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Lucky Dog Recordings 03-04 de Stuart A. Staples

chronique d'album
On rêvait depuis des lustres de retrouver la voix profonde de cette vieille carne de Stuart A. Staples mise à nu, loin du giron de ses forts talentueux Tindersticks. L'envie de le découvrir seul face à ses "troubles quotidiens" a fait suite à la sortie de l'inusable Can Our Love... (2001) et sa production si parfaitement léchée qu'une voie nouvelle, certainement plus brute, ne manquerait pas de s'imposer à lui. C'est aujourd'hui chose faite avec Lucky Dog Recordings 03-04 que l'on jurerait enregistré à demeure, en solitaire ou presque, avec les moyens du bord. Entendre notre moustachu préféré jouer de la guitare et de l'orgue sur quelques boucles rythmiques en état d'ivresse éclaire autant sur ses talents d'instrumentiste que sur son apport strictement musical au sein de la formation fétiche de Claire Denis. Plus que la voix du groupe, il semble aujourd'hui plus évident que jamais que l'auteur de l'important Shame On You a beaucoup joué sur les sept albums enregistrés par les Tindersticks. Disque brut de décoffrage privilégiant toujours l'épure, Lucky Dog Recordings 03-04 est unemerveille intimiste, l'écrin idéal pour le timbre le plus sensuel entendu depuis Leonard Cohen et Scott Walker. Sans avoir l'air d'y toucher, "juste pour s'occuper" selon ses propres dires, ce père de famille nombreuse a accouché de dix titres littéralement touchés par la grâce. Épaulé par les fidèles David Boulter à l'orgue et l'harmonium et Terry Edwards au saxophone, l'impeccable Thomas Belhomà la batterie, Yann Tiersen au piano (Staples a chanté un titre en retour sur sesrécentes Retrouvailles), et Gina Foster au chant, Stuart Staples s'est de nouveau adjoint les services du brillant Ian Caple à la production. Qu'il convient d'ailleurs ici de saluer pour avoir su garder à l'ensemble sa cohésion, ses angles à vif et ses grincements délicieux. On connaissait le goût du chanteur pour notre beau pays, la sublime ballade nocturne Marseille Sunshine dans les rues de notre belle citée phocéenne en est une nouvelle preuve. Et si la réalisatrice de Nénette Et Boni n'a pas retenu le splendide Friday Night pour le film éponyme et accessoirement le seul à propos duquel on émettra quelques réserves dans son exemplaire filmographie, on se délectera de sa sépulcrale présence ici. Autre sommet du disque, Shame On Youest chanté avec une ferveur absolue qui donne à penser qu'il ne fait pas bon contrarier son auteur. Emmené par un mélodica inconsolable, le très beau Untitled précède LA berceuse du disque, Dark Days, simplement vêtue d'une guitare acoustique, alors que People FallDown pourrait bien être la synthèse absolue de toutes les chansons écrites par Stuart Staples. On l'aura compris, un magazine entier ne suffirait pas à chanterles louanges de ce Lucky Dog Recordings 03-04 sur lequel on ne manquera pas derevenir... Jusqu'à plus soif.
RENAUD PAULIK
MAGIC RPM  #92
article extrait de :
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