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D’un côté, le chanteur d’un des groupes les plus
attachants du paysage pop américain, The Shins, fermé pour travaux depuis deux
ans. De l’autre, l’un des plus brillants producteurs de la dernière décennie,
Danger Mouse, impliqué jusqu’au cou dans nombre de projets essentiels
chiffonnant toutes les étiquettes, bouillonnante usine à sons et idées. Mûrie
autour d’une amitié naissante et conçue dans le plus grand secret, la
collaboration entre James Mercer et Brian Burton consacre une approche moderne
et généreuse de la pop. Avec un coup d’essai en forme de coup de maître, constitué
de dix premiers pas éblouissants d’un duo qui ne compte pas en rester là,
Broken Bells vous souhaite la bienvenue dans les années 10. [Interview Vincent
Théval].
Architecture et design raisonnablement modernes qui tranchent avec le quartier relativement peu branché où il se cache, l’hôtel parisien où Brian Burton et James Mercer accueillent la presse durant deux pluvieuses journées de janvier a, par certains endroits, des allures lynchiennes. De grands rideaux en cachent l’entrée et un étrange couloir tortueux tapissé de fourrure synthétique mène à la pièce où se déroule l’entretien. Donné par le duo entre une sieste et un café réparateurs, il commence dans les brumes à peine dissipées d’un inévitable jetlag. Les deux amis sont en Europe depuis peu pour assurer la promotion d’un album que personne n’a vu venir mais que tout le monde attend de pied ferme, toutes oreilles dressées depuis la découverte du single The High Road, magnifique et inusable puzzle pop dont chaque pièce semble éclairer l’ensemble d’une lumière neuve. Petits éclats électroniques incrustés sur une rythmique urbaine, clavier et chœurs enveloppant la voix sublime de James Mercer, refrain au déhanché élégant, sortie de piste en forme d’apothéose aérienne, avec harmonies vocales célestes. En moins de quatre minutes, Broken Bells réinvente le classicisme pop en le frottant doucement à une modernité chaleureuse.
Avec son approche à la fois ambitieuse et humble, cette façon de balayer un large spectre musical en respectant un cahier des charges pop, l’album est à la hauteur des espoirs enfantés par cette chanson. Entièrement conçu par Mercer et Burton dans le secret du studio de ce dernier, Broken Bells fascine par son opulence mélodique, sa production stupéfiante d’inventivité et d’élégance, son architecture qui ménage à la fois de larges perspectives et des passages secrets, chaque chanson semblant en contenir plusieurs autres. Rarement une collaboration entre deux personnalités aux parcours si différents aura trouvé un équilibre aussi parfait, musicalement et humainement, allant jusqu’à documenter l’histoire d’une amitié. Les deux Américains confient être nerveux à l’approche de la sortie d’un album qui leur ressemble en tout point. Avec une patience et une courtoisie très professionnelles, l’affable James Mercer semble d’abord l’interlocuteur le plus évident. Grand, particulièrement élégant (chemise, cravate et veston sur un jean et des baskets) et un rien sévère, Brian Burton est plus taciturne et sur la réserve, avant de se plonger complètement dans la conversation.
Quand vous êtes-vous rencontrés ?
James Mercer : C’était en 2004, durant le Roskilde Festival, au Danemark. Puis nous nous sommes à nouveau croisés dans plusieurs festivals, quand Brian tournait avec Gnarls Barkley et moi avec les Shins. On a donc commencé à traîner ensemble, à faire mieux connaissance. Après la sortie de Wincing The Night Away et la tournée qui a suivi, je voulais vraiment faire quelque chose de nouveau, sans savoir trop quoi : une collaboration avec quelqu’un ou une expérience en solo. Brian a eu vent de cette envie et m’a proposé d’écrire des chansons ensemble et de monter un groupe.
Dark Night Of The Soul a été une première étape dans cette collaboration ?
Brian Burton : Non, même si Dark Night Of The Soul était largement entamé bien avant qu’on commence à travailler ensemble, les derniers morceaux sont contemporains des débuts de Broken Bells.
JM : J’ai enregistré ma participation à Dark Night Of The Soul, Insane Lullaby, après qu’on ait commencé Broken Bells.
Avant de vous rencontrer, chacun connaissait-il le travail de l’autre ?
BB : Oui, très bien : j’étais très fan de tous les albums des Shins. J’aime la voix de James, son écriture.
JM : Pareil, je connaissais ses disques, son boulot de producteur qui m’impressionnait beaucoup. J’étais vraiment très enthousiaste à l’idée de travailler avec lui.
Avez-vous écrit les chansons avant d’entrer en studio ?
JM : Non, on a tout écrit ensemble en studio. En réalité, on a écrit et enregistré en même temps.
BB : En tout, l’enregistrement a pris un an, à raison d’une semaine ou deux par-ci, par-là. On était très concentrés sur ce projet. Je n’ai travaillé sur aucun autre disque pendant cette période, et je n’en ai d’ailleurs rien dit à personne. Travailler en secret nous a vraiment aidés : nous n’avions pas à aller contre les attentes, à faire quelque chose de différent de ce que les gens auraient pu attendre de nous. Nous n’avons écouté que nos idées et notre envie de bien faire. Ce qui veut dire que c’est maintenant que tout va arriver d’un coup, en quelques semaines : les attentes et la réaction des gens ! Sauf que cela n’aura aucune conséquence sur l’album, ce qui est la meilleure chose. Mais nous sommes forcément impatients, un peu nerveux aussi. C’est quelque chose de neuf, un peu comme un nouveau départ.
Aviez-vous une idée précise de ce que vous vouliez faire ?
JM : Non, on s’est posés et on a essayé plein de choses. Tout s’est passé naturellement, sans véritable plan préétabli.
James, tu as produit toi-même les trois albums de Shins. Que t’a apporté ce travail avec un producteur aussi brillant ?
JM : J’ai appris beaucoup. Bon, je ne sais toujours pas exactement comment il conçoit les choses, il est très intuitif et c’est quelque chose qui ne s’imite pas, mais j’ai appris des choses au niveau technique. C’était génial de le voir enrichir et transformer tout ce que je pouvais faire, toutes les idées que je pouvais avoir.
De toute évidence, sur Wincing The Night Away, tu cherchais à renouveler le son des Shins. Est-ce que ce travail avec Broken Bells peut être considéré comme un nouveau pas dans cette direction ?
JM : Non, c’est vraiment très séparé, pour la simple et bonne raison que Brian a amené beaucoup de son esthétique. Nous avons utilisé son studio, ses instruments. Je n’ai même pas joué sur un seul instrument qui m’appartienne ! Toutes les guitares, les claviers, étaient ceux de Brian. Je crois que l’essentiel de l’identité esthétique de Broken Bells tient au travail de Brian, à sa production. Et j’imagine que ce que j’ai appris en travaillant avec lui aura un impact sur le prochain Lp des Shins, d’une manière ou d’une autre.
Architecture et design raisonnablement modernes qui tranchent avec le quartier relativement peu branché où il se cache, l’hôtel parisien où Brian Burton et James Mercer accueillent la presse durant deux pluvieuses journées de janvier a, par certains endroits, des allures lynchiennes. De grands rideaux en cachent l’entrée et un étrange couloir tortueux tapissé de fourrure synthétique mène à la pièce où se déroule l’entretien. Donné par le duo entre une sieste et un café réparateurs, il commence dans les brumes à peine dissipées d’un inévitable jetlag. Les deux amis sont en Europe depuis peu pour assurer la promotion d’un album que personne n’a vu venir mais que tout le monde attend de pied ferme, toutes oreilles dressées depuis la découverte du single The High Road, magnifique et inusable puzzle pop dont chaque pièce semble éclairer l’ensemble d’une lumière neuve. Petits éclats électroniques incrustés sur une rythmique urbaine, clavier et chœurs enveloppant la voix sublime de James Mercer, refrain au déhanché élégant, sortie de piste en forme d’apothéose aérienne, avec harmonies vocales célestes. En moins de quatre minutes, Broken Bells réinvente le classicisme pop en le frottant doucement à une modernité chaleureuse.
Avec son approche à la fois ambitieuse et humble, cette façon de balayer un large spectre musical en respectant un cahier des charges pop, l’album est à la hauteur des espoirs enfantés par cette chanson. Entièrement conçu par Mercer et Burton dans le secret du studio de ce dernier, Broken Bells fascine par son opulence mélodique, sa production stupéfiante d’inventivité et d’élégance, son architecture qui ménage à la fois de larges perspectives et des passages secrets, chaque chanson semblant en contenir plusieurs autres. Rarement une collaboration entre deux personnalités aux parcours si différents aura trouvé un équilibre aussi parfait, musicalement et humainement, allant jusqu’à documenter l’histoire d’une amitié. Les deux Américains confient être nerveux à l’approche de la sortie d’un album qui leur ressemble en tout point. Avec une patience et une courtoisie très professionnelles, l’affable James Mercer semble d’abord l’interlocuteur le plus évident. Grand, particulièrement élégant (chemise, cravate et veston sur un jean et des baskets) et un rien sévère, Brian Burton est plus taciturne et sur la réserve, avant de se plonger complètement dans la conversation.
Quand vous êtes-vous rencontrés ?
James Mercer : C’était en 2004, durant le Roskilde Festival, au Danemark. Puis nous nous sommes à nouveau croisés dans plusieurs festivals, quand Brian tournait avec Gnarls Barkley et moi avec les Shins. On a donc commencé à traîner ensemble, à faire mieux connaissance. Après la sortie de Wincing The Night Away et la tournée qui a suivi, je voulais vraiment faire quelque chose de nouveau, sans savoir trop quoi : une collaboration avec quelqu’un ou une expérience en solo. Brian a eu vent de cette envie et m’a proposé d’écrire des chansons ensemble et de monter un groupe.
Dark Night Of The Soul a été une première étape dans cette collaboration ?
Brian Burton : Non, même si Dark Night Of The Soul était largement entamé bien avant qu’on commence à travailler ensemble, les derniers morceaux sont contemporains des débuts de Broken Bells.
JM : J’ai enregistré ma participation à Dark Night Of The Soul, Insane Lullaby, après qu’on ait commencé Broken Bells.
Avant de vous rencontrer, chacun connaissait-il le travail de l’autre ?
BB : Oui, très bien : j’étais très fan de tous les albums des Shins. J’aime la voix de James, son écriture.
JM : Pareil, je connaissais ses disques, son boulot de producteur qui m’impressionnait beaucoup. J’étais vraiment très enthousiaste à l’idée de travailler avec lui.
Avez-vous écrit les chansons avant d’entrer en studio ?
JM : Non, on a tout écrit ensemble en studio. En réalité, on a écrit et enregistré en même temps.
BB : En tout, l’enregistrement a pris un an, à raison d’une semaine ou deux par-ci, par-là. On était très concentrés sur ce projet. Je n’ai travaillé sur aucun autre disque pendant cette période, et je n’en ai d’ailleurs rien dit à personne. Travailler en secret nous a vraiment aidés : nous n’avions pas à aller contre les attentes, à faire quelque chose de différent de ce que les gens auraient pu attendre de nous. Nous n’avons écouté que nos idées et notre envie de bien faire. Ce qui veut dire que c’est maintenant que tout va arriver d’un coup, en quelques semaines : les attentes et la réaction des gens ! Sauf que cela n’aura aucune conséquence sur l’album, ce qui est la meilleure chose. Mais nous sommes forcément impatients, un peu nerveux aussi. C’est quelque chose de neuf, un peu comme un nouveau départ.
Aviez-vous une idée précise de ce que vous vouliez faire ?
JM : Non, on s’est posés et on a essayé plein de choses. Tout s’est passé naturellement, sans véritable plan préétabli.
James, tu as produit toi-même les trois albums de Shins. Que t’a apporté ce travail avec un producteur aussi brillant ?
JM : J’ai appris beaucoup. Bon, je ne sais toujours pas exactement comment il conçoit les choses, il est très intuitif et c’est quelque chose qui ne s’imite pas, mais j’ai appris des choses au niveau technique. C’était génial de le voir enrichir et transformer tout ce que je pouvais faire, toutes les idées que je pouvais avoir.
De toute évidence, sur Wincing The Night Away, tu cherchais à renouveler le son des Shins. Est-ce que ce travail avec Broken Bells peut être considéré comme un nouveau pas dans cette direction ?
JM : Non, c’est vraiment très séparé, pour la simple et bonne raison que Brian a amené beaucoup de son esthétique. Nous avons utilisé son studio, ses instruments. Je n’ai même pas joué sur un seul instrument qui m’appartienne ! Toutes les guitares, les claviers, étaient ceux de Brian. Je crois que l’essentiel de l’identité esthétique de Broken Bells tient au travail de Brian, à sa production. Et j’imagine que ce que j’ai appris en travaillant avec lui aura un impact sur le prochain Lp des Shins, d’une manière ou d’une autre.