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Harlem, White Fence, The Strange Boys…
La liste des élégants va-nu-pieds signataires de grandes pop songs
en un tour de main s’allonge de mois en mois. On aurait pu, trop
distraitement, placer The Pharmacy dans cette fière lignée. Car la
rafale de chansons renversantes placées en ouverture de ce troisième
LP donne le tournis. Coldest Morning Light, Children On TV
ou Clockwork reposent peu ou prou sur le même principe :
mélodies titubantes, guitares jangly, amplis crevés, batterie
pétaradante, voix dans le rouge et micros posés n’importe où,
n’importe comment. Sans parler de Stoner Girl, tenue à un
fil, noyée de réverb, éclaboussée de chœurs – souvenez-vous du
morceau Survival de Forest Fire, on est tout près. Pourtant
on ne saurait résumer à ces chansons parfaitement titubantes cette
foisonnante pharmacopée. The Pharmacy, c’est avant tout une
histoire de défis. Pour preuve, le trio originaire de Seattle s’est
installé à la Nouvelle-Orléans, simplement armé d’une guitare,
d’une vieille pédale, d’un micro hors d’âge, d’un synthé,
d’une batterie et d’un minuscule 4-pistes. La banalité
quotidienne de trois vauriens punk rock. Par cette contrainte, The
Pharmacy ne s’arrête pas aux trois accords, mais coupe
volontairement les moyens de ses ambitions. Les caracolades de piano
et les envolées de cordes de What Are You Doing With Your Life?
rejoindront peu à peu la longue intro pianistique de Did You Ever
Doubt Of Yourself. Étrange respiration emplie d’étrangeté,
avant de bifurquer vers une pop grand format, plus complexe, remplie
d’idées difficiles à mettre en œuvre avec les maigres moyens du
bord. Le tout sonne, à l’arrivée, comme du Dave Fridmann sans le
sou. Reste à définir cette drôle de collection : du lo-fi
luxuriant ?