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Presents Metal Dance – Industrial, Post Punk, EBM: Classics & Rarities 80-‘88 de Trevor Jackson

chronique d'album

Fondateur du légendaire label Output, l’un des plus beaux fleurons anglais de ces vingt dernières années, Trevor Jackson n’a cessé de puiser dans la bande-son et l’esthétique de son adolescence, quand après l’illusion punk et l’hégémonie disco, des artistes utilisaient la technologie d’alors pour synthétiser la musique du futur. Sous-titré Industrial, Post Punk, EBM: Classics & Rarities 80-’88, ce double CD compile, en vingt-sept titres, les travaux de francs-tireurs dans un contexte social et politique morose, sur fond de guerre froide et d’ère thatchérienne en Angleterre. Sous l’influence conjointe de Kraftwerk et Throbbing Gristle, la musique industrielle enfante progressivement son pendant dansant et agressif, l’Electronic Body Music (EBM), que des jeunes de Chicago réinjecteront dans le funk pour créer la house music. Bercée par cette funeste idée de fin du monde potentielle, une certaine conscience politique s’exprime sur le dancefloor au son de boucles électroniques musclées aux sulfureux relents, comme DAF notamment avec l’ambigu Brothers, ou Nitzer Ebb, dont le rageur Control I’m Here fit les grandes heures du Pulp. Entre dub et industriel, les genres s’entrechoquent avec la bande de On U Sound, dont le gourou Adrian Sherwood remixe le vénéneux Yu-Gung d’Einstürzende Neubauten, tandis que les inquiétants cliquetis du psychiatrique Fatal Attraction (Contagious) de Mark Stewart muent en copie dérangée I Feel Love. En mode énervé et synthétique avec Executive Slacks, ou même post-punk avec les excentriques Honey Bane et Naked Lunch, toujours en version longue, avec Jah Wobble qui, après P.I.L., lance des pistes disco en solitaire, et même instrumentale pour le plaisir sudatoire des pistes sombres, avec un chant réduit au cri. L’inquiétante sarabande du réalisateur John Carpenter entre en résonnance avec l’anxiogène Voices de Neon, pour culminer dans la new-wave chantée en français d’Hard Corps, petits protégés de Daniel Miller, le patron de Mute.

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Les fondateurs Cabaret Voltaire, The Bubblemen, projet annexe des anciens membres de Bauhaus, et les affreux Alien Sex Fiend jouent un rock dépenaillé et dangereux. La contagion électronique s’étend à la Suisse avec les singuliers Yello, et leur techno pop dadaïste et colorée, à l’Espagne avec les oubliés Diseno Corbusier, à l’Allemagne avec Ledernacken, revisité par Mark Kamins, qui révèlera Madonna avant de frayer avec Factory Records, et même à l’Australie avec Severed Heads dont le séminal Dead Eyes Opened est un mausolée révéré par la plupart de nos électroniciens (d’Ivan Smagghe à Joakim). On entend dans ces crises d’originalité une extension des possibles qui donnera aux charts leur orientation à venir. 400 Blows signe le rap primitif de Pressure, à la manière d’un Sign O’The Times au ralenti. Great Divide de Portion Control, sorte de cousin germain de Looking From Hilltop de Section 25, contient les germes de la révolution techno. Le formidable Dare de Human League pointe au sommet du classement en 1981 en Angleterre, et imposera la norme synthétique à la pop dansante des eighties, avant que, deux ans plus tard, Blue Monday (1983) de New Order ne change à jamais la face de la pop moderne en confrontant des genres a priori antinomiques, en un nouvel élan créatif. Ces influents pionniers sont conviés à ces ténébreuses agapes, en ombres tutélaires. Martin Rushent, le producteur historique de Dare, élabore pour Pete Shelley, en pause des Buzzcocks, la version dub du Witness The Change. Steven Morris et Gillian Gilbert de New Order participent au fameux Heads Over Indian Trails de Stanton Miranda, duo new-yorkais dont l’un des membres composera de nombreuses bandes originales de films à Hollywood. Tout comme Graeme Revell, fondateur des mythiques Australiens de SPK, dont le génial Metal Dance, percussif et rythmé, donne son titre et sa thématique à cette jubilatoire rétrospective.
Alexandre Cognard
MAGIC RPM  #159

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