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Pour son deuxième Lp, The Strange Boys, formation surgie de nulle part (Austin, Texas), fait le grand écart entre In The Red Records, l’AJA du garage américain, et Rough Trade Records, Mecque européenne de l’indie vendeur. De là à parler de compromis, il y a un gouffre qu’on se gardera de franchir. La flemme. La même qui semble animer ces étranges garçons : en possession d’un tube meurtrier, le sextuor quatuor d’Austin (ici augmenté par les compagnons de passage Jenna Thornhill-DeWitt et Tim Presley) ne décoince pas du bar, enchaîne les whiskys et s’enflamme au bout de… deux longues minutes ! Ou comment flinguer un single dans les règles.

Un single, mais pas une chanson. Cette merveille, A Walk On The Bleach, nous rend ces Strange Boys immédiatement sympathiques. Parce qu’à l’heure où le rock’n’roll sagement déviant est “radio friendly”, ces gonzes n’en font qu’à leur tête et se fichent complètement d’un quelconque succès. Ce qui leur tient à cœur, en revanche, ce sont ces mélodies : ridiculement simplistes (donc pas si faciles), outrageusement accrocheuses et cruellement parfaites, elles ôtent toute velléité de snober un groupe qui, lui, vous ignore allègrement. Une bande de desperados détendus et menés par un chat asthmatique nommé Tim Presley Ryan Sambol explosent nonchalamment le vumètre, détroussent Dylan (Friday In Paris), soumettent Mark à la… Question (Night Night) et tentent de rivaliser de rage avec We The People, mais n’en ont pas la force.

Ou le courage. Une bande de fainéants, on vous dit. N’empêche, cette demi-heure de coolitude laidback certifiée pré-choc pétrolier reste l’une des chouettes surprises de ce début d’année. Ici et maintenant. Les Strange Boys seront-ils encore là dans un an ? Ce deuxième album sera-t-il le second ? À vrai dire, on s’en fiche un peu. Mais pas autant qu’eux.
Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #140

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