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Article - 23/09/11 de Baxter Dury

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Peut-on en vouloir à Baxter Dury d'avoir été si peu présent depuis la parution du sublime Floorshow (2005) ? Non, puisque son troisième album, Happy Soup, est encore plus beau. Il est des affections sur lesquelles le temps n'a pas prise, des conversations qu'on renoue comme si on s'était quitté la veille. [Article et interview Michaël Patin].

On l'attendait depuis six ans. Une éternité en temps pop moderne. Et on le désirait d'autant plus. La rareté de ses apparitions est une précieuse malédiction. Qui nous rappelle que nous ne sommes, trop souvent, rien d'autre que des consommateurs. Il faut dire qu'on a aimé Baxter Dury dès le premier jour. À la folie et unanimement – ou que les factieux se dénoncent. Choc de la chanson Oscar Brown (2001), puis révélation de la pop vénéneuse et envoûtante de Len Parrot's Memorial Lift (2002), confirmant la personnalité unique d'un artiste déjà trentenaire, qui avait pris son temps pour accepter et dépasser une ascendance terrible – celle de son père Ian, monstre sacré du rock anglais, décédé deux ans plus tôt. Le gamin de la pochette de Boots And Panties!! (1977) avait survécu aux tumultes de son enfance et s'était construit un abri pour exister hors de toute ombre. Trois ans plus tard (une bagatelle), il revenait encore plus fort avec Floorshow (2005) qui, sous son psychédélisme flegmatique, révélait des blessures intimes bien ouvertes. On avait écouté ces neuf chansons jusqu'à en apprivoiser chaque mouvement, persuadé que le monde entier allait enfin se prosterner devant son talent. Mais non. Preuve cinglante que la critique n'a plus aucune influence sur la vente des disques – et qu'elle ferait donc bien d'arrêter de se donner des airs publicitaires. Dépité, on s'est mis à guetter le retour de l'enfant prodig(u)e – qui n'avait pourtant pas encore dilapidé beaucoup. Impensable de se passer de sa voix douce et goudronneuse. De ses mélodies répétitives et sinueuses. De sa mélancolie nonchalante. De ses interprétations en apesanteur.

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Mais Baxter Dury répondait aux abonnés absents. En 2008, il nous prenait à revers en produisant le premier album d'Alister ( Aucun Mal Ne Vous Sera Fait), nouveau franc-tireur de la chanson française. Connaissant son affection pour Paris, on décidait de l'inviter à jouer au Point Éphémère l'année suivante. Charisme et musicalité intacts, mais seulement de passage. Et puis son image est réapparue à la sortie de Sex & Drugs & Rock & Roll (2010), film pas très réussi sur le despote éclopé des Blockheads, qui faisait de la relation entre Ian et Baxter son sujet central. Comme une manière de passer le témoin une bonne fois pour toute. De montrer à quel point la passion est contagieuse, même livrée sous forme d'uppercut psychique. À sa façon, Happy Soup arrive donc à point nommé. Un album en forme de best of imaginaire de tout ce que Baxter Dury aurait pu enregistrer depuis 2005, dix tubes immédiats enfilés comme des perles brutes et étincelantes. Son œuvre la plus maîtrisée, immédiate, décontractée, car résolument pop, mais pas la moins émouvante. L'une des plus belles choses qu'on puisse écouter cette année, dont l'élégance hors saison garantit qu'on l'écoute encore les années suivantes. Sans doute à nouveau dans l'incertitude et l'attente. Mais pour l'instant, nous sommes allés faire le point avec l'intéressé, de passage à Paris avec la chanteuse Madelaine Hart. Souriant, décontracté, il est de ceux avec qui on se sent bien dès la première poignée de mains. Déstabilisant parfois par ses réponses digressives, son humour pince-sans-rire et son formidable phrasé cockney, il est aussi toujours attentif et généreux. Une heure avec un artiste qu'on aime considérer comme un indispensable compagnon de route.

Qu'est-ce qui t'a pris si longtemps pour sortir ton troisième album ?
Baxter Dury : J'ai eu ce qu'on appelle une constipation psychologique… Qui a duré six ans ! (Rires.) Rien ne sortait. Je n'avais envie d'être entendu par personne, je ne voulais plus partager ma vision du monde, ni ma musique. J'ai traîné avec un groupe restreint, à m'occuper de choses sans importance, jusqu'à atteindre un point d'ennui absolu. J'ai pris des vacances, j'ai un peu tourné au début… Pendant un an, j'ai également produit des disques, notamment celui d'Alister.

Comment s'est passée cette collaboration ?
Une expérience intéressante, vraiment. Pour moi, la connexion était évidente. Il fallait que je saisisse l'opportunité de faire un disque en langue française, car c'est une de mes obsessions depuis que je suis tout petit. Alister est un mec sympa, et j'étais très heureux de travailler à Paris. Mais c'est un sacré boulot de produire quelqu'un dont on ne comprend pas les textes. On m'en avait fait une traduction littérale, mais ça n'est pas suffisant pour se sentir complètement à l'aise.

Cette longue période de retraite est quand même étonnante, après le succès critique de Floorshow (2005).
C'était un choix purement personnel. Je voulais voir le monde ainsi, je me suis lancé dans une sorte de jeu puéril. De toute façon, en Angleterre, si tu n'as pas une dizaine de succès commerciaux, c'est très difficile de s'accrocher. Tu ne peux pas survivre grâce aux seules critiques.

Paradoxalement, ce nouvel album a quelque chose de très spontané, comme s'il avait été réalisé dans une urgence…
C'est l'illusion que je recherchais, mais qui ne correspond pas à la réalité. Happy Soup n'a pas été enregistré dans ma chambre, si tu vois ce que je veux dire… On a commencé à travailler dessus il y a quelques années et on l'a enregistré dans différents lieux : sur une île, dans mon petit studio, et pour la majorité dans un gros studio de Londres. Un processus qui laisse finalement peu de place au hasard.

Pour une fois, tu n'as pas collaboré avec des musiciens célèbres
Je voulais avoir le contrôle de cet album. Quand j'ai fait appel à eux, je ne savais pas ce que je voulais. Ils passaient donner un coup de main, et je choisissais ensuite d'utiliser ou non ce qu'ils me proposaient. Pour Happy Soup, ça n'avait pas de sens. J'ai travaillé avec différentes combinaisons de musiciens, selon les moments. Madelaine Hart a joué un rôle central.

Au final, c'est quand même ton nom qui est sur le disque.
Bien sûr ! On trouve toujours des moyens de déguiser la réalité… (Sourire.) Heureusement, j'ai une voix. Même quand je chante les mélodies d'autres artistes, ils ont du mal à les reconnaître. Je peux donc me positionner où je veux. J'ai une vraie liberté dans l'interprétation.

Rejettes-tu toujours l'étiquette de songwriter ?
C'est la condition de songwriter qui me pose problème. Jouer en acoustique avec des bougies autour, porter une barbe brune… Tu vois l'idée. (Sourire.) J'ai un problème avec la culture folk. Certains grands artistes sont nés de cette culture, mais je ne veux définitivement pas en faire partie. Ils manquent trop d'humour, je n'arrive pas à croire à que leurs émotions sont sincères. Pourtant, j'apprécie Bon Iver… Voilà que je me contredis. De manière générale, je préfère largement la musique soul.


MAGIC RPM  #155

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