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Selectorama - 24/01/12 de Diagrams

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Quatre ans après avoir quitté les merveilleux Tunng, Sam Genders revient aux affaires avec Diagrams, projet solitaire particulièrement accueillant. Alors que le charme psychédélique de Black Light éclaire ce début d’année d’une lumière réconfortante, l’auteur-compositeur dévoile, en dix chansons, un goût pour la pop et le folk modernes, évoquant en pointillés un parcours peu commun. [Interview Vincent Théval].

THE BEATLES - Tomorrow Never Knows

Sam Genders : Ce morceau résume ce qu’il y a d’intéressant dans la pop musique inventive. C’est l’une des premières chansons dont je me souvienne. On vivait dans une petite maison à la campagne. Mes parents avaient quelques disques et je me souviens plus précisément de trois LP des Beatles, que j’ai découverts quand j’avais six ou sept ans : Beatles For Sale (1964), Help (1965) et Revoler (1966), mon préféré. Pour au moins deux raisons : la pochette est incroyable, et il contient Yellow Submarine. (Sourire.) Il y a là tout ce qu’un grand album devrait avoir : des mélodies douces, des choses plus directes, des trucs fous comme Tomorrow Never Knows. Animal Collective pourrait enregistrer cette chanson aujourd’hui, on trouverait ça neuf et frais. À l’époque, il y avait pas mal de choses pop et expérimentales, mais rien d’aussi accompli et accessible. Suffisamment pour qu’un enfant puisse l’écouter et l’aimer. C’est ce qui m’a fait tomber amoureux des Beatles et donné envie de jouer de la guitare.

PAUL SIMON - You Can Call Me Al

Je me souviens que j’entendais ce disque à travers le plancher de notre maison quand ma mère faisait la fête. Selon moi, il représente le fait de passer un bon moment, l’idée de célébrer quelque chose. Et cette chanson en est pour moi le moment le plus enthousiasmant.

STATUS QUO - Down Down

Quoiqu’ils aient pu faire par ailleurs, voilà un incroyable morceau pop. Status Quo a été mon premier gros concert, à quatorze ans. Un des gars de la sécurité nous a vus tenter d’avoir la meilleure vue possible et nous a emmenés juste à côté de la zone des invités. Ça a démarré par une gigantesque explosion, suivie du riff de cette chanson. Aux débuts de Tunng, il s’est écoulé environ six mois pendant lesquels je ne suis pas monté sur scène. Ce n’était pas une très bonne période de ma vie, je n’étais pas sûr de moi ni de ce que je voulais faire : de la musique ou autre chose. Au moment de la première véritable tournée avec Tunng, je me suis dit que je pouvais bien tenter le coup. Avec Diagrams, nous sommes neuf, et j’avais pas mal d’idées sur la façon dont je voulais jouer ces chansons en live.

RICHARD AND LINDA THOMPSON - I Want To See The Bright Lights Tonight

Je suis toujours surpris de constater que beaucoup de gens ne connaissent ni cette chanson ni l’album dont elle est issue. Avant de former Tunng, j’étais un “singer songwriter”. Je vivais dans le Derbyshire, à la campagne, je bossais dans un pub. À cette époque, j’ai rencontré deux personnes qui sont devenues mes mentors. Le premier, le journaliste musical Colin Hall, a été mon manager, et l’autre, John Tams, est un chanteur folk qui jouait dans The Albion Band. Ils m’ont fait découvrir pas mal de choses et m’ont permis de donner des concerts, notamment d’ouvrir pour Richard Thompson. Il y a dans son travail avec Fairport Convention ou en solo, quelque chose qui dépasse le folk, un sens de la mélodie qui m’inspire.

SERAFINA STEER - Tiger


Je pense que c’est l’une des meilleures chansons jamais écrites. Son frère a réalisé une vidéo magnifique pour l’accompagner. Si je dois évoquer l’identité visuelle de Diagrams, j’en reviens à nouveau à Revolver, qui a déclenché chez moi un amour pour les pochettes assemblant des éléments différents. La personne qui s’occupe du graphisme s’appelle Chrissie Abbott. Il y a trois ans, quand j’ai commencé à ébaucher ce nouveau projet, j’ai lu un article de The Observer qui était magnifiquement illustré. J’ai alors essayé de contacter l’artiste, sans succès. Et quand Full Time Hobby a décidé de publier le premier EP de Diagrams, le label a suggéré de faire appel à une artiste et… c’était elle ! J’ai été stupéfait par cette coïncidence. (Rires.) Depuis, elle s’occupe de toute l’identité visuelle du groupe.

THE MEMORY BAND - Come Write Me Down
Même si c’est inspiré d’un morceau de folk anglais, Stephen Cracknell en a tiré quelque chose de vraiment spécial. Il compte parmi les influences premières de Tunng. À l’origine, le partage des rôles était assez net : j’écrivais les chansons et Mike Lindsay les produisait, et puis les rôles se sont inversés. J’ai quitté le groupe il y a quatre ans. Je n’étais pas vraiment heureux. Pas à cause du groupe, plutôt à cause d’un manque de confiance en moi. Tunng était quelque chose de confortable, où j’aurais pu me laisser aller à une certaine routine. J’ai eu besoin de faire quelque chose pour moi. J’ai trouvé un boulot dans une école primaire. Un vrai changement de vie, mais je me suis accroché, j’y suis resté trois ans et l’expérience s’est avérée enrichissante. Dure mais bénéfique. La dernière année, je suis passé à temps partiel : je travaillais le matin à l’école et je passais mes après-midi à faire l’album de Diagrams.

FOUR TET - Hands

C’est une autre influence des premiers enregistrements de Tunng, un mélange magnifique de sonorités électroniques et organiques, à une époque où peu de gens avaient une telle approche. Kieran Hebden est seul aux commandes de Four Tet. Pour ma part, je ne considère pas Diagrams comme un projet solitaire. D’abord parce que j’ai bossé avec un producteur génial (ndlr. Mark E. Brydon) et ensuite parce qu’il y a huit autres musiciens sur scène. J’ai envie de dire que Diagrams, c’est moi et quiconque travaille avec moi. C’est mon projet, dans le sens où je choisis la direction dans laquelle je veux aller et les gens avec qui je bosse, mais je n’ai jamais voulu que ce soit moi seul. Justin Vernon aime bien se décrire comme le “curator” de Bon Iver. Eh bien voilà, je suis le “curator” de Diagrams.

JUANA MOLINA - No Es Tan Cierto

Sa voix, la production, la douceur de la guitare, tout est très beau. Je ne sais pas grand-chose d’elle. Quelqu’un m’a donné deux de ses albums, qui me plaisent beaucoup. J’aime cette sensibilité. C’est typiquement le genre de truc qui a l’air très facile à faire mais est en réalité très difficile. Je l’écoute souvent et quand je fais une compilation pour un ami, j’y mets forcément un titre de Juana Molina.

SCHOOL OF SEVEN BELLS - Half Asleep

Je suis étonné que ce groupe ne soit pas plus important, parce que cet album est simplement une tuerie. C’est une musique euphorique, créative, qui te porte. L’album est très classique, un peu dans la veine de ce que faisaient Zero 7 ou Air, ce genre de disque à la fois intéressant et accessible, qu’on ne serait pas surpris d’entendre dans tous les cafés du monde.

WILD BEASTS - We Still Got The Taste Dancin’ On Our Tongues

Ma chanson préférée du moment. La voix est très intéressante. D’une certaine façon, c’est assez proche de la musique de club. Mais en écoutant plus attentivement, on s’aperçoit que les mélodies sont subtiles. Les paroles aussi : je suis toujours impressionné quand un vers d’une chanson peut évoquer beaucoup de choses de ta vie. Pour écrire une chanson, j’ouvre un peu les vannes. En dix minutes, j’écris trois pages et puis j’y reviens et j’y pioche ce qui me semble intéressant. C’est rare qu’il n’y ait pas de mention de la nature, de la vie de tous les jours, des choses en lien avec la science. J’aime utiliser des images qui peuvent avoir plusieurs significations. Si une phrase peut dire trois choses différentes, c’est excellent. Je sais que les gens en feront leur propre histoire.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #158

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