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C’est un phénomène suffisamment bizarre pour être
d’emblée souligné : de mémoire, on n’avait jamais vu la cote d’un groupe
grimper à ce point en flèche sur le marché des valeurs musicales alors même
qu’il n’a pas publié d’album pendant trois ans. S’il a beaucoup (mais vraiment
beaucoup !) été question de The National depuis la sortie d’Alligator(2007 2005),
c’est surtout que les frères Dessner ont multiplié les projets parallèles et
autres collaborations diverses et variées qui, faute d’enrichir leur
discographie personnelle, ont considérablement épaissi l’agenda de leurs
contacts dans un milieu où ils apparaissent désormais comme des références
incontournables. La preuve est apportée par le générique de ce High Violet
qui ressemble à s’y méprendre au Who’s Who de l’indie rock américain.
Bon Iver, Sufjan Stevens, Richard Parry d’Arcade Fire : tout le gratin
s’est bousculé pour apporter une contribution, même minime, à l’édifice,
démultipliant par là même les attentes et les exigences légitimes d’un
auditoire à l’appétit déjà aiguisé par une trop longue diète forcée. En
s’exposant ainsi délibérément au péril de la déception, The National n’en
triomphe qu’avec d’autant plus de gloire : High Violet est un très
grand album, impressionnant de maîtrise et de constance dans la haute qualité.
Encore une fois, ce qui place le groupe largement au-dessus de la mêlée de ses concurrents, c’est sa capacité à entrelacer sans contradictions notables ni dissonances gênantes la noirceur du fond et l’éclat lumineux de la forme, à évoquer de manière toujours crédible l’échec et la dépression au travers de chansons rock épiques et agréables à écouter. Au fil de chansons aux titres plus qu’explicites (Terrible Love, Sorrow), Matt Berninger semble avoir franchi un cap supplémentaire dans l’introspection la plus, qui culmine avec sauvagerie sur Conversation 16 : “You’ll never believe the shitty thoughts I think”. Mais là où tant d’autres associent l’autoapitoiement larmoyant et le misérabilisme musical, The National sublime ses états d’âme à coup de guitares velvetiennes, de cadences en crescendo et de chorales gospel qui font monter la tension jusqu’à l’apothéose. A la fois plus sombre et plus accrocheur encore que tous ses prédécesseurs, ce cinquième album confirme bien que la réputation, flatteuse mais pas usurpée, des nouveaux rois de Brooklyn, ne relève pas que de la rumeur entretenue par l’inactivité.
Encore une fois, ce qui place le groupe largement au-dessus de la mêlée de ses concurrents, c’est sa capacité à entrelacer sans contradictions notables ni dissonances gênantes la noirceur du fond et l’éclat lumineux de la forme, à évoquer de manière toujours crédible l’échec et la dépression au travers de chansons rock épiques et agréables à écouter. Au fil de chansons aux titres plus qu’explicites (Terrible Love, Sorrow), Matt Berninger semble avoir franchi un cap supplémentaire dans l’introspection la plus, qui culmine avec sauvagerie sur Conversation 16 : “You’ll never believe the shitty thoughts I think”. Mais là où tant d’autres associent l’autoapitoiement larmoyant et le misérabilisme musical, The National sublime ses états d’âme à coup de guitares velvetiennes, de cadences en crescendo et de chorales gospel qui font monter la tension jusqu’à l’apothéose. A la fois plus sombre et plus accrocheur encore que tous ses prédécesseurs, ce cinquième album confirme bien que la réputation, flatteuse mais pas usurpée, des nouveaux rois de Brooklyn, ne relève pas que de la rumeur entretenue par l’inactivité.
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