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Parfois, magic fouille dans sa mémoire et se souvient d'un album marquant pour le bibi pop moderne, mais très peu cité dans le giron et jamais réédité. On appelle ça un album oublié. Et une fois qu'on a décidé de s'en rappeler, on lui fait sa fête. Par exemple, Bring Trouble de Brian, paru en 1999 sur Setenta Records. [Thibaut Allemand].
LE CONTEXTE
Le cosmos de 1999 est marqué par la fameuse éclipse de Soleil, précédée de quelques mois par l'extinction d'une étoile nommée Dusty. Curtis Mayfield passe lui aussi l'arme à gauche, tandis que deux jeunes gens défouraillent leurs camarades au lycée Columbine dans le Colorado. Du côté de Seattle, la rue arbore un parfum d'émeute, joyeusement ravagée par ceux qu'on ne nomme pas encore les altermondialistes. Ici, les côtes bretonnes sont ruinées par le naufrage du pétrolier Erika. Et la pop moderne ? Elle se porte bien, merci. Bien qu'idéalement crashée par dEUS, tiraillée entre le revival garage de The Make-Up, les élucubrations psychédéliques des The Flaming Lips et la dépression éthylique d'Arab Strap. L'électronique anglaise, elle, fait l'autruche dans une fumerie d'opium en compagnie de Death In Vegas, tandis que la résistance hexagonale (Dominique A, Katerine, Murat…) poursuit son petit bonhomme de chemin. Et Brian, sa petite vie.
Le cosmos de 1999 est marqué par la fameuse éclipse de Soleil, précédée de quelques mois par l'extinction d'une étoile nommée Dusty. Curtis Mayfield passe lui aussi l'arme à gauche, tandis que deux jeunes gens défouraillent leurs camarades au lycée Columbine dans le Colorado. Du côté de Seattle, la rue arbore un parfum d'émeute, joyeusement ravagée par ceux qu'on ne nomme pas encore les altermondialistes. Ici, les côtes bretonnes sont ruinées par le naufrage du pétrolier Erika. Et la pop moderne ? Elle se porte bien, merci. Bien qu'idéalement crashée par dEUS, tiraillée entre le revival garage de The Make-Up, les élucubrations psychédéliques des The Flaming Lips et la dépression éthylique d'Arab Strap. L'électronique anglaise, elle, fait l'autruche dans une fumerie d'opium en compagnie de Death In Vegas, tandis que la résistance hexagonale (Dominique A, Katerine, Murat…) poursuit son petit bonhomme de chemin. Et Brian, sa petite vie.
LE GROUPE
Ou l'homme, plutôt : car Brian, c'est avant tout Ken Sweeney. En 1986, le Dublinois accompagne son grand frère en studio et profite d'un créneau pour coucher sur bande A Millions Miles, une chanson qui lui trottait dans l'esprit depuis quelques mois. L'ingénieur du son est séduit, son entourage aussi. Pas de quoi s'affoler. Ce n'est que trois ans plus tard que paraît A Millions Miles (1989), réenregistré et autoproduit avec quelques amis. Mais en bon Irlandais, Sweeney vogue déjà pour Londres, histoire de trouver un job. En son absence, le single commence à recevoir les éloges de la presse, détrônant même Elvis Costello dans les tops de fin d'année de la presse musicale. Ce qui pousse le gaillard à continuer. Entouré de musiciens de sessions (meilleur moyen d'obtenir ce qu'il demande en évitant les querelles d'ego), le songwriter courtisé se remet au travail. Après quelques péripéties et sur la foi de quelques démos, Setanta décide de publier Understand (1992), brillante compilation qui regroupe les premiers essais de Brian.

Ou l'homme, plutôt : car Brian, c'est avant tout Ken Sweeney. En 1986, le Dublinois accompagne son grand frère en studio et profite d'un créneau pour coucher sur bande A Millions Miles, une chanson qui lui trottait dans l'esprit depuis quelques mois. L'ingénieur du son est séduit, son entourage aussi. Pas de quoi s'affoler. Ce n'est que trois ans plus tard que paraît A Millions Miles (1989), réenregistré et autoproduit avec quelques amis. Mais en bon Irlandais, Sweeney vogue déjà pour Londres, histoire de trouver un job. En son absence, le single commence à recevoir les éloges de la presse, détrônant même Elvis Costello dans les tops de fin d'année de la presse musicale. Ce qui pousse le gaillard à continuer. Entouré de musiciens de sessions (meilleur moyen d'obtenir ce qu'il demande en évitant les querelles d'ego), le songwriter courtisé se remet au travail. Après quelques péripéties et sur la foi de quelques démos, Setanta décide de publier Understand (1992), brillante compilation qui regroupe les premiers essais de Brian.

LE LABEL
Fondé par Keith Cullen, Setanta signifie “le chemin” en gaélique, et joue sur une certaine homophonie avec le nom du patron (Setanta étant le premier nom du Dieu celte Cúchulainn). Au début des nineties, cette petite structure londonienne constitue le tremplin pour la vague de groupes irlandais qui se fracasse, avec plus ou moins de succès, sur les côtes de la Perfide Albion (The Frank & Walters, The Divine Comedy, Catchers ou A House). Setanta Records a également publié le plus grand succès tardif d'Edwyn Collins (le single A Girl Like You, 1994) et ouvert la voie à Richard Hawley comme aux dispensables Chalets. Aujourd'hui, le label est en stand-by.
Fondé par Keith Cullen, Setanta signifie “le chemin” en gaélique, et joue sur une certaine homophonie avec le nom du patron (Setanta étant le premier nom du Dieu celte Cúchulainn). Au début des nineties, cette petite structure londonienne constitue le tremplin pour la vague de groupes irlandais qui se fracasse, avec plus ou moins de succès, sur les côtes de la Perfide Albion (The Frank & Walters, The Divine Comedy, Catchers ou A House). Setanta Records a également publié le plus grand succès tardif d'Edwyn Collins (le single A Girl Like You, 1994) et ouvert la voie à Richard Hawley comme aux dispensables Chalets. Aujourd'hui, le label est en stand-by.
L'ALBUM
Avouons-le, Bring Trouble est un poil moins ensorceleur que Understand qui fut, luin réédité en France accompagné d'un EP un an après sa parution. Mais pas de quoi snober cette seconde étape, au cours de laquelle l'Irlandais s'éloigne de l'arrière-cour de Sarah Records (Another Sunny Day en tête) pour mieux embrasser une pop solaire et mélancolique. On pense plus d'une fois aux arabesques dessinées avant lui par Saint Etienne, car jamais Ken Sweeney ne choisit entre synthétisme sensuel et pop frissonnante, mariant son chant fragile et habité à des accords mineurs, des arrangements nacrés et une énergie électronique. Ainsi du groove rythmique de Turn Your Lights On ou On A Roll, irrésistibles sucreries sublimées par les cordes des compatriotes The High Llamas. Cette orientation dance pop accrocheuse masque quelques modestes merveilles, telles que Light Years (dont la basse est tenue par l'ex-Cocteau Twins Simon Raymonde), l'incandescente Right Through Tuesday ou encore l'ode à la mélomanie Getting Meaner (“I'm getting meaner/What became/Of the music that made me feel ?/It swept me up”). Finalement, cet album est avant tout transporté par un romantisme incurable : de l'ouverture éclatante We Close 1-2 (peinture de l'ennui des employés coincés au bureau) jusqu'au conclusif et acoustique Wherever We're Going, toute cette œuvre est traversée par l'envie et la recherche d'un ailleurs. Que l'éternel voyageur trouvera en regagnant ses pénates.
Avouons-le, Bring Trouble est un poil moins ensorceleur que Understand qui fut, luin réédité en France accompagné d'un EP un an après sa parution. Mais pas de quoi snober cette seconde étape, au cours de laquelle l'Irlandais s'éloigne de l'arrière-cour de Sarah Records (Another Sunny Day en tête) pour mieux embrasser une pop solaire et mélancolique. On pense plus d'une fois aux arabesques dessinées avant lui par Saint Etienne, car jamais Ken Sweeney ne choisit entre synthétisme sensuel et pop frissonnante, mariant son chant fragile et habité à des accords mineurs, des arrangements nacrés et une énergie électronique. Ainsi du groove rythmique de Turn Your Lights On ou On A Roll, irrésistibles sucreries sublimées par les cordes des compatriotes The High Llamas. Cette orientation dance pop accrocheuse masque quelques modestes merveilles, telles que Light Years (dont la basse est tenue par l'ex-Cocteau Twins Simon Raymonde), l'incandescente Right Through Tuesday ou encore l'ode à la mélomanie Getting Meaner (“I'm getting meaner/What became/Of the music that made me feel ?/It swept me up”). Finalement, cet album est avant tout transporté par un romantisme incurable : de l'ouverture éclatante We Close 1-2 (peinture de l'ennui des employés coincés au bureau) jusqu'au conclusif et acoustique Wherever We're Going, toute cette œuvre est traversée par l'envie et la recherche d'un ailleurs. Que l'éternel voyageur trouvera en regagnant ses pénates.
LA SUITE
À part un 45 tours chez Elefant Records, paru la même année et reprenant quelques morceaux de Bring Trouble, rien. Ken Sweeney fit quelques apparitions dans Father Ted, série très populaire en Irlande et dont le générique fut composé par… Neil Hannon. Depuis, ce chanteur habité au physique débonnaire a quitté les studios pour rejoindre la rédaction du quotidien The Irish Independent, dont il est devenu chef de la rubrique “entertainment”. Fin de l'histoire ? Pas sûr. Sweeney, faute de temps, repousse l'échéance, assurant cependant qu'il lui reste quelques idées. Malheureusement, son travaille dévore toute son énergie. Pourquoi ne pas profiter de la pause de midi ?
À part un 45 tours chez Elefant Records, paru la même année et reprenant quelques morceaux de Bring Trouble, rien. Ken Sweeney fit quelques apparitions dans Father Ted, série très populaire en Irlande et dont le générique fut composé par… Neil Hannon. Depuis, ce chanteur habité au physique débonnaire a quitté les studios pour rejoindre la rédaction du quotidien The Irish Independent, dont il est devenu chef de la rubrique “entertainment”. Fin de l'histoire ? Pas sûr. Sweeney, faute de temps, repousse l'échéance, assurant cependant qu'il lui reste quelques idées. Malheureusement, son travaille dévore toute son énergie. Pourquoi ne pas profiter de la pause de midi ?