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WOODY ALLEN
Il y a quelque chose d’assez cinématographique sur plusieurs titres de l’album, notamment certains arrangements de cordes.
BB : Pour moi, le son génère toujours des visions, des images. Le songwriting est une chose, mais c’est le son qui permet à l’auditeur de rentrer dans une chanson. Quand tu écoutes un morceau, tu ne te représentes pas le musicien en train de jouer mais tu te projettes dans autre chose, un autre monde. Et avoir cette dimension visuelle, cinématographique, aide beaucoup.
Brian, tu as des liens assez forts avec le cinéma, en particulier à travers ta collaboration avec David Lynch. T’es-tu autrefois comparé à un réalisateur de films ?
BB : C’est ce que j’ai dit il y a longtemps pour décrire la façon dont j’aimerais conduire ma carrière : comme quelqu’un qui est derrière la caméra, qui ne veut pas forcément être la star du show. Mais aujourd’hui, les choses sont différentes, ce projet est singulier. Il y a quelque chose de très simple : deux personnes qui se rencontrent, écrivent, enregistrent ensemble, forment un groupe. La comparaison avec un metteur en scène ne tient plus trop. Je n’avais jamais été dans un groupe de cette manière-là, au sens traditionnel du terme. Pour ce qui est de David Lynch, j’aime ses films, mais notre collaboration était basée sur la photographie, avec le livre Dark Night Of The Soul. L’idée était de stimuler l’imagination des gens avec ces photos, qu’ils essaient de créer un lien entre elles.
Dans cette interview où tu comparais ton parcours à celui d’un metteur en scène, tu évoquais plus précisément Woody Allen, ce qui est assez pertinent : parfois il joue dans ses propres films, parfois non. C’est finalement ce que tu fais.
BB : Oui, il a toujours été mon cinéaste préféré. Je n’avais jamais vu les choses ainsi, mais c’est vrai : parfois je suis dedans, parfois non. En même temps, la différence, c’est que, quand je produis, je n’ai pas écrit les chansons. Quand j’enregistre un disque avec les Black Keys, ça reste leur disque, même si je peux leur apporter des choses, tandis que Woody Allen reste toujours maître à bord. Peut-être qu’il y a un style, une cohérence qui se dégage de ce que je fais sur le long terme, mais ce sera sans doute quelque chose à définir plus tard.
James, d’une certaine façon, les Shins ont aussi un lien assez fort avec le cinéma, avec le succès de Garden State, qui a contribué à faire connaître le groupe.
JM : Oui, même si je me passionne moins pour le cinéma que Brian. Le lien avec le cinéma, c’est plutôt une coïncidence, qui eu un impact énorme sur la carrière des Shins. J’aime le cinéma, mais je n’ai pas cette façon très visuelle de penser qu’à Brian.
Brian, au début de ta carrière, tu étais plutôt considéré comme un producteur de hip hop et de soul alors qu’on te rattache désormais à la scène rock indépendante. Comment considères-tu ce glissement d’image ?
BB : Les gens ont besoin de définir les choses simplement. Ce n’est pas comme si j’avais changé. Il y a quelque chose de stigmatisant dans le hip hop : si tu en as fait, d’une manière ou d’une autre, ça te colle à la peau et tout ce que tu fais qui n’est pas du hip hop apparaîtra comme une tentative délibérée de ne pas faire du hip hop ! “Toi, d’évidence, tu es né pour faire du hip hop. Comment en es-tu sorti ? Qu’est-ce qui t’a fait arrêter le hip hop ?” Voilà, ça me colle à la peau. Mais j’écoutais de la musique bien avant le hip hop. J’en ai écouté, j’en ai fait mais ça n’a rien à voir avec Broken Bells, les Black Keys ou beaucoup des choses que j’ai produites. Je pense que ce discours vient de gens qui ne connaissent pas tout ce que j’ai fait. Je ne me souviens même pas du dernier disque de hip hop que j’ai enregistré. Les deux premiers disques que j’ai produits en étaient, c’est certain, avec des boucles et des rythmes électroniques. Ce qui n’en fait pas d’ailleurs nécessairement des disques hip hop. Bon, c’est le rap qui fait la différence. J’ai fait deux albums avec du rap en quinze ans. Gnars Barkley est souvent considéré comme du hip hop et ça m’échappe complètement. On m’appelle encore “Dj” ou “producteur hip hop”, et je ne comprend toujours pas pourquoi. Je n’ai jamais eu de tube hip hop !
Ça vient probablement du Grey Album, avec les vocaux de Jay Z…
BB : Oui, probablement, mais la moitié du disque, c’était les Beatles ! Et c’était même tout l’intérêt du truc ! Franchement, pour être honnête, je crois que ce sont les apparences. Si on doit regarder les choses en face, c’est ça : la façon dont on s’habille, par exemple, a un impact considérable. Et puis les gens sont souvent assez refermés sur ce qu’ils écoutent et en même temps fascinés par le hip hop. Mais pas moi. J’écoute tellement de choses différentes que j’entends les influences dans le hip hop. Quand j’ai commencé à en écouter, la plupart samplaient Kraftwerk ! Mais si tu as entendu ton premier disque de hip hop à onze ans, il est peu probable que tu aies écouté Kraftwerk à trois ans. Les gens n’ont souvent pas le bagage musical pour comprendre d’où viennent les choses. Tous ces trucs de hip hop qui fascinaient tant les gamins des groupes de rock ne m’impressionnaient pas. Certains étaient très cool, mais ce n’est pas parce qu’ils fonctionnaient sans guitare ni batterie qu’ils étaient si différents. C’est quelque chose que j’ai souvent entendu : “Waouh, c’est si différent, c’est du hip hop”. Non, c’est juste que ce n’est pas un groupe et il n’y a pas de quoi en faire un plat. Ça sonne un peu pompeux de dire ça, mais bon… On est en France, je peux bien être un peu pompeux !
Vous avez enregistré vingt chansons avec Broken Bells. Dix sont sur l’album, que vont devenir les dix autres ?
BB : Toutes ne sont pas encore finies, certaines seront des faces B et d’autres figureront sur le prochain album. Beaucoup de morceaux sont comme des puzzles qu’il faut savoir assembler correctement. Pour certains, nous n’avons pas encore trouvé comment. Et nous sommes déjà retournés en studio. En plus de ces vingt chansons, nous en avons déjà enregistré cinq ou six nouvelles. On continue à travailler. Le deuxième Lp pourrait sortir rapidement, tout dépend de la façon dont se passent les choses avec le premier, de sa durée de vie. Nous aimons enregistrer, c’est même ce que nous préférons.
JM : Mais nous avons mis sur pied un groupe et nous allons aussi faire de la scène.
En dehors de Broken Bells, quels sont vos projets respectifs ?
JM : Je vais rééditer une compilation des chansons de mon ancien groupe, Flake Music. Mais tout est suspendu, repoussé à plus tard, pour que nous puissions nous concentrer sur Broken Bells, nous amuser et nous assurer que cela corresponde à nos attentes.
BB : Pareil pour moi. Il y a des choses que j’ai déjà enregistrées qui sortiront à un moment ou à un autre. Pour l’heure, je me concentre sur Broken Bells. J’ai complètement levé le pied sur le reste, ce qui est une bonne chose.
Que s’est-il passé autour de l’imbroglio Dark Night Of The Soul ?
BB : C’est vraiment dommage. Il n’y a pas de raison particulière, ce sont des choses qui arrivent. Mais le disque va sortir cette année. Des problèmes contractuels ont sans cesse repoussé sa sortie, mais ça y est, ça arrive. J’espère que les gens vont encore l’aimer, je ne pense pas qu’il soit périmé.
Il y a quelque chose d’assez cinématographique sur plusieurs titres de l’album, notamment certains arrangements de cordes.
BB : Pour moi, le son génère toujours des visions, des images. Le songwriting est une chose, mais c’est le son qui permet à l’auditeur de rentrer dans une chanson. Quand tu écoutes un morceau, tu ne te représentes pas le musicien en train de jouer mais tu te projettes dans autre chose, un autre monde. Et avoir cette dimension visuelle, cinématographique, aide beaucoup.
Brian, tu as des liens assez forts avec le cinéma, en particulier à travers ta collaboration avec David Lynch. T’es-tu autrefois comparé à un réalisateur de films ?
BB : C’est ce que j’ai dit il y a longtemps pour décrire la façon dont j’aimerais conduire ma carrière : comme quelqu’un qui est derrière la caméra, qui ne veut pas forcément être la star du show. Mais aujourd’hui, les choses sont différentes, ce projet est singulier. Il y a quelque chose de très simple : deux personnes qui se rencontrent, écrivent, enregistrent ensemble, forment un groupe. La comparaison avec un metteur en scène ne tient plus trop. Je n’avais jamais été dans un groupe de cette manière-là, au sens traditionnel du terme. Pour ce qui est de David Lynch, j’aime ses films, mais notre collaboration était basée sur la photographie, avec le livre Dark Night Of The Soul. L’idée était de stimuler l’imagination des gens avec ces photos, qu’ils essaient de créer un lien entre elles.
Dans cette interview où tu comparais ton parcours à celui d’un metteur en scène, tu évoquais plus précisément Woody Allen, ce qui est assez pertinent : parfois il joue dans ses propres films, parfois non. C’est finalement ce que tu fais.
BB : Oui, il a toujours été mon cinéaste préféré. Je n’avais jamais vu les choses ainsi, mais c’est vrai : parfois je suis dedans, parfois non. En même temps, la différence, c’est que, quand je produis, je n’ai pas écrit les chansons. Quand j’enregistre un disque avec les Black Keys, ça reste leur disque, même si je peux leur apporter des choses, tandis que Woody Allen reste toujours maître à bord. Peut-être qu’il y a un style, une cohérence qui se dégage de ce que je fais sur le long terme, mais ce sera sans doute quelque chose à définir plus tard.
James, d’une certaine façon, les Shins ont aussi un lien assez fort avec le cinéma, avec le succès de Garden State, qui a contribué à faire connaître le groupe.
JM : Oui, même si je me passionne moins pour le cinéma que Brian. Le lien avec le cinéma, c’est plutôt une coïncidence, qui eu un impact énorme sur la carrière des Shins. J’aime le cinéma, mais je n’ai pas cette façon très visuelle de penser qu’à Brian.
Brian, au début de ta carrière, tu étais plutôt considéré comme un producteur de hip hop et de soul alors qu’on te rattache désormais à la scène rock indépendante. Comment considères-tu ce glissement d’image ?
BB : Les gens ont besoin de définir les choses simplement. Ce n’est pas comme si j’avais changé. Il y a quelque chose de stigmatisant dans le hip hop : si tu en as fait, d’une manière ou d’une autre, ça te colle à la peau et tout ce que tu fais qui n’est pas du hip hop apparaîtra comme une tentative délibérée de ne pas faire du hip hop ! “Toi, d’évidence, tu es né pour faire du hip hop. Comment en es-tu sorti ? Qu’est-ce qui t’a fait arrêter le hip hop ?” Voilà, ça me colle à la peau. Mais j’écoutais de la musique bien avant le hip hop. J’en ai écouté, j’en ai fait mais ça n’a rien à voir avec Broken Bells, les Black Keys ou beaucoup des choses que j’ai produites. Je pense que ce discours vient de gens qui ne connaissent pas tout ce que j’ai fait. Je ne me souviens même pas du dernier disque de hip hop que j’ai enregistré. Les deux premiers disques que j’ai produits en étaient, c’est certain, avec des boucles et des rythmes électroniques. Ce qui n’en fait pas d’ailleurs nécessairement des disques hip hop. Bon, c’est le rap qui fait la différence. J’ai fait deux albums avec du rap en quinze ans. Gnars Barkley est souvent considéré comme du hip hop et ça m’échappe complètement. On m’appelle encore “Dj” ou “producteur hip hop”, et je ne comprend toujours pas pourquoi. Je n’ai jamais eu de tube hip hop !
Ça vient probablement du Grey Album, avec les vocaux de Jay Z…
BB : Oui, probablement, mais la moitié du disque, c’était les Beatles ! Et c’était même tout l’intérêt du truc ! Franchement, pour être honnête, je crois que ce sont les apparences. Si on doit regarder les choses en face, c’est ça : la façon dont on s’habille, par exemple, a un impact considérable. Et puis les gens sont souvent assez refermés sur ce qu’ils écoutent et en même temps fascinés par le hip hop. Mais pas moi. J’écoute tellement de choses différentes que j’entends les influences dans le hip hop. Quand j’ai commencé à en écouter, la plupart samplaient Kraftwerk ! Mais si tu as entendu ton premier disque de hip hop à onze ans, il est peu probable que tu aies écouté Kraftwerk à trois ans. Les gens n’ont souvent pas le bagage musical pour comprendre d’où viennent les choses. Tous ces trucs de hip hop qui fascinaient tant les gamins des groupes de rock ne m’impressionnaient pas. Certains étaient très cool, mais ce n’est pas parce qu’ils fonctionnaient sans guitare ni batterie qu’ils étaient si différents. C’est quelque chose que j’ai souvent entendu : “Waouh, c’est si différent, c’est du hip hop”. Non, c’est juste que ce n’est pas un groupe et il n’y a pas de quoi en faire un plat. Ça sonne un peu pompeux de dire ça, mais bon… On est en France, je peux bien être un peu pompeux !
Vous avez enregistré vingt chansons avec Broken Bells. Dix sont sur l’album, que vont devenir les dix autres ?
BB : Toutes ne sont pas encore finies, certaines seront des faces B et d’autres figureront sur le prochain album. Beaucoup de morceaux sont comme des puzzles qu’il faut savoir assembler correctement. Pour certains, nous n’avons pas encore trouvé comment. Et nous sommes déjà retournés en studio. En plus de ces vingt chansons, nous en avons déjà enregistré cinq ou six nouvelles. On continue à travailler. Le deuxième Lp pourrait sortir rapidement, tout dépend de la façon dont se passent les choses avec le premier, de sa durée de vie. Nous aimons enregistrer, c’est même ce que nous préférons.
JM : Mais nous avons mis sur pied un groupe et nous allons aussi faire de la scène.
En dehors de Broken Bells, quels sont vos projets respectifs ?
JM : Je vais rééditer une compilation des chansons de mon ancien groupe, Flake Music. Mais tout est suspendu, repoussé à plus tard, pour que nous puissions nous concentrer sur Broken Bells, nous amuser et nous assurer que cela corresponde à nos attentes.
BB : Pareil pour moi. Il y a des choses que j’ai déjà enregistrées qui sortiront à un moment ou à un autre. Pour l’heure, je me concentre sur Broken Bells. J’ai complètement levé le pied sur le reste, ce qui est une bonne chose.
Que s’est-il passé autour de l’imbroglio Dark Night Of The Soul ?
BB : C’est vraiment dommage. Il n’y a pas de raison particulière, ce sont des choses qui arrivent. Mais le disque va sortir cette année. Des problèmes contractuels ont sans cesse repoussé sa sortie, mais ça y est, ça arrive. J’espère que les gens vont encore l’aimer, je ne pense pas qu’il soit périmé.