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Difficile de trouver l’accroche idoine pour débuter une chronique de Why?. Il y en aurait mille possible, soit le nombre de fois où Yoni Wolf parut se surpasser. Avec l’hâbleur nasillard Doseone et le producteur Odd Nosdam, il a d’abord ébranlé le hip hop au sein de cLOUDDEAD en injectant un liquide inconnu et surréaliste dans la poche de perfusion d’un genre musical alité depuis longtemps. Signe de sa pertinence, le “rappeur” propagea ensuite l’abstraction au gré de collaborations qui le virent s’affilier à la Sainte Trinité des labels cadencés par des beats interlopes : Mush pour cLOUDDEAD, Lex pour le brillant projet de hip-folk “électronifié” Hymie’s Basement, et Anticon, la terre d’asile de Why?.

Celle qui vit s’épanouir le talent de ce fils de rabbin né à Cincinnati (Ohio), depuis l’inaugural Oaklandazulasylum en 2003 jusqu’à Alopecia aujourd’hui. En cinq ans, le groupe du seul Yoni Wolf a accueilli le grand frère Josiah à la batterie et l’homme à tout faire Doug McDiarmid, puis a délaissé le pré carré lo-fi originel pour emprunter les traces d’un songwriting mutant. Aux mélodies de poche instinctives se sont ainsi substituées des chansons évolutives ; aux samples foutraques et aux frottements de guitares folk, une instrumentation rock ; au phrasé empreint d’une sensibilité heurtée, des tirades nasales harangueuses. Une maturation que certains regrettent comme on pleure l’innocence de tous débuts, mais que la majorité approuve si l’on s’en tient aux acclamations recueillies en 2005 par Elephant Eyelash et ses hits hip pop. Suite logique mais obscurcie, Alopecia se pare d’une puissance de feu nouvelle grâce à la greffe opérée avec Fog, le groupe de Minneapolis. Son bassiste, Mark Erickson, et son éminence grise Andrew Broder (alter ego évident de Yoni Wolf), ont ainsi rejoint le trio pour ce troisième album. Et la fusion opère. Car là où Fog a justement déçu sur son récent Ditherer en se dénaturant sous prétexte de devenir un “vrai groupe”, Why? parvient à conserver ses atouts au sein d’une mécanique mieux huilée. Dès l’ouverture, la production renforcée, la batterie plus agressive et la ligne de basse tutoriale permettent ainsi à Yoni Wolf de déclamer ses couplets avec une emphase accrue sur les refrains viscéraux de The Vowels Pt. 2, Good Friday ou These Few Presidents.

Bien plus sombres que les vignettes rythmées d’Elephant Eyelash, Why? tisse avec ces trois titres une toile dramatisante que vient consacrer le crescendo de The Hollows. Les mots s’alignent à la vitesse du diable et l’orchestre monte en puissance comme on descend en enfer sur ce “single-témoin” de la nouvelle science des noires émotions que la formation maîtrise désormais. Plus loin, le tubesque Fatalist Palmistry et ses accords de guitares effilés renouent avec l’entrain pop du précédent disque. Brook & Waxing en est le reflet inversé, avançant au rythme d’un homme blessé qui trouverait avec ce refrain tragique la bande-son de sa chute fatale. Puis vient Simeon’s Dilemma, le grand oeuvre qui allie la grâce immédiate d’Elephant Eyelashet la nouvelle assurance d’Alopecia, où Yoni Wolf étire sa voix jusqu’aux limites et où les notes de clavier virevoltent au même rythme que les larmes. Une soul d’un nouveau genre comme le conclusif By Torpedo Or Crohn’s est un blues moderne, escorté par un flow qui s’écoule à la manière de… LL Cool J. Les paroles y sont comme d’habitude inspirées, tous ces textes faisant même d’Alopecia un bréviaire d’éloquence qui donnerait des vertiges de désespérance rédemptrice à Fuzati, Psykick Lyrikah et Arnaud Michniak réunis. Entre poésie et crudité lumineuse, Yoni Wolf relate, romance et sublime les instants, les personnages et les sentiments ordinaires. De ces types qui trônent sur leur expérience de la vie comme sur un trésor en chiffon, à ces moments où l’on pense au suicide en imaginant que son cercueil célébré par tous recueillera enfin la fierté dont on a jamais su faire preuve de son vivant. Et c’est justement en confiant ses états d’âme à une musique d’une intense humanité que les chansons de Why?, comme celles des plus illustres songwriters, vous rendent votre fierté.

Jean-Francois Le Puil
MAGIC RPM  #118

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