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We Are Nobody de The Chap

chronique d'album
Entre Well Done Europe (2010), un album édulcoré et velléitaire, et une compilation rétrospective We Are The Best (2011) forcément recommandée, les Anglais de The Chap ont profité de cette mise au point discographique pour se remettre en question. Jusqu’à présent, leur indéfectible mérite est d’avoir sonné contemporain et singulier quand tant de formations des années 2000 se sont inspirées de mouvements musicaux du passé, parfois jusqu’au plagiat stérile. Pour pallier une crise identitaire qui touche tous les groupes après dix ans d’activité, ces champions toutes catégories de la pop oblique s’autoproclament aujourd’hui We Are Nobody pour mieux s’oublier, et ce faisant se retrouver. Là est la réussite éclatante de ce cinquième LP qui se déleste sans peine de ce qui faisait pourtant le style et le charme imparable de ce groupe trop longtemps resté dans l’ombre : un sens mélodique et harmonique incroyable, doublé d’une propension à l’auto sabotage, à la rupture de ton acide et joyeuse. 


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Chez The Chap, un regard attendri dissimule un rictus de serial killer, un refrain aérien peut tout aussi bien révéler une insondable tristesse. Il est d’ailleurs beaucoup question de dissolution et de mort sur We Are Nobody, mais à travers le prisme d’une douce résignation. Ce style au bord de la schizophrénie trouve aujourd’hui une plénitude inédite, une fluidité pop immédiatement attirante à la faveur d’une épure totale. Les chants mixtes et complémentaires de Johannes Von Weizsäcker et de Claire Hope n’ont jamais été aussi émouvants, même dans certains passages plus grinçants. Ce délicat équilibre entre audace et minimalisme rappelle l’alchimie parfaite qui fut à l’œuvre dans The English Riviera (2011) de Metronomy : tandis que les claviers, la basse et la batterie tissent des rythmiques entraînantes, quelques notes de guitares éclairent le tableau de touches impressionnistes toujours vibrantes (Better Place, We Are Nobody, Look At The Girl). The Chap illustre ainsi brillamment un paradoxe bien d’aujourd’hui : c’est en se faisant tout petit qu’on peut devenir très grand.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #159

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