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Catch My Shoe de The Ex

chronique d'album
Récemment interviewé par un journaliste américain au sujet de l’éternel débat entre ce qui est indie et mainstream, Steve Albini, le producteur et musicien le plus intègre des deux dernières décennies, s’en est pris à Sonic Youth, qui, selon lui, n’a pas montré l’exemple en pactisant avec le diable aux débuts des années 90. C’est exactement ce que l’on ne pourra jamais reprocher aux Hollandais de The Ex qui, en trente ans, n’ont jamais dévié de leur trajectoire punk expérimentale. C’est l’une des principales affinités qui réunit une fois encore sur ce nouvel album, le leader de Shellac et ces anticonformistes endurants. Pour les deux partis, cette liberté totale de création est une éthique de vie sans attaches et sans a priori, indissociable de leur approche musicale. Après l’épisode éthiopien qui fut à l’origine de la rencontre avec le saxophoniste Gétatchèw Mèkurya, The Ex livre donc un nouvel album en bonne et due forme qui fait suite à l’ébouriffant Turn (2004).



Mais, entre-temps, le groupe a opéré une improbable mutation en accueillant un nouveau chanteur : après trente ans de bons et loyaux services, le départ de l’inimitable G.W. Sok avec son phrasé au bord de la rupture a de quoi laisser perplexe. Souhaitons, donc, la bienvenue à Arnold de Boer dont la voix, sensiblement plus claire et mélodieuse que celle de son prédécesseur, ne saurait détourner The Ex de son mot d’ordre : jouer avec ses tripes, sans se soucier des modes, en créant une forme jubilatoire de transe noisy et déclamatoire. Si Catch My Shoe possède toutes les qualités intrinsèques au son de The Ex, il propose aussi de belles échappées comme en témoigne la présence du trompettiste italien Roy Paci sur les monumentaux Maybe I Was The Pilot et Cold Weather Is Back, deux titres traversés par de saisissants maelströms free jazz. Si certains morceaux, qui s’étirent plus que de raison, n’apportent pas de réelle avancée stylistique, Tree Float et son accord dissonant en mode math rock place en revanche le chant d’Arnold de Boer au centre de l’émotion. C’est ce qui se dessine au sortir de ce beau disque de transition : The Ex pourrait bien trouver une voie inexplorée dans celle de son nouveau chanteur.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #147

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