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À l’aube de l’onirique Teen Dream, Beach House figure désormais au panthéon des agitateurs de songes. Mardi soir dernier, au Bell House de Brooklyn, le couple rêveur de Baltimore a livré un concert magique. Littéralement.
[Texte et photos par notre correspondant à New York, Jonas Cuénin].

“C’est comme une boum d’anniversaire”, lâche d’emblée Victoria Legrand. “Une boum d’anniversaire fasciste”. Protecteur et irradiant à la fois, ce concert célébrant la sortie de Teen Dream – et première d’une tournée mondiale s’annonçant lumineuse – a permis au public new-yorkais de contempler la nouvelle dimension prise par Beach House. Il n’est plus seulement question d’une association de simples rêveurs assoupis dans une timide chambre ennuagée. La douzaine de chansons confiée sous les timides lustres du Bell House élève le groupe au rang de maison promouvant avec puissance l’avenir de la dream-pop.

On a tout d’abord pris le pouls de ce monde presque illusoire, hoché inconsciemment la tête, tapoté mollement du pied. Puis on s’est laissé empoigner par la voix déchirante de Victoria, pour finir par fermer les yeux. Simplement. Fermer les yeux pour profiter. Profiter des harmonies mutantes étrennées par Norway, de l’histoire d’enfance qui attendrit Walk In The Park, ou de la valse corrosive qui emporte 10 Mile Stereo. Dans une salle comble, la chanteuse, en extraordinaire chef d’orchestre, adresse à son clavier organique de dynamiques coups de reins qui ont le don de réveiller les chimères des amoureux d’atmosphères. Beach House calcule sa sensibilité, et dans un psychédélisme raffiné, la distille soigneusement pour ne pas décevoir son public par manque d’énergie.

Ce spectacle est, depuis les performances d’Animal Collective à Prospect Park et de Grizzly Bear aux Pool Parties cet été, l’un des meilleurs que la Grosse Pomme ait connu depuis belle lurette. Sous l’influence de ses ainés, Beach House a emprunté à la bande animalière une série d’animations, des Muppets poilus qui propagent des lumières multicolores. En vedette, celui qui, sous le synthé, ressemble au ventre andrinople et palpitant d’E.T. l’extraterrestre. On se risquerait presque à dire que l’équipée de Victoria, plus que jamais instinctive et charnelle, invite poliment Edward Droste et ses acolytes à ajouter un peu de vitalité à leur musique. Car celle de Beach House ne verse jamais dans le soporifique.

Autant empreinte de douceur et de nostalgie que de violence, la partition de ce soir-là n'est pas prête de déserter les esprits présents. Et même si on aurait aimé un épilogue un peu plus bavard, Beach House a généreusement livré quelques confidences en provenance de son autre monde. “I take care of you ?”. Oui, Victoria. On recueille volontiers son dernier regard brillant. Seulement si, à Coachella ou au Webster Hall, elle s'engage à prendre à nouveau soin de nous.

[Texte et photos par notre correspondant à New York, Jonas Cuénin].

“C’est comme une boum d’anniversaire”, lâche d’emblée Victoria Legrand. “Une boum d’anniversaire fasciste”. Protecteur et irradiant à la fois, ce concert célébrant la sortie de Teen Dream – et première d’une tournée mondiale s’annonçant lumineuse – a permis au public new-yorkais de contempler la nouvelle dimension prise par Beach House. Il n’est plus seulement question d’une association de simples rêveurs assoupis dans une timide chambre ennuagée. La douzaine de chansons confiée sous les timides lustres du Bell House élève le groupe au rang de maison promouvant avec puissance l’avenir de la dream-pop.

On a tout d’abord pris le pouls de ce monde presque illusoire, hoché inconsciemment la tête, tapoté mollement du pied. Puis on s’est laissé empoigner par la voix déchirante de Victoria, pour finir par fermer les yeux. Simplement. Fermer les yeux pour profiter. Profiter des harmonies mutantes étrennées par Norway, de l’histoire d’enfance qui attendrit Walk In The Park, ou de la valse corrosive qui emporte 10 Mile Stereo. Dans une salle comble, la chanteuse, en extraordinaire chef d’orchestre, adresse à son clavier organique de dynamiques coups de reins qui ont le don de réveiller les chimères des amoureux d’atmosphères. Beach House calcule sa sensibilité, et dans un psychédélisme raffiné, la distille soigneusement pour ne pas décevoir son public par manque d’énergie.

Ce spectacle est, depuis les performances d’Animal Collective à Prospect Park et de Grizzly Bear aux Pool Parties cet été, l’un des meilleurs que la Grosse Pomme ait connu depuis belle lurette. Sous l’influence de ses ainés, Beach House a emprunté à la bande animalière une série d’animations, des Muppets poilus qui propagent des lumières multicolores. En vedette, celui qui, sous le synthé, ressemble au ventre andrinople et palpitant d’E.T. l’extraterrestre. On se risquerait presque à dire que l’équipée de Victoria, plus que jamais instinctive et charnelle, invite poliment Edward Droste et ses acolytes à ajouter un peu de vitalité à leur musique. Car celle de Beach House ne verse jamais dans le soporifique.

Autant empreinte de douceur et de nostalgie que de violence, la partition de ce soir-là n'est pas prête de déserter les esprits présents. Et même si on aurait aimé un épilogue un peu plus bavard, Beach House a généreusement livré quelques confidences en provenance de son autre monde. “I take care of you ?”. Oui, Victoria. On recueille volontiers son dernier regard brillant. Seulement si, à Coachella ou au Webster Hall, elle s'engage à prendre à nouveau soin de nous.
