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Life Control de Night Control

chronique d'album
Avis aux incrédules ! Le meilleur des quarante dernières années de pop lo-fi se trouve condensé dans Life Control, la suite idéale de Death Control (2009) imaginée par le génial Christopher Curtis Smith. De The Red Krayola à Kurt Vile, en passant par Felt, Spaceman 3 ou Ariel Pink, Night Control sait tout faire et invoque cette (h)antologie de spectres musicaux dans les zones de bruit de ses enregistrements. On sait fort peu de choses sur l'auteur de ces pop songs qui mêlent les sons les plus bruts au raffinement absolu : il vit à Los Angeles, enregistre à la maison (parfois accompagné), la plupart de ses titres ont d'abord été diffusés en CD-R sous le nom de Crystal Shards, il est aussi friand de la noise concrète de German que des hérauts indie rock des 90’s… Pas vraiment de quoi dissiper l'épais mystère qui pèse sur ses chansons, certes.

Une énigme de plus en plus insoluble à mesure que l'artiste vous dévoile ses talents. Guitariste hors pair et chanteur impeccable (faux si nécessaire), compositeur capable d'étirer chaque mélodie en fugue éternelle (There's A Chance), il s'aventure comme personne sur les pentes chaotiques et ô combien périlleuses de la noise douce (Master Hiss) sans jamais perdre en cohérence. On pense parfois à ce qu'aurait dû être Brian Jonestown Massacre (Take Apart), à un Pavement imaginaire qui aurait poursuivi une autre route après Slanted & Enchanted(CS) On songe souvent à Lou Reed (The Word en particulier), mais on ne se dit que ce sculpteur de sons est tributaire de qui que ce soit. Une telle personnalité ne doit rien à personne. Elle convoque des idées immémoriales pour les réaliser différemment, comme si, telles de vagues réminiscences, elles n'avaient jamais réellement existé.

Mélange de classicisme mélodique et d'une véritable audace formelle, plus abouti et homogène que Death Control, Life Control est le complément indissociable de la collection parue l'an passé. Les chansons de ce dernier Lp font écho aux splendeurs inaugurales que sont Good Looks, Star 129, Star 131, Two Hard... Smith est ainsi passé en l'espace de deux disques du statut de génie du brouillon à celui  d'orfèvre de l'indie rock, sans pour autant abandonner ses exigences de défricheurs et son goût pour l'expérimentation bancale. Le titre The Glow, composé de multiples chansons fantomatiques se répondant dans un mystérieux écho, fournit un parfait exemple des ambitions et du savoir-faire de cet ingénieux touche-à-tout. Pour peu qu'on s'autorise à lâcher prise, l'univers de Night Control peut très vite devenir obsédant.
Xavier Mazure
MAGIC RPM  #140
article extrait de :
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