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Article - 09/12/10 de Ariel Pink

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Ariel Marcus Rosenberg est passé, en l'espace de deux ans, du statut de quasi-anonyme sanctifié par ses fans au rang de star de la pop moderne. La contribution d'un nouveau groupe et une signature chez 4AD ont accouché de Before Today, un album recevant, depuis sa sortie, un accueil dithyrambique qui auréole de gloire un génie fantasque et peu commun. Comme semble le suggérer malicieusement le titre de ce disque, celui qui s'est surnommé La Petite Sirène en référence au conte d'Andersen n'est pas né d'hier, bien avant qu'Animal Collective ne le fasse sortir de l'ombre. Même si l'intéressé s'en défend et clame aujourd'hui que tout dans l'art n'est que copie, il connaît très bien la valeur de son originalité. Retour sur une œuvre sans pareil, fruit de plus de dix années d'enregistrements solitaires, et chronique d'un succès tardif… [Article Xavier Mazure].

Un homme au visage enfantin boude et semble préoccupé : les balances de son concert du soir au Point Éphémère ne sont pas la hauteur de ses ambitions. Détail surprenant quand on sait que le jugement porté par l'auditeur expéditif aux premiers enregistrements magistraux d'Ariel Pink porte immanquablement sur la piètre qualité sonore de la production. Mais, en un sens, ce musicien a toujours été un perfectionniste qui cherche à tirer le meilleur des moyens dont il dispose et de ses propres limites. Cette imperfection des balances lui semble être la négation du travail qu'il a entrepris depuis plus de deux ans en live pour ne plus encourager ces critiques. “J'ai une idée précise de l'aboutissement sonore de mes chansons, et je souhaite enfin devenir un artiste radio friendly”, dit-il malicieusement, avec une nonchalance pleine d'ironie.

Au début des années 2000, Ariel est un étudiant en art absentéiste au très prestigieux California Institute of the Arts (CalArts) de Los Angeles, il possède un matériel analogique de fortune sur lequel il joue ses chansons depuis l'adolescence. Dès ses seize ans, il couche sur cassette des titres, dont les percussions sont bruitées à la bouche pour ne pas déranger ses voisins, accompagné d'une basse prééminente, de claviers hantés et somptueux, de nombreuses couches vocales, d'exclamations et de cris. Très vite, un comportement obsessionnel prend le dessus, il ne lâche plus sa basse lors de longues nuits d'insomnie, passées sous influence chimique. Ainsi porté par le souffle du drame mélodique qu'il tisse dans l'instant, il enregistre, un casque sur les oreilles, un nombre pléthorique de titres hantés d'une beauté crépusculaire. Près de cinq cents, prétend-il, dont à peine plus d'une centaine a été dévoilée à ce jour. On comprend vite que le dilettantisme dont il fait preuve à l'école est compensé par un stakhanovisme acharné de l'autoproduction. Instrumentiste limité, il laisse une grande place au hasard de son artisanat, à la manière d'un Beck qui aurait troqué le blues de Stereopathetic Soulmanure (1994) contre l'intégrale de The Cure. Il n'enregistre ses morceaux que par parties successives : “Les erreurs de mon jeu deviennent la réalité de ma chanson, car je m'efforce de rattraper ces approximations avec les autres instruments”, explique-t-il, en 2006, dans un entretien éloquent accordé au MIDI-Festival. Le Californien fait de sa faiblesse technique la force et l'identité de ses chansons. Il chante avec la même conviction que s'il était accompagné par l'orchestration de ses rêves, conscient que toute œuvre d'art avant tout est le fruit des contraintes. Le résultat est irrésistiblement drôle, attachant et bouleversant à l'image du titre Strange Fires. Le personnage d'Ariel Pink se façonne alors en une diva pop, un indie freak qui n'hésite pas à travestir sa voix tantôt féminine, tantôt masculine (I Wait For Kate) et son physique (à l'image d'un nouveau Ziggy Stardust) lors de concerts où il arbore des couettes et des robes.

De cette époque fondatrice, il garde un souvenir ému : “Créer ces morceaux me procurait alors un frisson incomparable”, confiait-il l'année dernière alors qu'il vendait modestement ses disques au festival parisien Villette Sonique pendant le triomphal concert de Liars, à la faveur d'une humeur mélancolique. Grand fan de Robert Smith – autre artiste fardé qu'il cite souvent comme son chanteur favori – et auditeur boulimique de musique, sa curiosité se porte sur tout ce qu'il peut écouter sans jamais se cantonner aux lieux communs du bon goût indie, ni succomber aux sirènes d'une modernité fallacieuse. Une culture faite de titres FM des années 70 et 80 constitue la pierre angulaire de l'esthétique des disques d'Ariel Pink's Haunted Graffiti, une sorte réminiscence de tubes pour la plupart oubliés qui ressurgissent à la mémoire, à la faveur de circonstances, pour des raisons mystérieuses. “Il m'arrive parfois d'emprunter une ligne de basse, une mélodie, à un groupe ou une mélodie sans le savoir : j'écoute tellement de musique qu'il peut m'arriver de reprendre sans le réaliser… Round & Round, par exemple, a été comparée à de nombreux titres, mais ma version n'est jamais pas celle de ces titres-là. Il existe aussi des façons fraîches et nouvelles de revisiter le passé qui est omniprésent. Le passé est presque tout ce que l'on a, le futur est ennuyeux ! Cet art de la réappropriation inconsciente, décomplexée et innocente est une approche qui a fait de nombreux émules chez les artistes américains qui sont à la recherche d'une vérité intemporelle de la pop dans une époque où tout semble avoir été fait (entre autres, les fans que sont Raw Thrills et James Ferraro avec son projet Lamborghini Crystal). Le jeune trentenaire est désormais cité comme le père de l'anthologie musicale et de l'hypnagogic pop, autant de termes un peu abscons et d'idées et qui fourmillent dans l'apocalyptique witch house du label Disaro et dans la rêveuse chillwave de Toro Y Moi ou Washed Out.

MAGIC RPM  #144

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