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“America seems an awfully long way to go”, chante The Leisure Society. Sur un plan géographique, le constat est implacable. Mais il semble bien qu’il en aille tout autrement à propos des références musicales. Autant dire que si ce premier album avait été enregistré dans un chalet en bois, au fin fond des forêts du Montana, plutôt que sur les bords de la Tamise, on n’y aurait entendu que du feu. Lointaine cousine britannique de Woodpigeon ou Fleet Foxes, la joyeuse troupe guidée par Nick Hemmings et Christian Hardy excelle dans le registre d’une folk pastorale et bucolique, qui donne presque l’impression d’écouter en direct les grillons chanter et les petites fleurs commencer à pousser sous l’humide humus.

Les mélodies déroulent leurs fils délicats avec une certaine indolence pleine de charme, classiques et toujours soignées. Mais c’est surtout par sa capacité à gérer les changements de rythmes et par la diversité des instrumentations choisies (de la flûte au ukulélé en passant par la mandoline) que le groupe parvient ainsi à rompre l’homogénéité de ses ballades, évitant ainsi tout risque de monotonie excessive. Il transforme ainsi en valse tournoyante une mélodie directement inspirée de Only Love Can Break Your Heart de Neil Young (The Last Of The Melting Snow), avant d’incorporer un swing tout aussi délicieux à une chanson aux apparences pépères (Are We Happy?). Bien moins ensommeillé que ne le laisseraient croire ses dehors rustiques, The Sleeper possède suffisamment de vertus pétillantes pour réveiller les morts.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #136

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