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1998, à Athens (Géorgie). Rhyme & Reason, groupe monté à la va-vite par Brian Burton (alias Danger Mouse), gagne le droit de se produire en première partie des réputés Goodie Mob à la faveur d'un tremplin jeune local. Le jeune étudiant en télécommunications profite de l'occasion pour aborder Cee-Lo, membre de Goodie Mob dont il connaît l'éclectisme, et notamment un goût prononcé pour Portishead. Si l'union entre les deux hommes débute alors, elle ne se matérialisera que huit ans plus tard avec la sortie de St Elsewhere. Concentré de soul futuriste chamboulé par la voix d'entrailles de Cee-Lo et aguerri par un format pop ultra-compressé, le premier album de Gnarls Barkley est porté au firmament par Crazy, single dévastateur qui entrera dans l'histoire comme étant le premier à se placer en tête des charts britanniques sur la seule foi des téléchargements.
Deux ans plus tôt, d'autres types de téléchargements firent la renommée de Danger Mouse. Ils étaient illégaux et avaient pour cible le Grey Album, mariage de déraison entre le phrasé de Jay-Z et les orchestrations des Beatles. Aujourd'hui, l'artiste ne veut plus entendre parler d'un exercice qui était avant tout destiné à démontrer ses qualités de sampling, mais cet album porte bien la couleur d'un passeport pour la gloire à une époque où le timide Brian Burton ne se produit sur scène que passablement aviné et affublé d'un énorme costume de souris. Après quelques essais aux relents trip hop sortis sous le nom de Pelican City, et un brillant disque de hip hop réalisé en compagnie de Jemini (Ghetto Pop Life, 2003), Danger Mouse devient ainsi le producteur le plus convoité du moment, appelé notamment par Damon Albarn au chevet du deuxième album de Gorillaz. L'Anglais ne pouvait évidemment resté insensible face au barouf transgenre crée par le Grey Album. Car si la patte sonore du rongeur reste difficile à identifier (on recense tout juste ce claquement rythmique cinglant dans nombre de ces productions), c'est bien cette aptitude affolante à décoller les étiquettes avec dextérité qui fait de Danger Mouse un producteur sans équivalent à l'heure actuelle.
Moins poseur que Pharell Williams, beaucoup moins baraqué que Timbaland, moins roublard que Dave Fridmann, Danger Mouse réussit pourtant sans ambages à sortir de l'ornière le génie du folk-rock Mark Linkous, à sublimer la légende du hip hop underground MF Doom, à s'acoquiner avec le visionnaire pop Damon Albarn, ou à enhardir les allumés disco-électriques de The Rapture. Cet été, son dernier coup d'éclat l'a même vu pirater sans coups férir 500 copies du nouvel album de Paris Hilton, avec l'aide de l'artiste visuel britannique Banksy. L'inattendu succès de Crazy consacre donc cette souplesse d'âme cultivée lors d'une enfance passée dans un quartier blanc et juif de Spring Valley (New York). Un hit crossover comme le furent récemment Clint Eastwood (Gorillaz), The Seed (The Roots), et surtout Hey Ya! des sudistes Outkast. Ces derniers partageaient d'ailleurs l'affiche avec Goodie Mob et les éphémères Rhyme & Reason lors de ce fameux concert… Les personnes présentes ce jour-là n'avaient sans doute pas conscience de la portée du spectacle qui se déroulait devant eux.