En kiosque actuellement Commander

A lire

Compte-rendu live - 25/02/10 de El Perro Del Mar

interviews
Hier, on découvrait en frissonnant la relecture de The xx par El Perro Del Mar. La scène se tenait il y a une semaine à la Knitting Factory de New York, qui se targuait alors d'une affiche entièrement scandinave. Victoria Bergsman, alias Taken By Trees, et Sarah Assbring, alias El Perro Del Mar. Jonas Cuénin, notre correspondant à New York, était présent pour rendre compte, en texte et en images, de cette nuitée fragile.

Photobucket

Ce soir-là, Brooklyn était une ville suédoise. Il faisait froid, il gelait même. Dans l'antre vitreux de la Knitting Factory, les spots bigarrés avaient pourtant commencé à réchauffer les âmes froissées par les températures négatives (en Celsius, s'il vous plait). Mais nul n'attendait la fiévreuse canicule que la doublette Taken By Trees - El Perro Del Mar allait leur offrir.

Photobucket

Photobucket

Face à un public apathiquement avisé, les divas hyperboréennes ont, dans une performance délicate et pénétrante, ébranlé les cœurs fragiles de Williamsburg. A l'heure où les troupes d'Obama accueillaient le Dalaï Lama sur le tarmac de l'aéroport de Washington, Victoria Bergsman a d’abord rappelé que l'Asie était une formidable source d'inspiration. Entre les rythmes binaires des percussions, les échos de grelots et les mélodies vagabondes distillées par le bambou de flûte, la voix langoureuse de la jeune alambiquée sublime les autres éléments et apparaît comme une invitation au survol des cimes tibétaines.

Photobucket

Photobucket

On aura valsé sur la lancinante ballade de To Lose Someone et sur les cocasses intonations de Day By Day, fondu sur la craquante Tidens Gang, et jacasser drôlement sur My boys, énième révérence à l’un des tubes de l’année passée, deux semaines avant l’entrée d’Animal Collective au panthéon new-yorkais de l’impressionnisme contemporain. Taken By Trees a joué beau et juste, presque trop. Un peu trop doux, diront certains. Mais c’était pour préparer le terrain. Le meilleur était à venir.

Photobucket

Photobucket

En deux temps trois mouvements,  El Perro Del Mar faisait part de cet adage qui devrait agiter les méninges des plus chevronnés : la pop est d’abord affaire de fougueuses secousses, de sédition, de frénésie frissonnante et de serrement de cœur. Avec sa mine cernée par le tourment et cette apparente détresse, Sarah Assbring n’est, dans ce domaine, pas très loin du couronnement. Il y a d’abord les gestes. Ces bras ballants, ce déhanché débridé et un nombre incalculable d’étranges trépignements venus d’ailleurs et proches de la manie, du lysergique même. Il y a surtout ce regard meurtri, tourné vers on ne sait où, là, derrière le public, vers le fond noir, vers l’abandon.

Photobucket

Photobucket

On en oublierait presque la musique, avant de se souvenir  que Love Is Not Pop, le dernier mini-album d’El Perro Del Mar sorti en 2009, regorge de partitions à forte connotation concupiscente. De l’envoûtant L Is For Love au stimulant Change For Heart, en passant par les avertissements de Gotta Get Smart ou la rêverie A Better Love, toutes ont su, au vu de béguins retrouvés, faire oublier les âpres giboulées d’hiver que la mégalopole subit depuis quelques semaines. Clou du spectacle, cette reprise indicible de Shelter de The xx, dévoilée avec une noire passion, une euphorie mortifère.

Photobucket

Photobucket

Ce soir-là, dans les caves obscures de Brooklyn, la Scandinavie était donc à l’honneur. Ses ambassadrices ont, à défaut de les réinventer, exhumé les vieux démons qui se taisaient tristement. Qu’aurait dit Bryan Ferry, Lou Reed ou David Byrne ? Ils se seraient sûrement tus. Car il y a des nuits comme celles-ci où l’on n’a pas forcément besoin de commenter, de partager. Il suffit de braver une dernière fois la neige, de rentrer, et de méditer. En silence.

Texte et photos par Jonas Cuénin

Les 20 derniers articles ( Interviews )