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Entrevue - 21/09/11 de dEUS

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Cinq ans après sa reformation, dEUS apparaît encore et toujours comme l’une des groupes les plus résolument originaux de son époque. L’un des seuls capables de combiner l’exigence constante de renouvellement et de liberté artistique et les contraintes de l’efficacité rock. Renouant parfois avec la verve directe et incandescente du grandiose The Ideal Crash (1999), Keep You Close force le respect et fournit l’occasion à Tom Barman d’explorer rétrospectivement une discographie parfois inégale mais toujours estimable. [Interview Matthieu Grunfeld].

WORST CASE SCENARIO (1994)
Tom Barman : C’est un disque qui me semble extrêmement éloigné, parce que c’est le premier, bien sûr, mais aussi parce que c’est l’œuvre d’un groupe totalement différent dont Klaas Janzoons et moi-même sommes les seuls membres permanents. En même temps, il reste assez proche, même dix-sept ans après : on joue toujours certains titres sur scène, et avec plaisir d’ailleurs. Sauf Hotellounge (Be The Death Of Me), parce que ça hurle de partout. (Rires.) Il y a deux ans, on a joué cette chanson en Belgique, au festival Pukkelpop avec le chanteur de Snow Patrol. Pour moi, c’était super : comme ça, le public était content et je n’étais pas obligé de me casser la voix. Sinon, comme chaque album, il reste associé à une avalanche de souvenirs personnels, de sentiments sur la vie du groupe et d’impressions mitigées sur le contexte musical. Je me rappelle que le fait d’être immédiatement associés par la presse à une scène nous énervait énormément. À l’époque, toutes les salles et les festivals d’Europe voulaient organiser des Nuits Belges, et nous refusions systématiquement d’y participer.



Même aujourd’hui, si tu me parles de Nuit Belge, ça me donne envie de partir en courant au bar du coin pour commander un Pastis ! (Rires.) Pour une première œuvre de débutants, Worst Case Scenario tient plutôt bien la route. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque, il y avait deux trentenaires dans le groupe, avec une solide expérience. Au moment où nous sommes rentrés en studio, tous les morceaux ou presque existaient déjà depuis deux ou trois ans. Du coup, nous avons les avons enregistrés et mixés en dix-sept jours seulement. Si j’éprouve parfois de la nostalgie, c’est surtout par rapport à cette rapidité de travail, cette spontanéité. Mais ce serait impossible aujourd’hui : je crois que je suis devenu trop perfectionniste en vieillissant. À chaque fois, j’annonce aux autres que l’on va essayer de tout boucler en trois semaines et ça les fait doucement rigoler. Ils me disent : “Tom, tu nous fait le coup tout le temps”. Mais j’adore trop chipoter, chercher encore et toujours, jusqu’à ce que l’on trouve quelque chose de nouveau.

MY SISTER IS MY CLOCK (1995)
Ce n’était pas mon idée et j’ai toujours été assez critique par rapport à ce mini-album. C’est un pêché de jeunesse, même l’objet est devenu très culte. Un seul morceau d’une demi-heure, très expérimental, très improvisé : ça, c’était le modus operandi de Rudy Trouvé. C’est comme cela qu’il fonctionne encore aujourd’hui. Il enregistre deux disques par an et publie tout. Il y a toujours de bonnes idées, mais je ne suis pas comme ça du tout. Je ne suis satisfait que s’il y a tri, filtrage. En même temps, j’ai accepté malgré mes réticences parce que j’ai toujours essayé de m’adapter aux autres et de tirer le meilleur parti possible de leurs talents. Au début, on avait donc Rudy qui apportait son avant-gardisme new-yorkais et qui était fan de James Chance et Sonic Youth ; Stef Kamil Carlens et ses références plus roots, plus blues ; Jules De Borgher qui arrivait avec son passé punk ; enfin Klaas, qui ne connaissait rien du tout et qui, encore maintenant, écoute très peu de musique.

Glovesong


Je dis ça gentiment mais c’est vrai : il passe toujours le même disque dans son bar. (Rires.) Et moi, je ne voulais pas du tout jouer dans un groupe au départ. J’avais fait des études de cinéma pour devenir réalisateur. Donc j’essayais modestement d’absorber tout ça. Je joue toujours le rôle de l’éponge avec les autres membres de dEUS. Même sur le nouvel album, Keep You Close, je joue très peu en fait. J’ai surtout écouté les propositions musicales des autres. C’est aussi pour cela que je n’ai jamais été un leader possessif ou autoritaire quand d’autres membres veulent réaliser leurs propres projets parallèles : plus les musiciens qui m’entourent ont d’idées, mieux c’est. Même si cela pose ensuite des problèmes d’organisation. C’est fatigant mais aussi très stimulant.

IN A BAR, UNDER THE SEA (1996)
C’est encore un album d’exploration, qui part dans toutes les directions, mais je le préfère nettement à Worst Case Scenario. Comme on dit en anglais, c’est “all over the placeˮ. Il y en a partout, quoi, mais c’est ça qui fait son charme. Je me souviens très bien d’une critique aux États-Unis qui disait : “Ces mecs sont des malades. Ils sont complètement fous et ils ne savent pas ce qu’ils font”. Bref, il détruisait complètement l’album et moi, en lisant ça, je me disais : Ouais ! Super !!” (Rires.) Il a été créé dans un contexte de crise, d’interrogations sur l’existence même du groupe. Du coup, plutôt que de se prendre la tête, on s’en est sorti par le travail. Je crois bien que c’est la période la plus productive de dEUS en termes d’écriture : en studio, on a réussi à terminer vingt-trois ou vingt-quatre titres.



À l’époque, les faces B avaient encore leur importance et les trois singles extraits de l’album (ndlr. Theme From Turnpike, Roses et Little Arithmetics) sont sortis chacun avec deux ou trois titres inédits qui étaient intéressants. En tant que producteur, Eric Drew Feldman a rès bien compris cette abondance d’idées. On l’avait rencontré quand on jouait en première partie de PJ Harvey. Polly était fan de dEUS, lui aussi : ça c’est décidé très vite. C’est toujours un pote et je pense que si jamais je devais faire un album solo, c’est lui que je choisirais pour le produire. Rétrospectivement, on peut toujours se dire qu’il y a quelques morceaux qui n’auraient peut-être pas dû rester sur la version finale. Supermaketsong, par exemple, c’est juste une blague. Est-ce qu’il faut laisser ce genre de titres sur un album ? Franchement j’ai des doutes.

MAGIC RPM  #155

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