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Article - 27/09/11 de Blood Orange

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À peine commençait-on à se familiariser avec ses chansons façon mille-feuilles pop sur deux albums pantagruéliques que Devonté Hynes délaisse sa panoplie de Lightspeed Champion pour se mettre à nu sous une nouvelle identité. En appliquant ses méthodes de producteur obsessionnel tout en remettant en cause son écriture bariolée au profit d’une épure grisante, la beauté acide de Blood Orange surprend par sa fraîcheur et sa limpidité. Comme un cocktail aux ingrédients connus mais à la saveur inédite. [Article Thomas Bartel].

Son parcours a ceci de paradoxal que Devonté Hynes n’est jamais là où on l’attend. On le connaissait à ses débuts comme guitariste des punks infréquentables de Test Icicles, on le retrouve quelques années plus tard en solo affublé d’une perruque grotesque et de lunettes démesurées sur deux albums de pop architecturée d’une classe improbable et flamboyante, édités sous l’alias Lightspeed Champion. On pensait donc avoir affaire à un jeune loup mu par une ambition dévorante, on rencontre un jeune homme timide au phrasé hésitant, aussi sobrement vêtu que les joyaux bruts qui émaillent son tout nouveau Coastal Grooves, premier album de Blood Orange. Et pourtant, on découvre, à travers son blog et d’innombrables photos personnelles postées sur Flickr, un jeune homme hyperactif et enthousiaste, curieux de tout. Né au Texas mais ayant passé la majeure partie de sa vie en Angleterre, son récent déménagement à New York apparaît comme une nouvelle étape sentimentale et artistique dans une trajectoire musicale déjà riche en rebondissements. “En 2008, je me suis dit que j’en avais assez de vivre en Angleterre, même si je me considère encore aujourd’hui comme un Anglais. Tout est dans l’excès à Londres. Là-bas, il faut toujours être à la recherche du dernier truc cool simplement pour être à la page. On te cite des groupes absolument inconnus non parce qu’ils sont intéressants, mais parce qu’ils sont juste nouveaux. À New York, j’ai commencé à jouer les chansons de Blood Orange dans des bars, avec ma guitare et mon laptop. ça me plaisait de me retrouver dans des endroits non liés au circuit indie. Du coup, les gens qui venaient m’écouter ne connaissaient pas Lightspeed Champion, tout au plus ils étaient au courant de mon travail de producteur. Et j’aime bien retrouver cet anonymat”.

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Dans ce va-et-vient constant entre exposition médiatique, travail collectif et solitude nécessaire, Devonté règle ses journées comme du papier à musique. Qu’il enregistre un nombre incalculable de reprises, de la comédie musicale Hair à Green Day, des Beach Boys à Amy Winehouse, qu’il travaille sur l’album de Florence + The Machine, qu’il écrive un recueil de nouvelles intitulé Bad Era Of Me, ou qu’il s’attelle à une symphonie pour violoncelle (son premier instrument appris), chaque minute de sa vie semble dédiée à la musique. Toujours avide de challenge, notre champion s’est même astreint à publier sur son blog un recueil de chansons composées à chaque moment creux de la journée. “Je ne dors pas beaucoup car je n’aime pas ça. J’ai l’impression qu’il y a toujours quelque chose à faire. Dormir, c’est une perte de temps. Je me lève le matin entre 7 et 9 heures, je sors jouer au basket pendant quelques heures puis je rentre à la maison pour travailler sur mes chansons puis je sors à nouveau jouer au basket !” Fruit d’une délocalisation autant géographique qu’intime, Coastal Grooves induit par son titre même la présence de paysages côtiers où le regard et l’inspiration, comme libérés d’un carcan urbain, se tournent vers un horizon résolument dégagé. Exactement comme ce fut le cas pour le limpide The English Riviera (2011) de Metronomy, autre album rêveur qui vient de trouver un sérieux concurrent sur les podiums de fin d’année.

La première chose qui frappe chez Blood Orange, surtout quand on connaît l’éparpillement et la versatilité de son auteur, c’est bien sa profonde unité de ton. D’un titre à l’autre, chaque instrument possède un son qui lui est propre, en particulier la guitare, minimaliste et cristalline. “J’écoutais beaucoup de musique classique japonaise et ça a beaucoup influencé le son de ma guitare. J’ai même failli acheter un Koto, mais j’ai finalement décidé de jouer en arpèges avec de la réverb’ et beaucoup de chorus pour m’en rapprocher. Souvent, quand tu es en studio, on te suggère de varier les effets d’un titre à l’autre. Là je venais de trouver le son qui me plaisait. Je ne voulais plus en changer”. Loin du chant enlevé et des atmosphères chamarrées des albums de Lightspeed Champion, Devonté pose sa voix langoureuse sur des mélodies diaphanes qui hantent l’auditeur dès la première écoute. On doit ce résultat d’une éclatante modernité à la façon dont Blood Orange s’approprie des influences marquées 80’s sans se soucier d’étiquette et encore mois de bon goût, pour en faire le matériau de base d’un son résolument neuf et personnel.



MAGIC RPM  #155

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