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En ces temps malheureusement avérés d'Horreur Économique la dernière en date concerne l'ahurissant budget dépensé par Tahiti 80 pour le compte de son second album, soit deux cent mille euros, sans enregistrer le début d'un commencement de semblant de chanson , le sixième opus de The Sea And Cake tombe à point nommé. Disque humble et inspiré, riche et immédiat, One Bedroom fait donc figure de coton-tige salvateur et nous réconcilie pleinement avec la post-pop, d'ailleurs plutôt que d'ici. Suivant une courbe ascensionnelle depuis ses débuts en1994 avec Self-Titled, ce super-groupe qualificatif non galvaudé en l'occurrence puisqu'il est composé de Sam Prekop (chant-guitare), Archer Prewitt (guitares-piano), Eric Claridge (basse) et, last but not least, John McEntire, batteur jamais aussi convaincant qu'avec ses pairs-là , mérite tous les honneurs au tableau de l'art et la manière de ne pas y toucher. Ou alors avec un doigté qui confine au génie tactile. Ces musiciens paraissent en effet en perpétuelle apesanteur, rendant leur son reconnaissable entre mille (feuilles). Il est même si enveloppant que d'aucuns, en découvrant ces dix perles taillées à l'or fin, voudront s'y lover immédiatement, comme dans les bras de leur belle dulcinée revenue au grand jour après une trop longue absence sous l'édredon. Deux ans après l'affirmatif Oui, qui rompait avec les habitudes productivistes du quatuor (quatre Lp's en trois ans, entre 1994 et 1997), One Bedroom fait encore mieux, ce qui n'était a priori pas une sinécure. "Plus haut, plus loin, plus fort", pour reprendre le slogan d'un célèbre quotidien sportif. La chanson inaugurale, Four Corners, résume à elle seule la nouvelle marque de fabrique de la formation chicagoane : mélodies célestes, arrangements ingénieux et voix aérienne. À la manière de leurs homologues allemands de The Notwist, ces électroniciens sont bien plus éloquents, sobres et exemplaires réunis que séparés. Une saine émulation qui leur évite de tomber dans les travers que Prewitt ou même Prekop ont déjà connus individuellement. "On a un peu changé notre façon d'écrire. Oui était le disque d'un groupe de scène standard dans un studio d'enregistrement, alors que One Bedroom est de nature plus expérimentale", admet le second avec une belle franchise. Ainsi la troisième plage, Hotel Tell (vous aurez noté la rime riche), sonne-t-elle comme une boucle électronique passée à la moulinette pop avant que la voix de Prekop ne traverse un vocoder à la manière de Donald. Entêtement mélodique garanti. En brillant paysagiste, The Sea And Cake arrose les nouvelles plantes de son jardin botanique avec délicatesse (Shoulder Length). De même que sur le morceau éponyme, à l'écoute duquel on ne peut s'empêcher de penser à un Tortoise bavard et hédoniste. Les trois titres suivants réservent encore d'autres motifs de ravissement. Mais le tableau idyllique ne serait pas complet sans mentionner l'extraordinaire reprise de Sound & Vision, le tout premier single extrait du mythique Low de David Bowie. Appuyée par les choeurs des frères John et Frank Navin (The Aluminum Group), la version à la fois fidèle et moderne que signe The Sea And Cake l'emporte vers des cimes imparablement tubesques, qui pourraient bien valoir aux quatre intéressés de dépasser le simple succès d'estime. C'est plus largement tout le mal qu'on souhaite à ce disque plein. À boire et à manger, donc, jusqu'à satiété. Bonne année.
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