Orgueil, démesure, panache et lyrisme. Telles sont les muses convoquées par Neil Hannon pour donner naissance à Casanova : "une collection de chansons inspirées des récits du célèbre auteur libertin, voleur et espion du XVIIIème siècle". Tous ceux qui avaient frôlé l'indigestion symphonique à l'écoute de la Promenade d'il y a deux ans, risquent encore d'être indisposés. Car Casanova , ses formes tarabiscotées et son absence totale de simplicité, est la suite logique des aventures de ce garçon frêle, bombardé compositeur et mélodiste surdoué dès l'âge de 22 ans. Des retrouvailles qui ne se font pas sans difficultés, car pour apprécier pleinement The Divine Comedy, il faut d'abord (ré)apprendre à parler couramment le "Neil Hannon" : une langue ancienne puisée dans de vieux dictionnaires encombrés de références, de citations et d'hommages plus ou moins appuyés. Mais en bon pédagogue, Divine Comedy nous livre ici, quelques cours de rattrapage à l'usage des cancres et des retardataires. Ainsi, Becoming More Like Alfie s'inspire du grand grammairien pop Burt Bacharach et Through A Long And Sleepless Night, son titre et sa diction empruntés au génial théoricien Scott Walker, dont le spectre est, par ailleurs, omniprésent sur The Dogs & Horses. Sans compter la présence de tuteurs habitués des lieux tels Jacques Brel, Kate Bush ou Rodgers & Hart, qui assistent, médusés à la leçon donnée par le petit maître. Se sentir capable de pouvoir tutoyer ses idoles, voilà pourquoi Divine Comedy ne peut se détourner de ses obsessions, lesquelles semblent être nécessaires à la survie de son inspiration. Un cercle artistiquement vicieux qui, par sa richesse, n'a pas fini de nous étonner.