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Jour 2. Les festivaliers se sont métamorphosés avec la nuit (blanche) et pluvieuse, passant à présent pour une espèce étrange de mammifère vivant sous terre. Les pieds s'enfoncent dans la gadoue à chaque pas, et les silhouettes mornes errent dans la grisaille. Le défi à relever ce soir, pour les formations qui monteront sur scène, sera de raviver la flamme du public, éteinte par trop d'averses. [Compte-rendu Catherine Guesde, photos Fabien Le Gourrierec et Catherine Guesde].
A la fin d'une après-midi boueuse qui aura vu les Ray-ban de la veille laisser place à des ensembles bottes-poncho dignes des meilleurs ostréiculteurs de la région, The Hundred In The Hands ont pour mission d'ouvrir la soirée. C'est une rude tâche que de remonter le moral des troupes – que l'on croirait tout droit sorties des tranchées – et les Brooklyniens ne sont que deux sur scène. Duo fraichement découvert cet été, à la faveur d'un irrésistible single (Dressed In Dresden), le couple ne peut se prévaloir d'une longue expérience scénique : si Jason Friedman officie depuis longtemps dans The Boggs, Eleanor ne l'y a rejoint que le temps d'une tournée. Malgré cela, les deux summertime goths autoproclamés enflamment la scène et tout ce qui l'entoure. Le vacarme que ces deux-là réussissent à produire est colossal, et l'on se noie bientôt dans leurs textures éthérés et envoûtantes. Voix enchanteresse, riffs tapageurs, beats insistants, tout est là pour filer le vertige.

Les efficaces Pigeons, Young Aren't So Young, et Gold Blood s'enchaînent dans une ascension d'hédonisme pur, avant de se dénouer dans un Dressed In Dresden joué près de l'os, preuve que les Américains sont avant tout un duo de rock. Le temps d'une berceuse de circonstance (parlant de la pluie mais pas du beau temps) en guise de rappel – chose suffisamment rare dans ce festival pour être soulignée – et le duo nous laisse dans les bras de Bacchus, le sourire des possédés aux lèvres.
Ce ne sont pas les riffs aériens de Foals qui nous feront redescendre sur terre. Eux nous offrent un aller direct pour les étoiles, constituant la bande originale rêvée du soleil couchant.

Les limites se brouillent, entre les guitares aériennes et les beats entêtants ; tout est là pour envoûter, pour poursuivre et mener à l'extrême l'ivresse déclenchée par The Hundred In The Hands. Attaquant sec avec leur chansons-titre Total Life Forever, les gaillards ne relâcheront jamais la tension mise en place d'emblée, que ce soit sur la fabrique à déhanchés qu'est Miami, sur l'endiablé Cassius ou encore sur l'envoûtant Spanish Sahara. Les mélodies flottent dans la lumière bleutée des projecteurs, tandis que résonnent les cris d'un Yannis dont la voix rappelle immanquablement celle de son prédécesseur Robert Smith, qui a foulé cette même scène quelques années plus tôt. Quant aux entrelacs de guitare, ils semblent tout simplement en suspens, dans l'air de plus en plus fiévreux de cette Route du Rock. Rarement le math rock aura semblé aussi aguicheur.

Il est temps pour la gigantesque machine de guerre qu'est Massive Attack d'envahir la scène. Le groupe mythique dégaine, sans ciller, un arsenal monumental de sons, des rythmes impitoyables aux lourdes nappes de synthé. Après les célestes Foals, c'est une véritable chape de plomb qui s'abat sur le Fort avec l'arrivée de Massive Attack – une chape tout à fait bien dessinée, sculptée dans ses moindres recoins. Les tubes sont exhibés (Teardrop, Mezzanine), très proches de leur version album, impeccables, lugubres et palpitants à souhait, tandis que défilent sur un écran géant des lettres rouges dessinant les mauvaises nouvelles du pays (jamais on aura autant lu le nom de Sarkozy à la Route du Rock).

Cette bande originale venimeuse d'un monde malade de vitesse se prolonge jusque tard dans la nuit. La discographie est déterrée et les titres redoutables (Angel, Girl I Love You) s'enchaînent, embarquant les festivaliers dans un long voyage dans les sous-sols asphyxiants de Massive Attack – groupe dont le concert illustre à merveille le nom, tant ces sons pesants agressent l'auditoire en même temps qu'ils le flattent.

L'arrivée de Two Door Cinema Club apporte un véritable bol d'air frais après ces incursions claustrophobes. Et réveille une foule fascinée ou endormie, c'est selon.

Les rythmes survoltés, les riffs incisifs (Do You Want It All) et le chant entraînant (Come Back Home) communiquent par électrochocs des doses d'adrénaline salutaire à cette heure avancée de la nuit. Et voilà que la boue se transforme en terrain de jeu, et que ça danse des rocks endiablés au beau milieu des flaques. Pas un grincheux qui puisse échapper à cette crise d'euphorie collective. Et nous voilà repartis pour un tour, comme à l'aube d'une journée nouvelle, qui sera enflammée pour ses premières heures par les incantations électroniques de We Have Band. Leurs bleeps seront suffisemment peu stimulants pour nous renvoyer sans autre forme de procès au camping, où des concerts plus informels - plus chaotiques aussi - se tiendront jusqu'au petit matin.
A la fin d'une après-midi boueuse qui aura vu les Ray-ban de la veille laisser place à des ensembles bottes-poncho dignes des meilleurs ostréiculteurs de la région, The Hundred In The Hands ont pour mission d'ouvrir la soirée. C'est une rude tâche que de remonter le moral des troupes – que l'on croirait tout droit sorties des tranchées – et les Brooklyniens ne sont que deux sur scène. Duo fraichement découvert cet été, à la faveur d'un irrésistible single (Dressed In Dresden), le couple ne peut se prévaloir d'une longue expérience scénique : si Jason Friedman officie depuis longtemps dans The Boggs, Eleanor ne l'y a rejoint que le temps d'une tournée. Malgré cela, les deux summertime goths autoproclamés enflamment la scène et tout ce qui l'entoure. Le vacarme que ces deux-là réussissent à produire est colossal, et l'on se noie bientôt dans leurs textures éthérés et envoûtantes. Voix enchanteresse, riffs tapageurs, beats insistants, tout est là pour filer le vertige.

Les efficaces Pigeons, Young Aren't So Young, et Gold Blood s'enchaînent dans une ascension d'hédonisme pur, avant de se dénouer dans un Dressed In Dresden joué près de l'os, preuve que les Américains sont avant tout un duo de rock. Le temps d'une berceuse de circonstance (parlant de la pluie mais pas du beau temps) en guise de rappel – chose suffisamment rare dans ce festival pour être soulignée – et le duo nous laisse dans les bras de Bacchus, le sourire des possédés aux lèvres.
Ce ne sont pas les riffs aériens de Foals qui nous feront redescendre sur terre. Eux nous offrent un aller direct pour les étoiles, constituant la bande originale rêvée du soleil couchant.

Les limites se brouillent, entre les guitares aériennes et les beats entêtants ; tout est là pour envoûter, pour poursuivre et mener à l'extrême l'ivresse déclenchée par The Hundred In The Hands. Attaquant sec avec leur chansons-titre Total Life Forever, les gaillards ne relâcheront jamais la tension mise en place d'emblée, que ce soit sur la fabrique à déhanchés qu'est Miami, sur l'endiablé Cassius ou encore sur l'envoûtant Spanish Sahara. Les mélodies flottent dans la lumière bleutée des projecteurs, tandis que résonnent les cris d'un Yannis dont la voix rappelle immanquablement celle de son prédécesseur Robert Smith, qui a foulé cette même scène quelques années plus tôt. Quant aux entrelacs de guitare, ils semblent tout simplement en suspens, dans l'air de plus en plus fiévreux de cette Route du Rock. Rarement le math rock aura semblé aussi aguicheur.

Il est temps pour la gigantesque machine de guerre qu'est Massive Attack d'envahir la scène. Le groupe mythique dégaine, sans ciller, un arsenal monumental de sons, des rythmes impitoyables aux lourdes nappes de synthé. Après les célestes Foals, c'est une véritable chape de plomb qui s'abat sur le Fort avec l'arrivée de Massive Attack – une chape tout à fait bien dessinée, sculptée dans ses moindres recoins. Les tubes sont exhibés (Teardrop, Mezzanine), très proches de leur version album, impeccables, lugubres et palpitants à souhait, tandis que défilent sur un écran géant des lettres rouges dessinant les mauvaises nouvelles du pays (jamais on aura autant lu le nom de Sarkozy à la Route du Rock).

Cette bande originale venimeuse d'un monde malade de vitesse se prolonge jusque tard dans la nuit. La discographie est déterrée et les titres redoutables (Angel, Girl I Love You) s'enchaînent, embarquant les festivaliers dans un long voyage dans les sous-sols asphyxiants de Massive Attack – groupe dont le concert illustre à merveille le nom, tant ces sons pesants agressent l'auditoire en même temps qu'ils le flattent.

L'arrivée de Two Door Cinema Club apporte un véritable bol d'air frais après ces incursions claustrophobes. Et réveille une foule fascinée ou endormie, c'est selon.

Les rythmes survoltés, les riffs incisifs (Do You Want It All) et le chant entraînant (Come Back Home) communiquent par électrochocs des doses d'adrénaline salutaire à cette heure avancée de la nuit. Et voilà que la boue se transforme en terrain de jeu, et que ça danse des rocks endiablés au beau milieu des flaques. Pas un grincheux qui puisse échapper à cette crise d'euphorie collective. Et nous voilà repartis pour un tour, comme à l'aube d'une journée nouvelle, qui sera enflammée pour ses premières heures par les incantations électroniques de We Have Band. Leurs bleeps seront suffisemment peu stimulants pour nous renvoyer sans autre forme de procès au camping, où des concerts plus informels - plus chaotiques aussi - se tiendront jusqu'au petit matin.