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Compte-rendu live - 05/03/ de Clara Clara

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Alors que sort le nouvel album Confortable Problems, et avant le festival Clapping Music la semaine prochaine (le 9 mars à l'International, le 10 au Point Éphémère), Clara Clara se produisait le 25 février dernier dans son fief lyonnais. L’équipe de Magic a voulu vérifier par elle-même si la magie du disque se retrouvait sur scène. [Reportage par Arnaud J. Aubry].

On doit l’avouer, ce n’est pas sans une certaine appréhension que l’on attendait ce concert de Clara Clara. Un nouvel album, mais surtout un changement complet et radical de line-up : on les avait quittés groupe instrumental de l’espace à la puissance thermonucléaire et aux mélodies transcendantes, ponctuées d’éclaircies chorales. Pas de sono, pas de micro pour les voix, pas de scène. Toujours au niveau du public, au milieu du public, de ses cheveux qui se balancent en cadence, de sa sueur poivrée, de ses cris de joie, de ses oreilles qui saignent. Enfin qu’importe, car ils nous reviennent métamorphosés. Du chant, des claviers perfectionnés, et même des frètes sur la basse ! Sus au suspens insoutenable : ils sont toujours bons. Très bons.

“Jouer à domicile, c’est toujours le plus difficile : c’est le public le plus exigeant”, nous confie Amélie, claviériste du groupe. A l’intérieur du Sonic, une péniche lyonnaise connue pour ses concerts, s’élève une petite scène en bois, un rideau rouge dans le fond, à moitié caché par une montagne d’amplis. Les trois Clara Clara gravissent les quelques marches, dégingandés. Un petit bonjour à ceux qu’ils connaissent, et ils envoient le premier morceau, We Won’t Let You Alone. La voix est distordue, le clavier tisse des mélodies aux “architectures fines et compliquées”, et la basse aplatit le tout de sa violente épaisseur. Ils ont l’air plutôt en forme, tout sourire. Quelques heures plus tôt, on avait vu Amélie, blanche comme le ciel, sortir à tâtons de leur camion, la fatigue de la tournée marquant ses traits, à la veille de leurs vacances.

Vient ensuite Infinity, peut-être le morceau qui rappelle le plus le précédent disque. Un clavier rêche, une basse lourde et puissante, et la batterie qui virevolte autant qu’elle écrase. Et puis Amélie ne peut s’empêcher de chanter sans micro, dans le vide, comme avant. Il y a de vieilles habitudes qui ne se perdent pas facilement. Ils enchaînent avec Under The Skirt, et le public se met à danser immédiatement. Un concert de Clara Clara produit toujours cette bonne vieille sensation d’excitation, comme quand on allait les voir dans les squats dijonnais, s’aventurant “dangereusement” dans les boulevards assombris des périphéries de la zone pavillonnaire pour entendre la bonne parole.

En première partie, s’était produit December Again, trois Dijonnais amoureux de Johnny Cash, et Oso el Roto, franco-chilien hurlant dans son banjo désaccordé. Mais c’est bien pour Clara Clara qu’est venue s’entasser la petite centaine de personnes dans la péniche tanguant au rythme de la houle fluviale. François frappe sa cymbale comme un pervers, les yeux un peu fermés, comme effrayé par le boucan qu’il produit. Debout, il martèle sur sa batterie réduite au minimum et chante dans un micro-casque comme Britney Spears en concert. Ils ne laissent pas le temps au public de reprendre son souffle, et enchaînent les morceaux du dernier album : Versus Education Of Artistic Peace et son arythmie trébuchante, Lovers qui résonne comme un petit tube fébrile. Sur scène Charles ondule comme un serpent charmeur, marquant le rythme hypnotique en courbant le buste, en pliant les genoux. Ses doigts dansent, agiles, mais sans préciosité, sans effets superflus, laissant parler la fureur du son pour lui. “J’ai vu passer un frigo dans le fleuve” est d’ailleurs à peu près la seule chose qu’il nous dira. Qu’importe, tant qu’il joue comme ça.

Une chose est sûre : le nouvel album Confortable Problems sied parfaitement au live. Amélie prend des baguettes, et commence à frapper sur une chaise. One On One démarre. C’est sautillant, la mélodie est accrocheuse. Et puis ça s’emballe. La basse vrombit, sonne comme une coulée de lave. Le final prend un rythme tribal, comme ça se fait maintenant. Sauf qu’ici, ça sonne juste, et qu’il y a cette pointe de folie et cet interstice d’inexactitude jouissive qui fait la différence. Ce qui est fou, au final, c’est que la musique de Clara Clara est bien composée. Pas seulement puissante, mais aussi émouvante. Rageuse et follement pop. Des descentes sans fins, des chœurs qui rendent heureux, et puis des codas où tout explose, où toute la tension accumulée jaillit, dans une éruption volcanique.

Confortable Problems commence comme une chanson de la Motown, clappements de mains, petit maracas sautillant, à la A Town Called Malice (donc comme You Can’t Hurry Love), mais se transforme bientôt en une excursion démembrée : la basse de Charles, distordue, toujours à la limite du brouillon, décolle la plèvre, fait tout vibrer. Une descente infernale, des chœurs qui résonnent comme un mantra, les larsens qui s’échappent des enceintes comme des animaux sauvages. Ils terminent avec Paper Crowns, le morceau que tout le monde attendait. Charles troque sa Godin pour une Jazz Bass, “c’est pour l’accordage”, on veut bien le croire. Le clavier balance ses mélopées scintillantes, François Virot hurle comme Avey Tare, Charles se prend pour le bassiste de Lightning Bolt. Leur musique est bruyante et lumineuse. Malgré les évolutions, elle reste pure et radicale, et c’est plutôt une bonne nouvelle. Et puis on repart de leur concert heureux et excités comme des chiens fous. C’est déjà pas mal.
Arnaud J. Aubry

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