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L’apparition de Turzi fut une des belles surprises de 2007. Érudit et déterminé, ce jeune prodige fracassait la France tranquille avec un son (presque) original et une attitude salvatrice, pleine de morgue glacée et d’envie d’en découdre. L’ego gonflé au proto, Romain Turzi, même pas trente ans mais le centuple d’histoire musicale dans les pattes, annonçait d’ores et déjà une trilogie et jouait avec une image d’artiste eurocentré, maniant les symboles fafs avec l’aplomb d’un Douglas Pearce (l’élégance en plus) : un premier Ep intitulé Made Under Authority (2007), un label baptisé Pan European Recordings, et une formation appelée Reich IV (en fait, un hommage aux Four Organs de Steve R.). Si l’on n’a jamais pris ces provocations au sérieux, ces déflagrations sonores donnaient furieusement envie d’envahir la Pologne ! ça tombe bien, car c’est de voyage dont il s’agit ici. Dans cette épopée monomaniaque autour du globe, le nom de chaque cité traversée puis dévastée débute par la lettre B. Si le coup de maître précédent, A, plongeait dans les méandres du krautrock et du psychédélisme français méconnu (Catherine Ribeiro et Alpes, au hasard), Turzi délaisse un peu la Rhénanie pour investir d’autres genres, tout aussi telluriques et drogués. Les guitares lourdissimes de Black Sabbath, le psychédélisme dark d’Hawkwind, la noirceur phosphorescente de Goblin et la folie douce de Daevid Allen sont transportés de Beijing à Bombay en passant par Bangkok, où les sonorités locales ne sont jamais snobées

Changement de cap pour une méditation transcendantale à Bethlehem – nouvelle marque de l’influence à la fois moquée, invoquée et refoulée du judéo-christianisme sur l’ex-pensionnaire d’un internat versaillais. Au cours de ces incessants allers-retours spatio-temporels, on s’amuse à Baltimore : troublant, le mimétisme avec Aisha de Death In Vegas offre la vision d’un Bobby Gillespie surexcité dégageant cette vieille baderne d’Iggy Pop, avant de reprendre les rênes et d’emmener le morceau sur les terres narcotiques et cramées de l’insurpassable XTRMNTR (2000), aidé en cela par le producteur dudit massacre, Max Hayes. Le reste de l’œuvre s’égare avec bonheur entre Audion et Manuel Göttsching (Brasilia, Bogota), les synthés oxygénés de Jean-Michel Jarre (Buenos Aires), ou le Death In Vegas (encore !) de Satan's Circus (2004) avec Baden-Baden. Enfin, Brigitte Fontaine (décidément habituée aux conclusions dantesques, souvenez-vous de L’Europe avec Noir Désir), vient donner de la voix lors d’un final angoissant à souhait. Pas très loin des deux premiers Lp’s de Kluster, ces incantations menaçantes donnent un supplément d’âme à une œuvre moins surprenante que prévue. En attendant un troisième Lp, C (avec, prenons les paris, Julian Cope et l’ex-Can Holger Czukay ?), B reste extrêmement digne. En étalant ses obsessions sans dissimuler ses multiples sources d’inspiration, Romain Turzi, en plus de nous faire réviser l’alphabet, incarne un véritable passeur. Qu’il en soit ici remercié.
Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #137

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