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À l'époque, on avait trouvé l'idée formidable - et le résultat au diapason. Pour illuster cette chanson d'une évidence désarmante qu'est Forever Lost - elle n'a d'ailleurs pas pris une ride en cinq ans -, le quatuor anglais s'était métamorphosé en chouettes héros de bande dessinée, tout droit échyappés d'un épisode inédit de Scoubidou. Mais en fait, de façon assez pernicieuse, cette forme a fini par occulter le fond. Ainsi réduits à des personnalités imaginaires conjuguant ingénuité et timidité, les Magic Numbers n'étaient plus perçus à leur juste valeur, soient des songwriters d'exception, comme on en croise fort peu par génération - oui, ce genre... Mais en se précipitant pour réaliser un deuxième album trop long et trop respectueux de son aîné, Those The Brokes (2006), les fratries Stodart (Michelle et Romeo) et Gannon (Angela et Sean) ont même réussi à faire douter leur partisans les plus acharnés. D'ailleurs le groupe a fini par se retirer discrètement sans que personne ne s'en aperçoive vraiment. Pire : personne n'a semblé le déplorer. Alors, il fallait bien l'avouer, en espérant que la faute nous soit à moitié pardonnée : on avait tiré un trait sur ce groupe à l'allure improbable mais au charisme scénique bouleversant. Jusqu'à l'écoute de The Runaway, un matin peut-être un plus ensoleillé que les autres.

Tout à coup, on a eu honte d'avoir omis que ces gens-là façonnaient des chansons d'un autre temps. Qu'ils écrivaient des classiques aujourd'hui en suivant les coutumes d'hier. Épaulé pour des arrangements de cordes d'une beauté sidérante par le regretté Robert Kirby - ancien collaborateur de Nick Drake bien sûr, mais aussi de Paul Weller, sur le trop mésestimé Heliocentric (2000) -, The Magic Numbers joue comme à la parade, varie les atmosphères, balaye le spectre de nos émotions (et des leurs aussi, sans doute), gagne en mystère et en densité. En près de quatre ans, la formation a pris son  temps, et ouvre le disque sur The Pulse, une composition vertigineuse portée par des violons aux inflexions dramatiques. Accents pastoraux et refrains capitaux se succèdent alors, en particulier le temps de l'entraînante Why Did You Call?, où Romeo et ses comparses déniaisent une ritournelle R&B, avant que l'insouciance apparente de Throwing My Heart Away ne finisse par faire tourner la tête. Souvent, les voix s'entremêlent et se répondent dans des harmonies éblouissantes, comme si The 5th Dimension se fendait d'un dernier tour de chant, et les mélodies ne ratent jamais leur cible - en plein cœur. Plus loin, le groupe revisite cette blue eyed soul chère à... The Style Council sur la radieuse The Song That No One Knows, et s'offre avec Only Seventeen une ballade en mode mineure pour ravissement majeur. En fin de parcours, les orchestrations souveraines de Dreams Of Revelation ou celles plus discrète I'm Sorry (titre après l'enregistrement) se mettent encore une fois au service d'une écriture d'une justesse renversante. Touché ? Oui. Et presque coulé.
Christophe Basterra
MAGIC RPM  #144

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