En kiosque actuellement Commander

A lire

De l’abracadabrantesque, en veux-tu en voilà : c’est l’histoire d’un type qui ne sait pas encore qu’il va devenir le pape de la pop des années 2000, le petit Jésus en culotte de velours du renouveau folk. Arraché à son Michigan natal, fraîchement débarqué à New York à l’aube de cette décennie triomphante, Sufjan Stevens enregistre son deuxième album, improbable déclinaison de miniatures électroniques dédiées aux douze signes astrologiques du zodiac chinois (auquel le garçon a rajouté un facétieux Year Of The Asthmatic Cat en hommage à son label et un gonflé Year Of Our Lord en hommage à qui vous savez). Méconnu et mal aimé, Enjoy Your Rabbit(2001) est un bel exercice d’electronica humaniste, ludique et chaleureux, où Sufjan fredonne de temps en temps. Tandis que la suite de son glorieux chemin s’est déjà écrite en lettres d’or sur les pages parcheminées de l’Histoire, un quatuor à cordes bien intentionné et parfaitement introduit entreprend aujourd’hui de ressusciter le lapin électronique en lui jouant du violon. Osso a déjà collaboré avec Sufjan Stevens sur Come On Feel The Illinoise! (2005) et fricote régulièrement avec My Brightest Diamond. Le quatuor a récemment changé la moitié de son personnel mais sur ce disque, la formation comprend encore Olivier Manchon des indispensables Clare & The Reasons. On ne sait pas trop comment leur est venue l’idée un poil ubuesque de ce projet, mais le résultat est suffisamment singulier et séduisant pour qu’on y jette au moins une oreille. S’y confirme que l’enregistrement initial de Sufjan Stevens ne relevait pas du bidouillage électronique au kilomètre, mais d’un beau et rigoureux travail de composition. Si les cordes ont tendance à faire glisser l’ambiance du côté d’une musique contemporaine répétitive et exigeante, on trouvera son bonheur au gré de l’humeur, entre la densité romantique de Year Of The Dragon, les enroulés menaçants de Year Of The Snake ou la transfiguration du minimalisme de Year Of The Horse en épopée épique. Tout ça pour vous dire que, pour un nouvel album de Sufjan Stevens, vous pouvez toujours vous gratter.


Vincent Théval
MAGIC RPM  #137

Les 20 derniers articles ( Chronique d'album )