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Normalement,
on devrait tomber à bras raccourcis sur Kristian Mattsson, lui pourrir la vie, le
chatouiller en place publique pour imitation illégale de Bob Dylan (celui
d’avant le schisme électrique de 1966). La voix poncée à la laine de verre, le
phrasé fatigué, la guitare qui éclabousse d’arpèges lumineux des mélodies
simples, tout renvoie au baladin de Greenwich Village. Mais à mesure que The Wild Hunt déroule ses chansons, il
faut se rendre à l’évidence : on ne fera aucun mal au folkeux suédois. Ni
petits coups de cure-dents vicieux, ni guili-guili assassins. Plutôt une bonne
accolade pour ce deuxième album miraculeux, porté par une écriture supérieure
qui efface à elle seule cinquante ans d’héritage nasillard. Enregistrées
chichement (les audiophiles vont tiquer), ces dix chansons suivent le fil de
mélodies fluides et mémorables, à l’aise avec une instrumentation minimale (une
guitare, donc). L’équilibre est parfait entre la voix caillouteuse et la
guitare douce, qui se partagent et remplissent l’espace sans qu’à aucun moment
l’ensemble ne sonne comme un pauvre folk rachitique et sec. Tout est quasi
tube, tout est à tomber par terre (mentions à Burden Of Tomorrow et You’re
Going Back). Ni pèlerinage ni dilapidation d’héritage, le périple de
Kristian Mattsson s’achève sur l’une des chansons les plus bouleversantes du
printemps, Kids On The Run, où le Suédois
s’est installé au piano et déroule une mélodie à la mélancolie étourdissante.
Encore un cow-boy désemparé, perdu au cœur de la Suède des lacs et des
glaciers.
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