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Avec ses line-up qui enchainent les poids lourds n’importe comment depuis 1995, le FIB a toujours voulu jouer dans la cour des grands, devenant facilement l’un des festivals européens les plus fréquentés et réputés. Cette année encore, en réunissant des mastodontes comme Portishead, Arcade Fire, Primal Scream, The Strokes, Arctic Monkeys, The Streets ou Beirut, Benicàssim a vu grand. Récit en plein cœur de cet immense parking, transformé pendant quatre jours en un espace saturé de sons, de gens et de bière. [Article Emilien Villeroy - photos Archivos FIB].

JEUDI

L'impression de vide est incroyable en rentrant sur le site en ce premier jour. Qui pourrait s'imaginer que ces immenses steppes de béton devant les trois imposantes scènes seront, d'ici quelques heures, foulées par près de 200 000 personnes ? Pourtant, habilement aménagé, le site du FIB ne parait pas si démesuré, permettant même en cas de grosse affluence d'aller d'une scène à l'autre en moins de six minutes, sans pour autant que le son de l’une ne parasite trop fortement l'autre. Pour l'heure, à savoir la 18ème, tout est calme, le sol n'est pas encore jonché de verres en plastique et ce sont forcément des groupes faiblards qui étrennent l'édition 2011. Comme The Spires et leur indie rock dansant complètement dépassé, ponctué de beuglantes aiguës sur des rythmiques désespérément binaires. Un peu plus loin, un certain Aldo Linares, Dj péruvien installé à Madrid, patauge en pleine prestation douloureuse. Ses chansons romantiques qui téléportent Suicide dans une maison de retraite sont jouées devant une vingtaine de personnes à tout casser. Ailleurs, sur la grande scène, les locaux Layabouts répètent plusieurs fois qu'ils sont contents d'être là : "Parce qu'on est un groupe qui joue du rock en anglais et qu'on représente ceux qui ne chantent pas en espagnol dans ce putain de pays !". C'est tout à leur honneur, et même si leur rock chipe toutes ses idées à d'autres, ils sont les premiers à réveiller un public endormi par le lourd soleil couchant.

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Ce sont finalement des Français qui signent le premier moment marquant du FIB 2011 : Antilles, trio expérimental réunissant deux membres de Sister Iodine et un membre de The Berg Sans Nipple. Une heure de pur raffut en quatre mouvements, aussi exigeants que tribaux, qui sonne paradoxalement comme une bouffée d'air frais. Leurs longues transes ultra répétitives voient larsens et basses vibrantes (lancées depuis un petit pad maltraité par Erik Minkkinen, tel un autiste) prendre vie au contact d'une batterie qui remue les tripes à grands coups de toms. Au final, on compte les morts : un pied de caisse clair détruit, trois cordes en moins sur l'une des guitares, la moitié du public partie voir ailleurs. Mais ceux qui ont vécu l'expérience jusqu'au bout, ivres ou pas, saluent avec chaleur ces trois cinglés dont la présence au FIB a l'air d'une formidable erreur. Et quand il faut observer juste après les vocalises d'Anna Calvi, il y a de quoi bailler méchamment.

Survient ensuite un genre de trou noir ibérique, où vivotent des artistes absolument inconnus de votre serviteur : Russian Red, gentille dans sa pop à l'ancienne braillée avec une voix mutine ; Julieta Venegas, dont les chansons légères font chanter à tue-tête un public apparemment acquis à sa cause ; ou le Grupo Salvaje, avec sa sombre et passable country-rock désertique. Un peu perdu, on en vient à se retrouver face à Paolo Nutini, au beau milieu de jeunes filles en fleur hystériques, la jeune star écossaise jouant au vieux crooner avec sa voix crispante, rauque-mais-pas-trop.

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C'est du côté de la scène Fiberfib que le salut vient à la faveur d'un super-groupe impérial : Congotronics Vs. Rockers. Le collectif réunit des membres des mythiques Konono N°1 et Kasai Allstars, aux côtés de Deerhoof au complet, Juana Molina, Wildbirds And Peacedrums ou encore Matt Mehlan de Skeleton$. En tout, 19 personnes sur scène qui exécutent un ample mélange de compositions originales et de versions réarrangées (le Super Duper Rescue Heads de Deerhoof est par exemple sacrément plus dansant que l'original). Évidemment, 19 personnes, c'est beaucoup trop, et l'on aurait voulu entendre avec encore plus de précision le Balafon gigantesque qui trônait à droite de la scène, ou les mélodies incroyables des membres de Konono n°1 avec leurs kalimbas passés sous distorsion.

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Mais peu importe, l'idée est justement de se jouer de ce grand chambard : l'énergie est communicative et l'expérience absolument jouissive pour le public, autant électrisé par le groove dantesque de ces chansons qui hurlent la vie, que par les danses du ventre de Mambuyi ou les sauts de Kabongo (Kasai Allstars). Un show qui dure près de deux heures avec un double rappel et, chose rare dans telle manifestation, l'impression que les gens présents ne veulent pas quitter la place, se sentant définitivement chez eux.

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Quelques centaines de mètres plus loin, The Streets déboulent pour ce qui semble être leur dernière tournée. Mais loin de Mike Skinner l'idée de faire de ce concert un enterrement morose. Énergique, montant torse nu sur les baffles pour haranguer la foule, ou demandant aux filles juchées sur des épaules de montrer leurs seins, Mike livre un set efficace qui couvre l’ensemble de sa carrière, n'hésitant pas à la revisiter, comme en témoigne une nouvelle version accélérée du séminal Let's Push Things Forward. La fatigue prend cependant rapidement le pas après une journée de voyage et l'on se dirige vers la sortie plus tôt que prévu, en allant tout de même écouter brièvement le groupe électro Crystal Fighters sur le chemin, lequel nous laisse sur une interrogation à méditer pendant la nuit : verra-t-on un seul groupe espagnol valab' cette année ?

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