfance volée par la secte Children Of God et ses mœurs post-hippies abjects, sa mère qui se prostitue en sa présence et laisse mourir un grand-frère de pneumonie par respect pour les préceptes anti-médicinaux du gourou, la reconstruction auprès de l'improbable philanthrope texan Stanley Marsh 3, les tuteurs musicaux Matt Fishbeck (Holy Shit) et Ariel Pink, l'adoration des écrivains ennemis Truman Capote et Gore Vidal, son excitation à l'idée de séduire des fans masculins, sa vocation de groupie chatouillée par Harry Potter et Miley Cyrus, sa conversion au magazine littéraire The Paris Review, l'addiction aux drogues dures qui l'aide à composer mais dont il tente de se défaire à l'approche des tournées, son goût pour la crème de blé…

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De l'épisode le plus trash à l'anecdote la plus légère, la personnalité de Christopher Owens se dépiaute en pleine lumière quand celle de Chet “JR” White grandit dans l'ombre, lui, le partenaire de départ, metteur en son méticuleux. Un duetto contrasté qui explose de couleurs sur le deuxième album de Girls, Father, Son, Holy Ghost (2011). Disque de l'année et de l'ambition, du pardon maternel et de l'espoir individuel, de l'amitié et de l'admiration, où les orgues font couler des rivières de diamants et les chœurs gospel érigent des monuments de foi. Kitsch, n'est-ce pas ? Certes, mais comme peut l'être Daniel Johnston, Christopher Owens et sa musique sont des détecteurs de fausseté dont la naïveté brûlante déclenche autant la compassion chez l'ingénu que les sarcasmes d'un petit monde à merde où chier dans les bottes est la drôle de règle d'or.



Délimiter de manière aussi manichéenne le territoire de Girls, ses fidèles et ses opposants, relève sûrement d'un manque de clairvoyance, mais cette dernière n'a-t-elle pas été dissoute dans l'acide du 113ème degré triomphant ? N'a-t-elle pas été ridiculisée par le théâtre des moqueurs sans substance qui roulent les cyniques de l'antiquité – ceux qui avaient alors raison – dans leur propre fange postmoderne ? Girls est un îlot de sincérité perdu dans des eaux pourries. Là même où le blond songwriter cultive son malheur avec une obscénité généreuse. Là où ses chansons récoltent le succès quand l'idole de la sophistication pop Lawrence (Felt) – à qui Girls a dédié un single cette année – échoua, à cause, notamment, de sa psyché à angle fermé. On repense alors à cette dédicace griffonnée sur notre 45 tours de Lust For Life (2008), quand nous avions rencontré Christopher pour la première fois, en juillet 2008, pendant le Midi Festival. Comme l'exergue du conte plein de grandeur candide qui se rédige depuis. Il avait écrit : “From my heart to your ears”.
Jean-François Le Puil

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