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Premières impressions - 13/07/10 de Arcade Fire

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Combien de semaines (de mois ?) depuis que l’on a commencé à suivre à la loupe les moindres faits et gestes des Montréalais, traquant chaque indice susceptible de dévoiler la teneur de ce troisième album tant attendu ? Combien de titres, de détails, de compte-rendu live et autres parcelles de pochettes délivrés avec parcimonie ont enflammé la toile, depuis le fleuve St Laurent jusqu’à la Seine et au-delà ? Malgré cela, l’écoute, d'une seule traite et en avant-première, de The Suburbs a révélé de la troupe québécoise des facettes encore inconnues. Depuis la voix mûrie et déterminée de Win Butler jusqu’aux légers accents de dance vaporeuse ou d’électro impalpable de certains titres, Arcade Fire a encore une fois su ménager la surprise. Et susciter l’admiration. [Texte Catherine Guesde / Hipstamatic Prints Laure Croiset].

On savait les Québécois friands des explorations douloureuses dans les terres du passé : depuis Funeral, la bande de Win n’a eu cesse de pousser jusqu’aux limites du supportable le sentiment de perte et de nostalgie. The Suburbs ne déroge pas à cette règle, puisque c’est une lettre d’un ami d’enfance qui a inspiré à Butler l’écriture de la (double) chanson-titre. Le thème de la banlieue n’a d’ailleurs pas grand chose de géographique, les suburbs étant surtout le lieu où tous les membres du groupe ont grandi. C’est donc de l’enfance et du temps qui passe qu’il sera question ; des souvenirs et de leurs mensonges, lorsqu’ils se révèlent incapables de tenir leurs promesses, rendant le passé inaccessible.

La hantise d’une époque révolue se révèle le plus souvent poignante, comme sur Suburban War, où une inoffensive intro de guitare mélancolique commence par attendrir l’auditeur à grand renfort de sentimentalité, pour ensuite mieux l’achever lors d’une montée en tension saturée d’émotion. "The past won’t rest until we jump a fence and leave it behind", déclame Win Butler d’une voix rauque – et c’est bien de ce deuil du passé qu’il est question. Wasted Hours continue d’explorer le thème de la perte, avec une touche d’amertume diluée dans un folk apaisé. Certes, le temps ancien est souvent à jeter ("wasted hours, before we knew a life we could live"), mais le présent n’en est pas pour autant invivable, ce dont témoigne avant tout la voix grave et décidée de Win, défaite de son larmoiement si caractéristique.

Les incursions de punk survolté (Month Of May), les airs de reine des dancefloors que prend Régine sur Sprawl II tout comme les accents électro (Half Light II) sont là pour le montrer : malgré son vague à l’âme et ses pauses nostalgiques, The Suburbs est peut-être le premier album d’Arcade Fire à regarder l’avenir en face, avec une confiance patiemment acquise. Ce que confirme la pop légère pianotée sur The Suburbs, ballade estivale qui n’a  rien d’une fuite, mais qui distille une insouciance dignement méritée. Voyageant dans le temps en passant par des tonalités inédites, en seize titres d'un album fleuve, The Suburbs déroule le tapis rouge qui nous permet à présent d’acclamer le retour des Montréalais en connaissance de cause.

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Catherine Guesde

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