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Compte-rendu live - 03/03/10 de Allo Darlin’

interviews
Samedi dernier, l'une des nouvelles marottes pop venues d'Angleterre, hébergée par l'impeccable label Fortuna Pop!, prenait sa revanche sur la scène londonienne du 100 Club. Notre correspondante nous fait partager la joliesse du moment, et en profite pour retracer, en creux, le parcours initiatique d'une promesse nommée Elizabeth Darling.

Allo Darlin’ jouait dans un club de bowling londonien la première fois que je l’ai vue. C’était en octobre 2009. Les indie kids avaient décidé de rendre hommage à John Peel. Ses anciens favoris - Darren Hayman (Hefner) ou Amelia Fletcher (Heavenly, Talulah Gosh, Tender Trap) – déambulaient ça et là : des âmes en peine. Le club de bowling s’étalait sur deux étages. Au fond d’une petite pièce à l’acoustique miteuse nous avons trouvé Allo Darlin’. On l’entendait à peine : elle était plantée indolente, un ukulélé entre les bras. Sa bouche, ses mains bougeaient rêveusement. Les mots lui tombaient des lèvres comme des pierres précieuses, des morceaux de cristal. Le peu qu’on pouvait saisir (il fallait s’appliquer) coupait tout doucement le cœur. C’était très beau. On a reconnu une reprise tremblée des Magnetic Fields : Strange Powers. Allo Darlin’ était un peu sorcière. Le 27 février dernier, elle a pris sa revanche. Elle tenait toujours son petit ukulélé, mais cette fois chantait fort et en face du micro.

Un guitariste, un batteur et un bassiste l’accompagnaient. Ses copains. Son groupe. Son électricité. Les garçons attaquaient les chansons avec fougue et énergie, comme pour en finir. Elizabeth chantait si fort que sa voix si jolie, si nuancée, disparaissait presque : c’était soudain un torrent où passait seulement, brutale, la vitesse du son. Le reste (l’émotion fragile, la timidité) avait cédé devant le boucan magnifique. Le tout évoquait un ciel d’été : trop bleu, trop beau pour durer. Le concert est passé par toutes les couleurs et tous les âges de l’arc-en-ciel : de Kiss your lips, sixties et très Herman Düne, aux dernières secondes punk pop de Henry Rollins, expédiée entre deux éclats de rire. Parfois, la voix d’Elizabeth se craquelait, la trahissait. Un vibrato incontrôlé, et dans la brèche la petite fille reparaissait. Quand le groupe a déserté la scène, Elizabeth a chanté seule ‘a solo soft song’.

Sa voix cristal a fait taire tout le monde. Allo Darlin’ chantait aussi seule que dans sa chambre, ou la nôtre. Plus tard, Monster Bobby (le garçon qui a ‘inventé’ les Pipettes) a sauté sur scène dans son costume anthracite ; il se démantibulait dans tous les sens et, entre deux mouvements savants, soufflait quelques mots. Sa voix goguenarde, coincée dans la gorge – un Nick Cave des petits matins -, venait s’amarrer à la voix claire et haute d’Elizabeth. Il lui donnait un poids, la ramenait sur terre. Dreaming est une romance alerte, un cœur qui s’emballe paresseusement – la basse dodeline doucement, nous partons en vacances en 1966. La chanson sortira sur le prochain EP. Nous danserons comme jamais cet été. Elizabeth est désormais trop grande pour ses habits de petite fille. Elle a fait craquer les coutures de la folk. Allo Darlin’ a avalé la potion qui fait grandir. Allo Darlin’ vient de naître. On appelle ça la pop music. C’est l’autre nom du pays des merveilles.

Par E.A.R.

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