- Tous
- Chronique d'album
-
Interviews
A lire
- Tous
- Chronique d'album
- Interviews
1984. On est encore loin de l’univers cauchemardesque dépeint par George Orwell dans son roman, mais l’avènement de la chaîne de télévision musicale MTV est en passe d’imposer sa pensée unique. Pop stars de pacotilles et rogatons de chansons sont déjà magnifiées par des vidéos clips aux scénarii grotesques et aux budgets honteusement faramineux. Bienvenue dans le monde de la nouvelle culture musicale ! Dès lors, le projet envisagé par les Talking Heads de réaliser un long métrage sur un de leur concert pouvait faire craindre le pire, même au plus jusqu’au-boutiste de leur fan. Oui, mais voilà. Les Talking Heads n’ont jamais été un groupe comme les autres, jonglant habilement avec leurs obsessions arty, leur goût prononcé pour un rock d’avant-garde et leur passion pour la soul et le funk. De la (nouvelle) vague née au cœur de la Grosse Pomme au milieu des années 70, ils sont peut-être les seuls à avoir su imposer leurs visions au plus grand dénominateur commun, sans jamais mettre la moindre goutte d’eau dans leur vin. En 1983, le quatuor est au sommet de sa gloire, aussi bien médiatique, public qu’artistique. Dans l’esprit de la tête pensante du groupe, David Byrne, auteur du storyboard de Stop Making Sense, les choses sont claires pour la réussite de ce dessein : “J’étais convaincu que le film devait être réalisé par quelqu’un ayant auparavant tourné des fictions. Parce que je savais qu’il verrait les choses avec une perspective différente, concevrait les musiciens comme des personnages. Et qu’il percevrait le show comme une histoire, avec un début et une fin”. Pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas lui qui a choisi Jonathan Demme pour traduire ses plans, mais le cinéaste qui lui a offert ses services, après avoir assisté à un concert du groupe à l’été 1983. Et c’est en décembre de la même année, lors de quatre prestations données au Pantages Theater d’Hollywood – salle spécialement choisie pour l’occasion – que le film prend forme, entièrement financé, à hauteur de 1,2 millions de dollars, par les membres mêmes de Talking Heads.
Stop Making Sense (le titre provient du texte de Girlfriend Is Better, sur l’album Speaking In Tongues) va se démarquer des précédentes tentatives de concerts filmés, et en particulier de celle qui constitue alors la référence en la matière, The Last Waltz, réalisé en 1978 par Martin Scorcese sur le groupe The Band. Car, ici, point de scènes de backstage ou d’interviews de musiciens tentant d’expliquer le pourquoi du comment, pas de gros plan sur un public en délire (on ne le voit qu’à la toute fin). Tout concourt en fait à ce que le spectateur ait l’impression d’assister en direct à un show des Talking Heads. Un show qui débute avec le seul Byrne, juste accompagné de sa guitare et d’un magnétophone. “J’ai une cassette que j’aimerais vous faire écouter”, livre-t-il en toute simplicité. Alors que démarre la rythmique si caractéristique de Psycho Killer, une caméra monte lentement de ses pieds vers sa guitare avant de dévoiler sa tête, dodelinant de façon hypnotique. Dès lors, à chaque nouvelle chanson, un membre du groupe rejoint le leader, dont on soupçonnait déjà au travers des divers clips un potentiel cinégénique qui éclate au grand jour. Vêtu du fameux costume démesuré, conçu par la styliste Gail Blacker, il est un savant fou habité par des chansons virevoltantes, parfaitement mises en valeur par ses acolytes (pour cette tournée, le quatuor était complété par deux choristes, deux autres guitaristes et d’un clavier, en la personne du Parliament/Funkadelic Bernie Worrell) qui constituent une formation tentaculaire à la mixité (de sexe, de couleurs) d’une parfaite cohérence. Toute l’énergie qui se dégage de cet étonnant long métrage résulte ainsi de ce big band, de la musique, et non d’effets de caméras grandiloquents ou de montage farfelu, même s’il a été décidé de ne dévoiler que quatre-vingt-dix minutes d’une prestation qui durait normalement plus de deux heures, obligeant le cinéaste d’occulter quelques morceaux de choix (Houses In Motion) ou de retirer dans la version originelle – pour mieux préserver une tension de tous les instants – l’un de ses titres favoris, le medley Big Business/I Zimbra. Malgré cela, et même si quelques détails ont été peaufinés pour l’occasion, Stop Making Sense est bien le témoignage fidèle du “spectacle” auquel Demme avait assisté, en simple mélomane, quelques mois plus tôt, et lui avait suggéré ce projet farfelu : “Je vais souvent voir des concerts. Mais celui-ci est le seul dont je sois sorti en étant obsédé par l’idée de le filmer (…)”, avouait-il en novembre 1984. Vingt ans après, cette œuvre à part reste toujours aussi passionnante, parvenant à maintenir le spectateur en haleine, qu’il soit ou non un familier de l’œuvre des Talking Heads. Ce qui s’avère être, encore aujourd’hui, l’un des exploits de ce film à nul autre pareil.
Stop Making Sense (le titre provient du texte de Girlfriend Is Better, sur l’album Speaking In Tongues) va se démarquer des précédentes tentatives de concerts filmés, et en particulier de celle qui constitue alors la référence en la matière, The Last Waltz, réalisé en 1978 par Martin Scorcese sur le groupe The Band. Car, ici, point de scènes de backstage ou d’interviews de musiciens tentant d’expliquer le pourquoi du comment, pas de gros plan sur un public en délire (on ne le voit qu’à la toute fin). Tout concourt en fait à ce que le spectateur ait l’impression d’assister en direct à un show des Talking Heads. Un show qui débute avec le seul Byrne, juste accompagné de sa guitare et d’un magnétophone. “J’ai une cassette que j’aimerais vous faire écouter”, livre-t-il en toute simplicité. Alors que démarre la rythmique si caractéristique de Psycho Killer, une caméra monte lentement de ses pieds vers sa guitare avant de dévoiler sa tête, dodelinant de façon hypnotique. Dès lors, à chaque nouvelle chanson, un membre du groupe rejoint le leader, dont on soupçonnait déjà au travers des divers clips un potentiel cinégénique qui éclate au grand jour. Vêtu du fameux costume démesuré, conçu par la styliste Gail Blacker, il est un savant fou habité par des chansons virevoltantes, parfaitement mises en valeur par ses acolytes (pour cette tournée, le quatuor était complété par deux choristes, deux autres guitaristes et d’un clavier, en la personne du Parliament/Funkadelic Bernie Worrell) qui constituent une formation tentaculaire à la mixité (de sexe, de couleurs) d’une parfaite cohérence. Toute l’énergie qui se dégage de cet étonnant long métrage résulte ainsi de ce big band, de la musique, et non d’effets de caméras grandiloquents ou de montage farfelu, même s’il a été décidé de ne dévoiler que quatre-vingt-dix minutes d’une prestation qui durait normalement plus de deux heures, obligeant le cinéaste d’occulter quelques morceaux de choix (Houses In Motion) ou de retirer dans la version originelle – pour mieux préserver une tension de tous les instants – l’un de ses titres favoris, le medley Big Business/I Zimbra. Malgré cela, et même si quelques détails ont été peaufinés pour l’occasion, Stop Making Sense est bien le témoignage fidèle du “spectacle” auquel Demme avait assisté, en simple mélomane, quelques mois plus tôt, et lui avait suggéré ce projet farfelu : “Je vais souvent voir des concerts. Mais celui-ci est le seul dont je sois sorti en étant obsédé par l’idée de le filmer (…)”, avouait-il en novembre 1984. Vingt ans après, cette œuvre à part reste toujours aussi passionnante, parvenant à maintenir le spectateur en haleine, qu’il soit ou non un familier de l’œuvre des Talking Heads. Ce qui s’avère être, encore aujourd’hui, l’un des exploits de ce film à nul autre pareil.
Les 20 derniers articles ( Chronique d'album )
-
My Bloody Valentine EP's 1988-1991 / Isn't... chronique d'album
-
The Magnetic North Orkney: Symphony Of The... chronique d'album
-
Kevin Tihista's Red Terror On This Dark Street chronique d'album