- Tous
-
Chronique d'album
- Interviews
A lire
- Tous
- Chronique d'album
- Interviews
Neon Bible est une œuvre dense. Dans laquelle on n’entre pas de façon désinvolte. Il y a ces chansons baignées dans un clair-obscur inquiétant, ces ballades menaçantes, ces envolées vives et éblouissantes qui s’écoutent jusqu’à en perdre haleine. Bien sûr, évanoui, l’effet de surprise tonitruant qui avait accompagné la découverte de Funeral, enregistré avec des bouts de ficelle au studio Hotel 2 Tango, le lieu fétiche de la scène montréalaise. Mais il est impossible de résister à la puissance qui se dégage des onze chansons de ce nouvel album. Dont on sait que chaque note, chaque arrangement, chaque instrument ne sont pas là par hasard. “À un moment, nous nous sommes retrouvés à la croisée des chemins : soit nous prenions encore six mois pour finir le disque, soit nous nous donnions trente jours. Nous avons opté pour la seconde solution. Même si on savait que nous allions vivre un enfer… (Sourire.) Mais nous ne voulions pas arriver au point où nous allions nous mettre à douter réellement de tout ce qu’on avait pu faire jusqu’alors”. Ils ont bien fait. Car Neon Bible porte aujourd’hui le sceau d’une formation en pleine confiance, ayant eu raison de croire en ses intentions et idéaux. Qui sait enfin comment les exprimer et les matérialiser. À ce titre, la présence de No Cars Go, cheval de bataille scénique et pierre angulaire du tout premier Ep qu’Arcade Fire a autoproduit en 2003, donne une idée assez précise du chemin que le groupe a parcouru depuis ses débuts. Implacable et majestueuse, vitale et flamboyante, elle renverse tout sur son passage, elle a ce pouvoir inouï de pouvoir convertir jusqu’aux plus rétifs. “Nous voulions vraiment rendre justice à l’idée originelle que nous avions de ce morceau”, explique Win avec sincérité. “Quand nous avons commencé à travailler dessus, il y a des années, Régine avait en tête tous ces arrangements, mais nous n’avions alors ni les compétences, et encore moins les moyens pour les réaliser. Et la version que nous avons enregistrée pour le Ep n’était pas à la hauteur. On savait bien qu’on pouvait l’emmener plus loin, même à l’époque. (Sourire.) En fait, on a joué ce titre à peu près à toutes les balances et à tous les concerts pendant quatre ans. C’est la première chanson que nous avons enregistrée pour l’album. On l’a mise en boîte en deux prises. Et cette version est bien plus représentative de ce que nous sommes réellement…” N’en déplaise aux quelques esprits chagrins qui regretteront l’innocence perdue des débuts, ce deuxième chapitre dépasse peut-être tout ce qu’on pouvait attendre. Car, même si Régine et Win avaient déjà prouvé leur savoir-faire à l’heure d’imaginer des compositions à la fois familières et déroutantes, nul doute qu’ils ont franchi ici un palier. On ne signe pas une mélodie aussi saisissante que Black Mirror par l’opération du Saint Esprit. On n’invente pas un morceau en deux parties – la lumière contre les ténèbres – de l’envergure de Black Wave/Bad Vibrations sur un coup de chance. Win opine du chef. Et reconnaît implicitement sa progression. “Je me suis permis des choses que je n’aurais pas osé faire auparavant. Sur un titre, j’ai par exemple utilisé des suites d’accords venant du blues… Il y a encore quelque temps, jamais je n’aurais imaginé que j’écrirais un morceau puisant à ce point dans la tradition. Mais, je ne vois pas pourquoi il faudrait se limiter, se laisser emprisonner par des règles idiotes que tu as cru bon de t’imposer à toi-même… (Sourire.)”.
TOURISTE
Désormais, le sort en est jeté. Personne ne peut encore savoir si Neon Bible fera œuvre de parole d’évangile auprès des fans mais aussi des béotiens. S’il emmènera ses auteurs encore plus loin que son prédécesseur. Même si on a bien une petite idée sur la question… À propos de question, il en reste une qui nous taraude l’esprit. On sait Win et Régine férus de cinéma et de littérature. Alors, serait-il possible que le titre du disque soit un hommage au roman éponyme de John Kennedy Toole… Le garçon esquisse un sourire. “J’ai d’abord lu son autre livre, La Conspiration Des Imbéciles, une œuvre que je ne recommanderais d’ailleurs jamais assez à tous ceux qui passent leur temps derrière leur écran d’ordinateur à surfer sur Internet. (Sourire.) Ce n’est que par la suite que j’ai découvert La Bible De Néon. Sincèrement, il n’existe pas de lien direct. Aucun texte de l’album n’est influencé par ce roman. En revanche, j’aime beaucoup l’idée qu’il l’ait écrit à l’âge de seize ans… Je trouve ça impressionnant qu’un gamin se soit lancé ainsi dans l’écriture. Il y a cette idée d’engagement, une volonté d’affronter le monde. Ce genre d’attitude est une source d’inspiration magnifique. En fait, cette coïncidence me rappelle ce qui m’était arrivé au lycée. J’avais cette envie saugrenue de disposer un peu partout dans la cour de récré des mégaphones géants, qui diffuseraient de la musique. Et puis, je suis tombé sur la pochette de Music For The Masses de Depeche Mode. (Sourire.) ‘Mince, c’est exactement ce que j’avais en tête’. (Rires.) Pour en revenir au titre, ce que j’aime par-dessus tout dans l’association des termes ‘neon’ et ‘Bible’, c’est qu’elle résume assez bien ce disque, en même temps futuriste et traditionnel”. C’est aussi comme cela que Win Butler perçoit plus généralement Arcade Fire. Ce groupe qu’il a créé au hasard des rencontres, dont l’une s’est avérée encore plus déterminante que les autres. Que de chemin parcouru depuis l’an 2000, lorsqu’il est arrivé de ses États-Unis natals pour la première fois à Montréal, un beau matin d’hiver. Depuis 2002, quand il a croisé, à un vernissage, la route de Régine Chassagne, en train d’interpréter quelques standards de jazz. Aujourd’hui, il n’imagine plus sa vie ailleurs qu’au Canada. Et surtout pas un retour dans sa patrie. Sur Windowstill, il l’affirme même clairement. Enfin, est-ce lui ou un personnage ? “Je me souviens très bien du jour où j’ai composé ce morceau”, rétorque-t-il. “C’était la dernière date de notre première véritable tournée américaine, en 2005, à Boston. Il y avait plein de journalistes, mes parents étaient venus nous voir. Nous étions tous sur les rotules. Et puis, je me suis retrouvé dans ma chambre, à jouer de la guitare. Je n’avais rien écrit depuis longtemps, et cette chanson m’est venue comme ça. Ce jour-là, j’avais éprouvé le sentiment bizarre d’être un touriste dans le pays même où j’avais grandi”. Cette condition de touriste va être la sienne pour les mois à venir. Car l’emploi du temps est déjà rempli jusqu’à l’été prochain, jusqu’aux festivals où Arcade Fire ne manquera pas de tenir le haut de l’affiche. Aucun temps mort. La petite troupe va repartir sur les routes. En attendant de rentrer au Canada puis de gagner les USA avant de revenir sur le vieux continent, elle est donc à Londres. Où elle a élu résidence pour donner cinq concerts exceptionnels afin de mieux porter la parole de Neon Bible à ses fans. La veille, pour la toute première date, dans le cadre de l’imposante église St John’s – d’ordinaire dévolue aux récitals classiques –, sise au cœur du quartier de Westminster, on sentait ces musiciens qui ont pourtant fait de la scène leur terrain de prédilection un rien intimidés. Un peu par l’immensité du lieu. Beaucoup par les réactions qu’allaient déclencher leurs nouvelles chansons. D’ailleurs, ce soir-là, ils ne se fendront d’aucune reprise quand, depuis, ils se sont permis de réarmer Guns Of Brixton ou métamorphoser Poupée De Cire, Poupée De Son. Augmenté de trois autres membres – dont l’indéboulonnable Pietro Amato –, Arcade Fire semble un peu emprunté. Certes, armés de cette dextérité ahurissante, ils jonglent toujours avec les instruments, mais on les devine paralysés par l’enjeu. Will s’adonne au banjo sur Keep The Car Running, Régine exhibe sa vielle à roue et passe derrière la batterie, quand Will – qui a bien perdu dix kilos – martyrise Richard alors que Tim tient sa position, campé au bord de la scène, et que Sarah virevolte. “Nous étions plus à l’aise sur la fin, non ?”, questionne cette dernière. “En tout cas, j’ai adoré quand nous sommes sortis sur les marches jouer Wake Up… De voir tous ces visages autour de nous, j’avais l’impression que l’on nous donnait une embrassade géante”. Elle sourit. “Je crois qu’il nous faut réapprendre rapidement à être un bon groupe de scène, mais je n’ai aucune crainte à ce sujet”, glisse Jeremy. On lui fait confiance. Quant à Win, il garde le mot de la fin : “Quoi qu’il advienne, j’ai la sensation d’avoir réalisé l’album dont nous avions envie. L’autre jour, j’ai croisé le tout premier batteur avec lequel j’ai joué à mon arrivée à Montréal. Il avait entendu quelques chansons du disque et m’a dit : ‘Tu sais, Win, je trouve que ces morceaux sonnent exactement comme ceux dont tu rêves depuis toujours’. Il ne pouvait pas me faire plus beau compliment”.
TOURISTE
Désormais, le sort en est jeté. Personne ne peut encore savoir si Neon Bible fera œuvre de parole d’évangile auprès des fans mais aussi des béotiens. S’il emmènera ses auteurs encore plus loin que son prédécesseur. Même si on a bien une petite idée sur la question… À propos de question, il en reste une qui nous taraude l’esprit. On sait Win et Régine férus de cinéma et de littérature. Alors, serait-il possible que le titre du disque soit un hommage au roman éponyme de John Kennedy Toole… Le garçon esquisse un sourire. “J’ai d’abord lu son autre livre, La Conspiration Des Imbéciles, une œuvre que je ne recommanderais d’ailleurs jamais assez à tous ceux qui passent leur temps derrière leur écran d’ordinateur à surfer sur Internet. (Sourire.) Ce n’est que par la suite que j’ai découvert La Bible De Néon. Sincèrement, il n’existe pas de lien direct. Aucun texte de l’album n’est influencé par ce roman. En revanche, j’aime beaucoup l’idée qu’il l’ait écrit à l’âge de seize ans… Je trouve ça impressionnant qu’un gamin se soit lancé ainsi dans l’écriture. Il y a cette idée d’engagement, une volonté d’affronter le monde. Ce genre d’attitude est une source d’inspiration magnifique. En fait, cette coïncidence me rappelle ce qui m’était arrivé au lycée. J’avais cette envie saugrenue de disposer un peu partout dans la cour de récré des mégaphones géants, qui diffuseraient de la musique. Et puis, je suis tombé sur la pochette de Music For The Masses de Depeche Mode. (Sourire.) ‘Mince, c’est exactement ce que j’avais en tête’. (Rires.) Pour en revenir au titre, ce que j’aime par-dessus tout dans l’association des termes ‘neon’ et ‘Bible’, c’est qu’elle résume assez bien ce disque, en même temps futuriste et traditionnel”. C’est aussi comme cela que Win Butler perçoit plus généralement Arcade Fire. Ce groupe qu’il a créé au hasard des rencontres, dont l’une s’est avérée encore plus déterminante que les autres. Que de chemin parcouru depuis l’an 2000, lorsqu’il est arrivé de ses États-Unis natals pour la première fois à Montréal, un beau matin d’hiver. Depuis 2002, quand il a croisé, à un vernissage, la route de Régine Chassagne, en train d’interpréter quelques standards de jazz. Aujourd’hui, il n’imagine plus sa vie ailleurs qu’au Canada. Et surtout pas un retour dans sa patrie. Sur Windowstill, il l’affirme même clairement. Enfin, est-ce lui ou un personnage ? “Je me souviens très bien du jour où j’ai composé ce morceau”, rétorque-t-il. “C’était la dernière date de notre première véritable tournée américaine, en 2005, à Boston. Il y avait plein de journalistes, mes parents étaient venus nous voir. Nous étions tous sur les rotules. Et puis, je me suis retrouvé dans ma chambre, à jouer de la guitare. Je n’avais rien écrit depuis longtemps, et cette chanson m’est venue comme ça. Ce jour-là, j’avais éprouvé le sentiment bizarre d’être un touriste dans le pays même où j’avais grandi”. Cette condition de touriste va être la sienne pour les mois à venir. Car l’emploi du temps est déjà rempli jusqu’à l’été prochain, jusqu’aux festivals où Arcade Fire ne manquera pas de tenir le haut de l’affiche. Aucun temps mort. La petite troupe va repartir sur les routes. En attendant de rentrer au Canada puis de gagner les USA avant de revenir sur le vieux continent, elle est donc à Londres. Où elle a élu résidence pour donner cinq concerts exceptionnels afin de mieux porter la parole de Neon Bible à ses fans. La veille, pour la toute première date, dans le cadre de l’imposante église St John’s – d’ordinaire dévolue aux récitals classiques –, sise au cœur du quartier de Westminster, on sentait ces musiciens qui ont pourtant fait de la scène leur terrain de prédilection un rien intimidés. Un peu par l’immensité du lieu. Beaucoup par les réactions qu’allaient déclencher leurs nouvelles chansons. D’ailleurs, ce soir-là, ils ne se fendront d’aucune reprise quand, depuis, ils se sont permis de réarmer Guns Of Brixton ou métamorphoser Poupée De Cire, Poupée De Son. Augmenté de trois autres membres – dont l’indéboulonnable Pietro Amato –, Arcade Fire semble un peu emprunté. Certes, armés de cette dextérité ahurissante, ils jonglent toujours avec les instruments, mais on les devine paralysés par l’enjeu. Will s’adonne au banjo sur Keep The Car Running, Régine exhibe sa vielle à roue et passe derrière la batterie, quand Will – qui a bien perdu dix kilos – martyrise Richard alors que Tim tient sa position, campé au bord de la scène, et que Sarah virevolte. “Nous étions plus à l’aise sur la fin, non ?”, questionne cette dernière. “En tout cas, j’ai adoré quand nous sommes sortis sur les marches jouer Wake Up… De voir tous ces visages autour de nous, j’avais l’impression que l’on nous donnait une embrassade géante”. Elle sourit. “Je crois qu’il nous faut réapprendre rapidement à être un bon groupe de scène, mais je n’ai aucune crainte à ce sujet”, glisse Jeremy. On lui fait confiance. Quant à Win, il garde le mot de la fin : “Quoi qu’il advienne, j’ai la sensation d’avoir réalisé l’album dont nous avions envie. L’autre jour, j’ai croisé le tout premier batteur avec lequel j’ai joué à mon arrivée à Montréal. Il avait entendu quelques chansons du disque et m’a dit : ‘Tu sais, Win, je trouve que ces morceaux sonnent exactement comme ceux dont tu rêves depuis toujours’. Il ne pouvait pas me faire plus beau compliment”.