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Entrevue - 16/12/10 de Aline

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« Après avoir passé beaucoup de temps sur le deuxième album de Dondolo, j’avais envie de simplicité, se souvient Romain Guerret, âme sensible de Young Michelin. Il n’y avait aucune ambition, j’ai juste écrit cinq ou six morceaux avec ce que j’avais sous la main : chanter  avec une guitare, une basse, une boîte à rythmes, et très peu de prises  pour conserver cette fraîcheur. J’ai rappelé mes copains lorsqu’il a fallu penser à la scène. » A force de multiplier concerts charmants et sorties séduisantes (digitales chez Holiday Records, CD 3’’ pour Cloudberry Records, 45 tours avec les Avignonnais de la Bulle Sonore), cette « petite récréation » fait désormais partie des espoirs 2011 de la revue pop moderne. Et du reste du monde aussi. Que Romain évoque son amour du tin whistle ou des promenades en voiture, ses chansons ou celles des autres, son expérience new-yorkaise ou ses propres envies pour l’année à venir, plusieurs expressions reviennent souvent : l’épure, les copains, la simplicité, le cœur… Autant de valeurs jugées, à tort, comme désuètes. « Indatable », nous corrigerait Young Michelin. [Interview Thibaut Allemand].



Il y a eu pas mal d’emballements autour du groupe. Tu l’as vécu ainsi, de l’intérieur ?
Romain Guerret : Pas vraiment. On a monté une page MySpace, très classiquement, et on a eu de bons retours des USA, d’Angleterre. On a trouvé un tourneur, la presse nous a défendus aussi, c’est important. Je me suis rendu compte que ça plaisait, mais parler d’emballement, c’est exagérer. Disons que ça s’est bien enchaîné.

Comment expliques-tu cet enchaînement ?
Peut-être que ça change de ce qu’on entend habituellement. On chante en français, mais ce n’est pas de la chanson française, ça reste de la pop. Quand j’ai commencé, je crois qu’on n’était pas nombreux. Mais depuis, j’ai découvert des groupes comme La Femme ou Viking Dress. C’est marrant car on a tous débuté plus ou moins en même temps. Faut croire qu’il y avait quelque chose dans l’air, une volonté de faire de la pop en français.

Et cette indie pop très C-86 est également abondante aux USA actuellement…
Oui, effectivement ! Ce sont des groupes que j’ai découvert par hasard, mais les Cristal Stilts, The Pains Of Being Pure At Heart, Dum Dum Girls, ou Vivian Girls qui font un peu du Talulah Gosh… Lorsque les gars de The Drums nous avaient contactés, on a découvert leur label, Holiday Records, et toutes leurs sorties sont twee pop, C-86 et compagnie. Là aussi, c’est apparu au même moment, comme une envie générale de retrouver cet esprit.

Justement, vous étiez en studio à New York la semaine dernière. Pourquoi là-bas ? Et pourquoi avoir choisi de travailler avec Andy Chase ?
Mais on n’a rien choisi. On a simplement gagné le concours CQFD. La dotation, c’était cette séance. A choisir, j’aurais préféré aller à Londres avec Stephen Street, mais je ne sais pas s’il bosse encore. Ca ne s’est pas trop mal passé mais on n’avait peu de titres d’avance. On en a écrit beaucoup à l’arrache un mois avant de partir. Il y a donc sept morceaux, dont deux que l’on jouait déjà : Hélas, qui est la dernière chanson que j’ai composée seul il y a six mois, et un instrumental, La Rivière Est Profonde. Qui s’appelait Fantôme, avant. Tout le reste a été signé collectivement, donc le son est très différent, il n’y a plus de boîte à rythmes. Voilà, on a sept morceaux, mais je ne sais pas ce qu’on en fera.

Comment ça s’est passé, en studio ?
Les sessions étaient très longues. On a parfois bossé dix-sept heures d’affilée. Mais l’équipe s’est vraiment investie, ils étaient tous très pros, à l’américaine : si c’est pas fini à huit heures du mat’, on continue jusqu’à dix heures, etc. A la fin, on ne s’amusait plus. Nous, on voulait se tirer du studio, visiter la ville ou les disquaires, mais ils nous empêchaient de partir. Disons que j’ai appris comment se déroulait une séance d’enregistrement avec un producteur. Jusqu’ici j’avais toujours bossé seul. Là, on a beaucoup attendu. On enregistrait toutes nos parties en même temps, en live. Et une fois que c’était fait, on attendait, Andy s’occupait du reste. Sauf que le reste, normalement, c’est moi qui m’en charge. Et voir quelqu’un prendre ta place, c’est un peu pénible… Andy Chase est quelqu’un de très professionnel, et forcément, il a voulu mettre sa patte sur notre son.

Et le résultat ?
On chante toujours en français, mais le son est plus américain. On a bridé Andy, on lui a fait enlever des tas de choses, mais le son est très compressé, très radio. Je l’ai mis dans ma caisse, ça pète à mort. Mais est-ce vraiment ce son que l’on désire ? Je n’en suis pas sûr.

En attendant, le 45 tours Je Suis Fatigué a fait pas mal de bruit cette année. Pourtant, la thématique de ces chansons semble être l’effacement. Etonnant, non ?
C’est venu comme ça, ce n’était pas réfléchi. Le ras-le bol général et le retrait forment clairement le thème de Je Suis Fatigué : se retirer du jeu, disparaître et se réfugier dans l’enfance, l’adolescence, où tu te sens bien et protégé, ça se sent surtout dans cette chanson. Pour les autres, je ne sais pas. En tous cas, ce n’était pas réfléchi.

L’adolescence hante également Teen Whistle, avec ce jeu de mot. Mais Il y a surtout cet instrument pas si courant.
Oui, Teen Whistle, c’est un petit sifflotement, un truc d’ado. Quant au tin whistle, je l’avais acheté peu avant Young Michelin. Et puis, je suis un fan hardcore des Pogues. J’adore cet instrument, c’est très cheap, très facile à utiliser. C’est joli, assez poétique, ça sonne toujours un peu faux. Il y a plusieurs manières de l’utiliser : en soufflant fort, tu atteins d’autres octaves et en soufflant plus légèrement, tu obtiens des tierces. Et il y a également des notes que tu peux obtenir en bouchant un demi-trou, et en mettre en valeur avec un coup de langue. C’est minuscule, mais ça regorge de possibilités. Reste que l’apprentissage est un peu pénible pour la famille et le voisinage !

La chanson Les Eclaireurs m’intrigue. De quoi parle-t-elle ?
Des gens qui prennent des risques, qui osent faire les choses coûte que coûte, quitte à y laisser leur peau. Un peu comme les Indiens, qui partaient en première ligne et avancent sous la mitraille pour que les autres avancent après. C’est métaphorique. De mon côté, j’espère être un éclaireur. Surtout par rapport aux copains, à la famille, aux gens qui baissent un peu la garde et s’enfoncent dans une vie pépère. On peut être les deux, suivant les périodes. Mais à choisir, éclaireur, c’est tout de même plus valorisant !

Ce type de métaphores un peu floues, on les retrouvait dans les premiers albums d’Etienne Daho.
Oui, j’aime beaucoup ce style, comme celui de Jacno d’ailleurs, car tout n’est pas expliqué. On n’est pas chez Gainsbourg, avec tous ces jeux de mots, ces astuces, toute cette chanson un peu verbeuse et compliquée. Moi, j’écris des paroles sans trop réfléchir. Ce n’est pas de la grande littérature, ça ne rame pas trop rythmiquement et ça sonne sans trop de figures de styles, en allant vraiment à l’essentiel. Ca reste de la pop. Ce que je veux, c’est écrire en français comme les anglais le font dans leur langue.


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