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Je me souviens que Bernard Lenoir parlait de The Stone Roses avec Laurence Boccolini. Je me souviens des aboiements hallucinés de Mike Doughty de Soul Coughing, retransmis lors des Trans Musicales 1994. Je me souviens de mes cassettes des Black Sessions ; il était techniquement impossible d'effacer sa voix couvrant les intros. Je me souviens de la rubrique quinquennale d’Ivan Smagghe. Je me souviens de cette soirée d'été 93 où je suis sorti de table pour écouter en avant-première Cannonball des Breeders. Je me souviens de jolis hasards. Brancher la radio un morne soir d’hiver et soudain s’envoler sur St Cloud de Neal Casal. Je me souviens du soir où Lenoir diffusa Loneliness Is A Gun de House Of Love, les deux demeurent indissociables. Je me souviens de mon meilleur concert assis, alors que The xx faisait vrombir les murs du fameux studio 105. Je me souviens de la découverte du live pirate de Joy Division aux Bains-Douches avec les commentaires en direct de Lenoir. Je me souviens de Will Oldham félicitant ses auditeurs d'être venus à poil au studio 105, se délectant de leurs odeurs intimes. Je me souviens de la guitare de Bernard Butler et des premières notes de Metal Mickey résonnant dans un couloir de cité universitaire le 28 janvier 1993.

(photo Radio France/Christophe Abramowitz)
Je me souviens avoir été ravi que John Peel ait fait un émule quand j'ai “découvert” Bernard Lenoir en 1990. Je me souviens de cette Black Session de Mercury Rev enregistrée sur une cassette et gardée dans ma boîte à trésors d'ado. Je me souviens des précisions vestimentaires qu'apportait Bernard Lenoir lors des Black Sessions : “étriqué” était le mot d'ordre en 2003. Je me souviens de m’énerver lorsque les commentaires de Lenoir débordaient sur le début d’une chanson de The Auteurs durant une Black Session. Je me souviens du soir où Lenoir a lu mon compte-rendu du (mauvais) concert des Super Furry Animals à Nantes, que j'avais envoyé par Minitel. Je me souviens des arcs électriques qui sortaient du poste pendant la retransmission en direct du concert de House Of Love au festival des Inrocks en 1988. Je me souviens des quotidiennes caresses et bises à l'œil radiophoniques de Bernard Lenoir, et aussi du tatapoum et du boogaloo.
Je me souviens de Bernard Lenoir jamais sans Michelle (“avec deux L, comme la chanson des Beatles”) Soulier. Je me souviens qu’en 1993, Bernard Lenoir notait combien Hope Sandoval aurait pu faire… une grande carrière de call girl. Je me souviens du soir où Bernard Lenoir m’a fait découvrir Andrew Bird, sonnant le début d’une longue obsession musicale. Je ne me souviens pas bien de la Black Session d'Echobelly, mais je me rappelle que la chanteuse devait être très jolie, Bernard Lenoir n’avait cessé de le répéter. Je me souviens de l’effet Studio 105 sur The Pains Of Being Pure At Heart devenu un bon groupe live le temps d’une Black Session, en 2009. Je me souviens des doigts dorés du guitariste John Anderson lors de la Black Session de Girls, en octobre 2009. Je me souviens que mon père mettait Lenoir après dîner ; si ma mère trouvait ça mou, elle éteignait, sinon elle mettait très fort.