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Interview collective - 15/01/09 de Animal Collective

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Ils l’ont fait, une nouvelle fois. Quoi ? Se réinventer et surpasser la concurrence. Voix à l’unisson, électronique surnaturelle, mélodies telluriques : Merriweather Post Pavilion est un nouvel acmé délivré par Animal Collective. Plutôt que de ressasser les données objectives de ce nouvel album (un studio dans le Mississipi, un producteur venu du hip hop Ben Allen, les textures aquatiques), une nuée d’amis, de collaborateurs ou de fans demandent au membre fondateur Avey Tare et au trouveur sonore Geologist tout et n’importe quoi. Un entretien insolite et collectif. [Propos recueillis par Jean-François Le Puil].


LIZZI BOUGATSOS (Gang Gang Dance) : Sur quelle planète aimeriez-vous habiter ?
Geologist : Je suis plutôt heureux ici. (Sourire.)
Avey Tare : J’aimerais bien aller sur Saturne, ça a l’air cool.
Geologist : Moi, j’irais sur Jupiter. Cette planète m’a toujours intrigué, c’est la plus énigmatique. Elle compte tellement de nuages et il y éclate tellement d’orages qu’on n’arrive pas à en percer le mystère. Idem pour toutes ses lunes glacées et ses océans gelés.
AT : Ma femme (ndlr. l’ex-Múm Kría Brekkan) est une passionnée d’astronomie. Elle m’en parle souvent, j’ai dû m’y mettre un peu, mais je suis loin d’être aussi féru qu’elle. J’adore surtout la science-fiction.
G : J’ai utilisé pas mal de samples de films d’anticipation sur Strawberry Jam et Merriweather Post Pavilion, même si j’aurais du mal à dire d’où ils proviennent. Quelques-uns sont extraits des cassettes compilées par Avey, avec des sons de lasers partout.


RUSTY SANTOS (producteur de l’album Sung Tongs) : Je viens de voir un documentaire de Werner Herzog intitulé Encounters At The End Of The World, où il explore l’Antarctique. Herzog y interviewe notamment des biologistes qui étudient une certaine espèce de phoques. Ces mammifères marins émettent les sons les plus fantastiques qui soient sous la glace. Quelle créature aquatique délivre la meilleure musique ?
G : Je crois que Rusty n’écoute pas assez nos disques, en dehors de celui qu’il a produit. (Rires.) Les éléphants de mer émettent effectivement des sons irréels. Je n’ai jamais nagé dans l’Antarctique et je n’ai pas vu ce documentaire, mais je connais des océanographes qui m’ont donné des enregistrements de ces chants marins. Je les ai utilisés sur Cuckoo Cuckoo (ndlr. un titre de l’album Strawberry Jam) et Seal Eyeing (ndlr. un morceau du Ep Water Curses). C’est difficile de croire qu’une créature vivante est capable de produire une telle musique.
AT : Je me souviens de la première fois où tu nous as faits écouter ces chants en répétition. C’était prodigieux, on t’a demandé quel effet avais-tu utilisé pour les obtenir, tu nous as répondu : “Aucun, les gars !” On a tous frissonné en se disant :“Waow, c’est dingue” (ndlr. Il mime l’étonnement avec talent).

ARIEL PINK : Comment envisagez-vous le lointain avenir du royaume animal ? La vie perdurera-t-elle des milliards d’années pour assister à la chute de notre univers ?
G : (Circonspect.) J’en sais rien… C’est bizarre comme question, pourquoi nous demande-t-il ça ?
AT : Je ne crois pas que le soleil continuera d’exister encore des milliards d’années. À moins que les humains ne trouvent un moyen de s’en sortir d’ici là, je répondrais donc non.
G : (Toujours aussi circonspect.) Oui, mais Ariel parle du royaume animal, pas des humains, tu vois ? (ndlr. Il montre à Avey le papier où est notée la question).
AT : (Circonspect à son tour.) Ah oui… Mais ça revient au même, non ? (Il relit la question). Le royaume animal… Je répondrais non quand même.
G : Bon… Moi, je pense que la Terre est plus forte que nous. Pour continuer à y vivre comme nous y vivons actuellement, nous sommes obligés de la détruire à petit feu. Mais il y aura forcément un retour de bâton, à nos dépens.
AT : La nature et la musique sont intimement liées pour nous. Elle a toujours été une grande source d’inspiration.

RYAN MCPHUN (The Ruby Suns) : Avez-vous des rituels sans rapport avec la musique pendant vos tournées ?
AT : Nos concerts étant de plus en plus longs et intenses, on passe donc le plus clair de notre temps dans la salle pour installer le matériel et faire nos balances. Ça nous laisse très peu de liberté, à part pour s’enfiler des rasades de whisky. (Rires.) On commence quand même à connaître de mieux en mieux certaines villes et leurs bons clubs electro, histoire de décompresser après l’effort.
G : On aime aussi bien jouer à la balle au prisonnier. Ou au touriste lambda quand on a vraiment du temps libre.
AT : La scène est un aspect essentiel de notre parcours, on garde un paquet d’enregistrements de toutes nos tournées. On doit trouver le temps nécessaire pour s’y pencher sérieusement et finaliser ce projet live (ndlr. un coffret distribué par le label Catsup Plate se fait désespérément attendre depuis trois ans). Nous sommes très pointilleux, et c’est difficile de cerner ce que les gens veulent vraiment entendre, de choisir entre telle ou telle bande.
G : Lorsque nous partons sur les routes avec une nouvelle chanson, nous avons déjà une idée de la façon dont elle doit sonner. On essaie de s’en rapprocher au maximum sur scène, de la perfectionner, mais il manque toujours quelque chose. Le travail en studio est indispensable pour finaliser le morceau et en faire quelque chose de singulier. Un album live ne me satisfera jamais entièrement.
MAGIC RPM  #127

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