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Entrevue - 22/12/09 de Evening Hymns

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On a le Jonas qu’on mérite. Au Canada, son nom de famille est Bonnetta et sous l'identité Evening Hymns, ce garçon de vingt-huit ans a réalisé un album obsédant joliment intitulé Spirit Guides. Paradoxalement sorti trop tard pour figurer dans les fameux bilans de fin d’année, ce disque pluvieux et miraculeux trouvera bien le moyen de se frayer un passage jusqu’aux tops de 2010. En attendant, ce Jonas des as a répondu à quelques questions. Et le jeune homme est aussi disert que sa musique est une magnifique chimère. [Interview & mise en forme Christophe Basterra – Traduction Catherine Guesde].



Magicrpm.com : En 2007, tu as sorti un Lp sous ton propre nom. Peu de temps après, tu as pris le pseudonyme Evening Hymns pour la parution d’un Ep. Et deux ans plus tard, c’est sous cette même identité que tu réalises Spirit Guides. Ce serait cool que tu nous expliques un peu ce mic mac !?
Jonas Bonnetta : J’ai troqué mon nom contre ce pseudonyme parce que mon projet musical s’éloignait de son point de départ. En fait, je ne voulais pas que les gens voient pensent : “Encore un gars qui chante des ballades amoureuses avec une guitare acoustique !” (Rires.) Mon projet devenait plus ambitieux, impliquait plus de musiciens et faisait appel à des arrangements plus amples. Et puis, je voulais vraiment trouver un nom qui induise, chez l’auditeur, une certaine manière d’aborder la musique.

Quand avez-vous commencé à composer des chansons ? As-tu joué dans des groupes inavouables avant de te lancer en solo ?
Au lycée, je jouais dans un groupe de punk. Nous avons enregistré un album qui n’est heureusement jamais sorti. Sinon, j’écris des chansons depuis l’âge de 14 ou 15 ans.

Est-ce que la musique était importante pour vous lorsque tu étais un petit garçon ? Entre nous, tu te souviens du premier disque que tu as acheté ?
Je n’ai pas grandi dans une famille de musiciens. Mon père était conducteur de poids lourds, ma mère, secrétaire dans une école. Ils écoutaient de la musique, mais aucun des deux n’en jouait. Seule ma grand-mère était une excellente pianiste. Cela dit, mon père était un grand fan de Nat King Cole et de Frank Sinatra ; il aimait aussi la country, George Jones, Johnny Cash, Charley Pride...Le premier disque que j’ai acheté était Into The Great Wide Open de Tom Petty, je crois. C’est aussi le premier concert où je suis allé : il jouait avec son groupe, The Heartbreakers aux Maple Leaf Gardens de Toronto en 1994. Et je suis toujours un grand fan. J’ai d’ailleurs essayé de me prendre pour lui, sur le pont de ma chanson Dada Deer. Là, j’ai ouvertement volé ses idées ! Mais je ne sais pas si mon crime a payé... (Rires.)

Avec quels disques ou chansons as-tu grandi ?
L’un de mes achats décisif a été Come Pick Me Up de Superchunk. J’ai trouvé cet album dans un magasin près de chez moi, et la pochette m’a tellement plu que j’ai demandé au vendeur de le mettre. J’ai trouvé la musique géniale, et dès le deuxième titre, Hello Hawk, je savais que j’allais acheter ce disque. La partie instrumentale, avec l’explosion à la fin de la chanson est incroyable : je n’avais jamais rien entendu de tel. J’ai grandi à la campagne, où nous n’avions ni Internet, ni de réels moyens pour découvrir des nouveautés. Ce disque-là est sorti en 1999 et il a réellement bouleversé mon univers. Je l’ai écouté en boucle et j’ai acheté toute la discographie de Superchunk. C’est ainsi que j’ai également découvert Jim O’Rourke, qui m’a pas mal obsédé par la suite. Pour résumer, Come Pick Me Up m’a servi de passeport vers le monde de l’indie pop. Si un disque peut changer une vie, alors ce disque-là a changé la mienne, aussi ringarde que cette déclaration puisse paraître. Je peux encore l’écouteren entier et être à fond dedans. C’est un bijou tombé dans l’oubli.

Tiens, quelle(s) chanson(s) aimerais-tu avoir écrites ?
Wildgeeses
de Michael Hurley, Ambulance Blues de Neil Young, I Don’t Know What I Can Save You From de Kings Of Convenience, A Little Lost de Arthur Russell, You Saved My Life de Cass McCombs, Magic Wand de Little Wings, Wolves de Phosphorescent, They Won’t Believe You de Snailhouse, Time To Move On de Tom Petty, et n’importe quelle chanson de l’album The Convincer de Nick Lowes. C’est bon pour toi ?

Au fait, tu as une formation classique ?
Non, je suis un autodidacte. Si j’excepte quelques leçons de piano, j’ai tout appris seul. J’aurais dû être plus sérieux quand j’étais jeune... Je n’ai dû apprendre le nom des notes et des accords que quand j’ai commencé à enregistrer avec des musiciens : il fallait bien que je leur explique à quoi devait ressembler la chanson !

Où as-tu grandi ?
J’ai grandi près d’Orono, une petite ville de la province de l’Ontario. Ma famille possédait un grand terrain avec un étang et des ruisseaux. Nous étions à la campagne, et il fallait une voiture pour aller en ville. Donc, j’ai passé la plus grande partie de mon enfance dans les bois de la propriété, à construire des forts ou à me balader avec mes frères. Maintenant que je vis à Toronto, ce mode de vie me manque vraiment : le calme de l’hiver, le silence de la neige… Je vais dans les bois dès que j'en ai l'occasion. Je rêve d'y retourner vivre un jour. Comme je possède une scierie, j'adorerais m'acheter quelques hectares de terrain dans la forêt, couper des arbres et construire ma maison avec.

En regardant la pochette de ton album, tes photos de presse, je me suis grave dit que ton environnement avait eu une forte influence sur tes compositions…
À l’aise, Blaise ! Dans Spirit Guides, on trouve de nombreuses références à la forêt ainsi qu’au monde extérieur. Je n’ai pas fait cela consciemment. Mais le contexte dans lequel j’ai grandi influe clairement sur mon écriture ; je suppose que ces choses-là sont gravées dans notre inconscient et qu’elles s’expriment d’une manière ou d’une autre. Quant à la pochette de l’album, il s’agit en fait d’une photo d’une chaîne de montagnes en Autriche, mais elle correspondait vraiment à ce que l’album évoquait pour moi. Maintenant, je dois préciser que ce paysage me rappelle VRAIMENT le Canada.

Les bois d’accord, mais les sources… d’inspiration, tu les trouves où ?
Partout. Ce peut être une route sous la brume, une rupture, la perte d’un être cher, le changement des saisons dans l’Ontario, les voyages... J’essaie seulement d’interpréter, par le biais de la musique, ce que je vois dans ma vie. C’est ma façon de gérer les choses qui me touchent. Je n’ai jamais été un compositeur très prolifique. Les chansons me viennent difficilement ; il faut vraiment que je sois ému pour avoir l’énergie de composer quelque chose.

  Evening Hymns - 'Dead Deer' by indiemusicfilter

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