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Ezra Furman a la voix de plusieurs chanteurs à la fois : les intonations de Dylan, les accents de Neil Young se pressent sur ses lèvres. Dans le clip de Take Off Your Sunglasses,
il hurle et marmonne son hit prodigieux, les yeux cachés derrière de
fausses Wayfarer. Furman est un faux Zim, un faux garçon narquois, un
poète de plastique qui nargue les étoiles. Si la trinité Dylan/Young/Springsteen inspire
inépuisablement les songwriters américains (des Hold Steady à Ryan Adams,
presque caricaturaux), ce sont les dérapages, et pas les
accomplissements, que Furman retient de ses héros. Ses morceaux sont
répétitifs et lancinants, blues par endroits, drôles avec douleur et
assez souvent, fracassants. La musique du groupe entraîne le corps et
l’âme. Elle justifie soudain notre amour pour la folk et le rock’n’roll
; elle ranime brusquement le pacte. Quand il cessera de vivre dans le
monde de ses pères spirituels, Ezra Furman mourra
dans l'univers des poètes inconnus. Son nom comme sa trace vont se
perdre. Dans les archives de la musique populaire – archives qui de
minute en minute s’agrandissent, augmentées d’instants pop immenses,
mais voués par définition à la perte –, le jeune homme restera au moins
(si nous le voulons assez fort) un artiste culte, poussiéreux et
céleste. Alors qu'un nouveau disque se prépare et qu'Inside The Human Body, l'album de la révolution électrique enregistré en 2008, a été réédité par la structure allemande Little Teddy Recordings début 2010, l'occasion était belle de rencontrer l'artiste embrasé. [Interview par E.A.R.].
Ezra Furman & The Harpoons - Take Off Your Sunglasses by ezrafurmanandtheharpoons
Quand vous “tenez” une chanson, comment savez-vous qu’elle mérite d’être jouée et jouée encore, enregistrée, distribuée ? Vous avez beaucoup de morceaux qui ne sont pas sur vos disques, restés à l’état de démos ?
J’ai des tonnes de cassettes que personne n’a jamais entendues. Dès que j’écris un morceau, je l’enregistre. Il est difficile de savoir ce qui rend une chanson plus exceptionnelle qu’une autre… D’une certaine manière, on sent juste qu’elle est importante. Il y a certainement beaucoup de bonnes chansons que je ne fais pas écouter parce que je doute de moi-même. Mais quand une compo me semble suffisamment urgente pour dépasser ma crainte d’être ridicule, je la montre au groupe et nous entreprenons d’ajouter de la chair et du sang au squelette acoustique.
Peut-on désormais considérer Beat Beat Beat comme un album perdu (ndlr. il s’agit du premier Lp d’EF&H, une autoproduction de 2006) ?
Oui ! Pour le trouver, il faut se lever de bonne heure. Mais beaucoup de chansons présentes sur Banging Down The Doors se trouvaient dessus, dans des versions plus léthargiques et moins élaborées. On l’a fait quand on était au lycée. C’est un album très jeune.
Est-ce que vous faites partie, d’une manière ou d’une autre, de la scène college rock de Boston ou de Chicago ? Ou bien êtes-vous juste des misfits ordinaires ?
Je ne pense pas qu’on fasse partie d’une scène. C’est à la fois une bénédiction et une tragédie : ce groupe n’entre dans nulle case. Nous sommes amis avec d’autres formations, mais elles se trouvent partout aux Etats-Unis.
Est-ce que vous voyez vos chansons comme des traductions de moments et de souvenirs, la transcription exacte d’expériences intimes (notamment amoureuses) ou au contraire, comme des espaces où des mythes éternels, à la fois personnels et collectifs, sont inventés ?
Je perçois la plupart de mes chansons comme du journalisme émotionnel, des rapports exacts qui disent ce qu’est vraiment la vie. Pour arriver à cela, il est nécessaire de mentir, à propos des faits qui pourtant appartiennent à une histoire vraie. Je veux transmettre ce que signifie d’être jeune et émotionnellement impliqué au début du 21ème siècle, et je dirai tout ce que je peux pour que les gens comprennent.
Le groupe repose-t-il sur un genre de mystique : vous vous sentez investis d’une mission ? Est-ce que c’est facile de jouer et travailler ensemble ?
Nous avons atteint entre nous un degré d’entente auquel on peut seulement accéder après des mois et des mois passés à travailler, à jouer, à voyager et à vivre ensemble. Au bout d’un certain temps, on se sent comme des frères, investis d’une mission, complètement conscients de ce qu’il faut faire pour que notre musique soit entendue. Mais il n’est pas exclu que nous recrutions un autre membre si le besoin s’en fait sentir…
D’où vient votre énergie furieuse et tendre, passionnée, quasiment religieuse ?
Il y a très longtemps je me suis rendu compte d’un drame : la rupture qui existe entre nos sentiments intimes et nos vies extérieures, entre ce que les gens ressentent et ce qu’ils disent. L’intérieur et l’extérieur. J’ai nourri ce drame-là : les gens ont besoin d’expliquer, de communiquer ce qui semble indicible. L’énergie, les cris, le sérieux sont autant de moyens pour se faire comprendre, une recherche frénétique dédiée à ceux qui peuvent sentir la grandeur que je sens personnellement dans le monde. J’implore qu’on nous écoute.
C’est dur de croire au rock’n’roll, à la magie ? Est-ce que ton attitude par rapport à la musique a changé depuis que tu es dans un groupe : nourris-tu les mêmes exigences envers la musique ?
La musique n’a pour moi rien perdu de sa magie. Je n’idéalise plus les musiciens et les groupes, j’ai appris à connaître les aspects non-romantiques (et les aspects romantiques aussi), mais la musique reste merveilleuse, au-delà des mots. Sublime. La musique ne me fatigue jamais, elle est toujours immense : un idéal à atteindre et une merveille du monde.
Quelles chansons jouez-vous en concert, les anciennes et les nouvelles ?
Généralement, nous essayons de privilégier les chansons rapides et furieuses, car c’est ce que les jeunes veulent : la vitesse et la fureur. Nous jouons les vieilles et les nouvelles chansons. La set-list n’est jamais la même. Chaque concert est unique, un moment qui ne se répète jamais.
Ezra Furman & The Harpoons - Take Off Your Sunglasses by ezrafurmanandtheharpoons
Quand vous “tenez” une chanson, comment savez-vous qu’elle mérite d’être jouée et jouée encore, enregistrée, distribuée ? Vous avez beaucoup de morceaux qui ne sont pas sur vos disques, restés à l’état de démos ?
J’ai des tonnes de cassettes que personne n’a jamais entendues. Dès que j’écris un morceau, je l’enregistre. Il est difficile de savoir ce qui rend une chanson plus exceptionnelle qu’une autre… D’une certaine manière, on sent juste qu’elle est importante. Il y a certainement beaucoup de bonnes chansons que je ne fais pas écouter parce que je doute de moi-même. Mais quand une compo me semble suffisamment urgente pour dépasser ma crainte d’être ridicule, je la montre au groupe et nous entreprenons d’ajouter de la chair et du sang au squelette acoustique.
Peut-on désormais considérer Beat Beat Beat comme un album perdu (ndlr. il s’agit du premier Lp d’EF&H, une autoproduction de 2006) ?
Oui ! Pour le trouver, il faut se lever de bonne heure. Mais beaucoup de chansons présentes sur Banging Down The Doors se trouvaient dessus, dans des versions plus léthargiques et moins élaborées. On l’a fait quand on était au lycée. C’est un album très jeune.
Est-ce que vous faites partie, d’une manière ou d’une autre, de la scène college rock de Boston ou de Chicago ? Ou bien êtes-vous juste des misfits ordinaires ?
Je ne pense pas qu’on fasse partie d’une scène. C’est à la fois une bénédiction et une tragédie : ce groupe n’entre dans nulle case. Nous sommes amis avec d’autres formations, mais elles se trouvent partout aux Etats-Unis.
Est-ce que vous voyez vos chansons comme des traductions de moments et de souvenirs, la transcription exacte d’expériences intimes (notamment amoureuses) ou au contraire, comme des espaces où des mythes éternels, à la fois personnels et collectifs, sont inventés ?
Je perçois la plupart de mes chansons comme du journalisme émotionnel, des rapports exacts qui disent ce qu’est vraiment la vie. Pour arriver à cela, il est nécessaire de mentir, à propos des faits qui pourtant appartiennent à une histoire vraie. Je veux transmettre ce que signifie d’être jeune et émotionnellement impliqué au début du 21ème siècle, et je dirai tout ce que je peux pour que les gens comprennent.
Le groupe repose-t-il sur un genre de mystique : vous vous sentez investis d’une mission ? Est-ce que c’est facile de jouer et travailler ensemble ?
Nous avons atteint entre nous un degré d’entente auquel on peut seulement accéder après des mois et des mois passés à travailler, à jouer, à voyager et à vivre ensemble. Au bout d’un certain temps, on se sent comme des frères, investis d’une mission, complètement conscients de ce qu’il faut faire pour que notre musique soit entendue. Mais il n’est pas exclu que nous recrutions un autre membre si le besoin s’en fait sentir…
D’où vient votre énergie furieuse et tendre, passionnée, quasiment religieuse ?
Il y a très longtemps je me suis rendu compte d’un drame : la rupture qui existe entre nos sentiments intimes et nos vies extérieures, entre ce que les gens ressentent et ce qu’ils disent. L’intérieur et l’extérieur. J’ai nourri ce drame-là : les gens ont besoin d’expliquer, de communiquer ce qui semble indicible. L’énergie, les cris, le sérieux sont autant de moyens pour se faire comprendre, une recherche frénétique dédiée à ceux qui peuvent sentir la grandeur que je sens personnellement dans le monde. J’implore qu’on nous écoute.
C’est dur de croire au rock’n’roll, à la magie ? Est-ce que ton attitude par rapport à la musique a changé depuis que tu es dans un groupe : nourris-tu les mêmes exigences envers la musique ?
La musique n’a pour moi rien perdu de sa magie. Je n’idéalise plus les musiciens et les groupes, j’ai appris à connaître les aspects non-romantiques (et les aspects romantiques aussi), mais la musique reste merveilleuse, au-delà des mots. Sublime. La musique ne me fatigue jamais, elle est toujours immense : un idéal à atteindre et une merveille du monde.
Quelles chansons jouez-vous en concert, les anciennes et les nouvelles ?
Généralement, nous essayons de privilégier les chansons rapides et furieuses, car c’est ce que les jeunes veulent : la vitesse et la fureur. Nous jouons les vieilles et les nouvelles chansons. La set-list n’est jamais la même. Chaque concert est unique, un moment qui ne se répète jamais.