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Depuis Mirrored, manifeste éclairé, quatre ans s’étaient écoulés. Autant dire une éternité. Pourtant, Battles livrait, en silence, son plus beau combat : reprendre son souffle, rester soudé, élaborer de nouvelles stratégies et pallier la désertion de Tyondai Braxton. Ainsi, Gloss Drop est né. Mission accomplie, donc ? Reste désormais à utiliser ses nouvelles munitions sur le théâtre des opérations. On pourrait évoquer une belle revanche sur les évènements. Il s’agit tout simplement d’une renaissance inespérée. [Article et interview Thibaut Allemand].
Défi. Un terme qui revient souvent sur les lèvres de Dave Konopka, John Stanier et Ian Williams. Comme un leitmotiv, un mantra répété pour repousser toujours plus loin les capacités musicales, les ambitions sonores et les prouesses technologiques. Car Battles – on ne choisit pas un tel nom comme par hasard – ne veut pas se contenter des formules, aussi alambiquées soient-elles, qui ont assis sa réputation. L’entité muette laisse ça à d’autres, aux suiveurs peu inspirés, aux amuseurs confondant inspiration et ostentation. Des challenges, le trio new-yorkais en a relevé pas mal ces dernières années. Le plus âpre de tous fut sans doute le départ de Tyondai Braxton, guitariste, claviériste et chanteur à la voix surpitchée – souvent présenté comme l’âme du groupe, le métis ébouriffé laisse tomber ses amis en plan dans la chaleur du mois d’août 2010. La raison ? Habituelle : les fameux projets solitaires. Sauf que le triumvirat restant vaut bien plus que l’image de porte-flingue de Braxton. Et travaille d’arrache-pied, nuit et jour, pour (re)mettre au point le successeur de l’acclamé Mirrored (2007).
Après deux ans d’expériences en labo, Gloss Drop est sur le point de voir le jour et la formation, déjà sur les rangs : dates japonaises, puis européennes, dont cette soirée lilloise qui restera dans les annales du (trans)genre. La petite foule hétéroclite s’était peut-être déplacée pour redécouvrir quelques hits souterrains qui avaient fait la légende de Battles. Pourtant, ce concert qui tient moins des retrouvailles émouvantes que d’un réjouissant camouflet au visage du public. Une saine provocation. Un défi à relever. Radical et courageux, le trio snobe l’évidence et interprète huit titres de Gloss Drop, qui avait à peine fuité sur la Toile. De breaks rythmiques en fuites de notes, l’audience ne peut que se laisser submerger par l’émotion. Du décollage Africastle à la transe malade de Sundome, un peu plus d’une heure sans temps mort. Battles ne décroche pas un mot, mais s’accroche à son pivot, le musculeux batteur John Stanier, point de mire et moteur de l’entreprise – subtile ou outrageusement violent, son jeu conditionne le groove taré de ces titres inédits. À droite, consciencieux et précis, le guitariste et bassiste Dave Konopka en opérateur discret. À gauche, gueule facétieuse d’ado éternel, Ian Williams fait voler sa guitare pour jongler entre les touches noires et blanches.
Et le tandem de se ruer sur les pédales d’effets, les réglages d’amplis et autres tripatouillages analogiques pour recréer ces mélodies tordues qui résonnent dans leurs têtes – et font tourner les nôtres. Cette énergie concentrée sur un seul et unique point (de rupture, forcément) laisse pantois, lorsque l’on se souvient de l’état dans lequel on les avait ramassés, quelques heures plus tôt. Exténués. De retour de Bruxelles, où Battles concluait brillamment le déjà regretté Domino Festival, le trio sonique, plutôt loquace malgré la fatigue et la tension accumulées, se souvient d’un parcours semé d’embûches, de nuits agitées, d’expériences hasardeuses, d’un visuel explosif, de rencontres décisives et d’un équilibre retrouvé. Et, encore et toujours, de défis à relever.
Il s’est écoulé quatre ans entre Mirrored, votre premier album, et Gloss Drop. Où étiez-vous passés ?
John Stanier (batterie) : C’était une longue histoire. Une foule de petites choses qui, ajoutées les unes aux autres, nous a ralentis : quelques tournées, dont une en Asie, The Line, ce titre enregistré pour la bande-son de Twilight (ndlr. The Twilight Saga: Eclipse, 2010)…
Ian Williams (guitare, clavier) : Finalement, The Line était un beau défi. Nous n’avions pas vu le film, et ce n’est certainement pas la meilleure chanson du monde, mais nous étions fiers d’avoir pu l’écrire et l’enregistrer en trois jours. Ce qui est très court, pour nous.
JS : C’est vrai. Mais avec toutes les autres raisons que je viens d’exposer, sans compter le départ de Tyondai, cet album a pris deux ans pour être mis en boîte.
Le départ de Tyondai Braxton a-t-il, d’une manière ou d’une autre, remis en cause l’avenir de Battles ?
Dave Konopka (guitare, basse) : Non, jamais. Je crois qu’on n’y a même pas songé. Tyondai est parti car la longue tournée qui s’annonçait lui faisait peur. Il n’aurait pas eu le temps de se consacrer à son travail en solo. (Silence.) Mais nous avions passé tellement de temps sur ce disque que l’on ne pouvait, nous aussi, tout laisser en plan. Alors, on a viré ses parties, réécrit des chansons et composé de nouvelles.
Battles - Futura
Défi. Un terme qui revient souvent sur les lèvres de Dave Konopka, John Stanier et Ian Williams. Comme un leitmotiv, un mantra répété pour repousser toujours plus loin les capacités musicales, les ambitions sonores et les prouesses technologiques. Car Battles – on ne choisit pas un tel nom comme par hasard – ne veut pas se contenter des formules, aussi alambiquées soient-elles, qui ont assis sa réputation. L’entité muette laisse ça à d’autres, aux suiveurs peu inspirés, aux amuseurs confondant inspiration et ostentation. Des challenges, le trio new-yorkais en a relevé pas mal ces dernières années. Le plus âpre de tous fut sans doute le départ de Tyondai Braxton, guitariste, claviériste et chanteur à la voix surpitchée – souvent présenté comme l’âme du groupe, le métis ébouriffé laisse tomber ses amis en plan dans la chaleur du mois d’août 2010. La raison ? Habituelle : les fameux projets solitaires. Sauf que le triumvirat restant vaut bien plus que l’image de porte-flingue de Braxton. Et travaille d’arrache-pied, nuit et jour, pour (re)mettre au point le successeur de l’acclamé Mirrored (2007).
Après deux ans d’expériences en labo, Gloss Drop est sur le point de voir le jour et la formation, déjà sur les rangs : dates japonaises, puis européennes, dont cette soirée lilloise qui restera dans les annales du (trans)genre. La petite foule hétéroclite s’était peut-être déplacée pour redécouvrir quelques hits souterrains qui avaient fait la légende de Battles. Pourtant, ce concert qui tient moins des retrouvailles émouvantes que d’un réjouissant camouflet au visage du public. Une saine provocation. Un défi à relever. Radical et courageux, le trio snobe l’évidence et interprète huit titres de Gloss Drop, qui avait à peine fuité sur la Toile. De breaks rythmiques en fuites de notes, l’audience ne peut que se laisser submerger par l’émotion. Du décollage Africastle à la transe malade de Sundome, un peu plus d’une heure sans temps mort. Battles ne décroche pas un mot, mais s’accroche à son pivot, le musculeux batteur John Stanier, point de mire et moteur de l’entreprise – subtile ou outrageusement violent, son jeu conditionne le groove taré de ces titres inédits. À droite, consciencieux et précis, le guitariste et bassiste Dave Konopka en opérateur discret. À gauche, gueule facétieuse d’ado éternel, Ian Williams fait voler sa guitare pour jongler entre les touches noires et blanches.
Et le tandem de se ruer sur les pédales d’effets, les réglages d’amplis et autres tripatouillages analogiques pour recréer ces mélodies tordues qui résonnent dans leurs têtes – et font tourner les nôtres. Cette énergie concentrée sur un seul et unique point (de rupture, forcément) laisse pantois, lorsque l’on se souvient de l’état dans lequel on les avait ramassés, quelques heures plus tôt. Exténués. De retour de Bruxelles, où Battles concluait brillamment le déjà regretté Domino Festival, le trio sonique, plutôt loquace malgré la fatigue et la tension accumulées, se souvient d’un parcours semé d’embûches, de nuits agitées, d’expériences hasardeuses, d’un visuel explosif, de rencontres décisives et d’un équilibre retrouvé. Et, encore et toujours, de défis à relever.
Il s’est écoulé quatre ans entre Mirrored, votre premier album, et Gloss Drop. Où étiez-vous passés ?
John Stanier (batterie) : C’était une longue histoire. Une foule de petites choses qui, ajoutées les unes aux autres, nous a ralentis : quelques tournées, dont une en Asie, The Line, ce titre enregistré pour la bande-son de Twilight (ndlr. The Twilight Saga: Eclipse, 2010)…
Ian Williams (guitare, clavier) : Finalement, The Line était un beau défi. Nous n’avions pas vu le film, et ce n’est certainement pas la meilleure chanson du monde, mais nous étions fiers d’avoir pu l’écrire et l’enregistrer en trois jours. Ce qui est très court, pour nous.
JS : C’est vrai. Mais avec toutes les autres raisons que je viens d’exposer, sans compter le départ de Tyondai, cet album a pris deux ans pour être mis en boîte.
Le départ de Tyondai Braxton a-t-il, d’une manière ou d’une autre, remis en cause l’avenir de Battles ?
Dave Konopka (guitare, basse) : Non, jamais. Je crois qu’on n’y a même pas songé. Tyondai est parti car la longue tournée qui s’annonçait lui faisait peur. Il n’aurait pas eu le temps de se consacrer à son travail en solo. (Silence.) Mais nous avions passé tellement de temps sur ce disque que l’on ne pouvait, nous aussi, tout laisser en plan. Alors, on a viré ses parties, réécrit des chansons et composé de nouvelles.
Battles - Futura