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Impressions du MIDI de Egyptian Hip Hop

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La semaine dernière, nous étions plusieurs à avoir (re)découvert Hyères et le MIDI Festival, dont Egyptian Hip Hop fut une des attractions. Avec un peu de recul et surtout en compagnie d'un envoyé très spécial nommé Lyonel Sasso, impressions sur les deux premières soirées d'un événement différent.

 
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Le vent poussait, poussait, poussait. À porter partout le sel sur les lèvres. Les grands incendies d'été ne se sont jamais manifestés. Seulement à la Villa Noailles. Arrivé dans la nuit – où les vapeurs mauves de sable embarquaient avec elles les dernières décharges électriques de Lee Ranaldo – je découvrais le MIDI.
 Un sommet habité par les ruines et l'ombre des grands pins. En contre-bas : un petit monde arpentant un circuit étrange où tous les amis se retrouvent par hasard. Ivres ou célestes, qu'importe. Les jeunes femmes ont de délicieux regards embués. Il fallait voir ces filles, dans l'ombre, danser timidement sur Second Date. Les Vivian Girls ont opposé l'électricité aux bourrasques : un mélange excitant d'héroïsme et de maladresse. La sensualité cuivrée de Katy Goodman répondant à la fragilité et la vigueur d'une Cassie Ramone concentrée. La bière crépitait déjà dans les poitrines et on parcourait cette prestation avec une douce euphorie. 
C'est pourtant avec des effluves de jeunesse et d'Angleterre, que j'allais connaître le véritable ravissement. Egyptian Hip-Hop.

Je me passais mentalement The First Pictures Of You en déambulant parmi le public. Les grands pins valsaient sec. Le sable déposait sa pellicule sur les dernières lunettes de soleil arborées. De jeunes allemandes échangeaient un as de trèfle contre un valet de cœur, les jambes en tailleur. German Girl. On attendait la suite en dilettante.
 Une bande de longilignes déboula sur scène, doucereusement, comme du duvet. De petits fragments de musique africaine alliés à d'autres enluminures commencèrent leur mélasse : couverture synthétique des Cure, basse dub, guitares syncopées et chant épileptique. Joy Division dans un bordel surchauffé du Caire. Voilà donc la prestance adolescente et anglaise. C'est tour à tour : maladroit, épique, sensationnel – potache. Egyptian Hip Hop.
 Je m'accaparais ces gifles mélodiques comme un grand fauve émotionnel. Les chansons me saisissaient, plongeantes, pareilles à une pluie d'étoiles. Ces enfants doués n'ont jamais laissé filer les oreilles de leurs spectateurs. 
Après cette prestation, lentement, la jeunesse éternua le vent près des bars. Dans cet essaim, une jeune femme, Elsa, me demanda des nouvelles d'Aragon. Sa longue tresse brune portait des feuilles de lauriers. Moi, je rêvais, accompagné de la savante ingéniosité musicale de ces enfants du Caire. La nuit immense débordait sur Hyères avec ses mains d'amoureuse. Le vent, lui, continuait son chant jusqu'au lendemain.

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Un midi blond comme les blés, une presqu'île, des marécages et une baie immense. Nous voilà, étincelants d'alcool sur le sable, espérant Memoryhouse et Toro Y Moi. Le vent dégorgeait ses multiples voix le long de la plage de l'Almanarre. Une magnifique jeune femme se perdait dans les filets bruns de ses cheveux. On attendait – ignorant les caresses brûlantes du soleil. Pauvre de nous. L'air hurlait trop pour un concert. Je regardais ce paysage nouveau – immense – les yeux mi-clos, définissant mes cils comme le plus beau des horizons. La magickrew se chargeait de balayer la déception des absences. Denim, Ariel Pink, New Order voletaient idéalement au bord de l'eau et une jeune italienne nous donnait à voir sa peau tannée de brune. Bonheur. Va pour boire comme des soldats jusqu'au soir.



IMG_2047-1-1.jpg picture by roman67

Les visages écarlates, tabassés par le vent et le soleil, on revenait, aérien, sur les hauteurs de Hyères. On avait les crânes fendus. KTPMICHIGAN allait les remplir de boucles, de vrombissements, d'éclairs et de sérénité. Gentiment, on s'est retrouvé collé contre les pins à respirer la résine et à écouter ce mille-feuille sonore. Peu à peu, on s'éveillait à vouloir renifler de la frénésie.
Mina May alors propulsa sa maîtrise, son sérieux. Une lente digestion de la musique quasi parfaite qui ne me fît faire qu'une seule chose – aller au bar. Je retrouvais mes esprits avec mon sauveur, Adam Bainbridge, qui allait me balancer ce verre d'au fraîche tant attendu. Kindness goupilla un nombre de reprises hallucinées et déviantes, du genre potache et impressionnant : Girls, Ariel Pink et autres standards FM, tout y fut mouliné. On enchaîna rapide sur des coups de boutoirs, pas le temps de divaguer dans la pinède. WU LYF malaxa sa jeunesse avec rythme et intensité. Chanteur à la voix saturée, bassiste au cou ceinturé et éphèbe à la batterie : un show étrange. Le groupe accrocheur égratigna les spectateurs avec d'épaisses griffes. Plaisant et vif. L'encre se plaqua dans le ciel définitivement. Idéal pour entendre résonner les volutes mélancoliques de Dayve Hawk.
Memory Tapes proposa une coda prosaïque, cadenassée. La candeur, la mélancolie ont rôdé comme des louves entre les spectateurs.
Petite perle sentimentale. La musique du groupe nous accompagna doucement vers la sortie.

IMG_2019-1-1.jpg picture by roman67

Subitement, le public explosa en minuscules nuées de papillons de nuit. Tout ce petit monde alla savourer à l'Almanarre de nouvelles déflagrations. Les pieds dans l'eau, la nuque reposant sur le sable ou en dansant comme des damnés sur Andy Weatherall, nous avons percé la nuit à coup de dagues mélodiques. Implacablement comme tous les amoureux de la musique. La presqu'île de Giens crépitait au loin, les jeunes femmes dévoilaient leur jambe pour fendre l'eau et nous livrer d'improbables chorégraphies. Nous avons longtemps tournoyé avec la joie jusqu'à ce que l'ivresse nous tasse complètement. Mais à l'instar d'Egyptian Hip Hop, "on n'est pas sérieux quand on à dix-sept ans". La lune pouvait reprendre son silence.


Lyonel Sasso

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