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En musique comme dans la vraie vie, il existe deux catégories de voleurs. D'un côté, ceux qui détroussent à la va-vite, se concentrent sur des proies faciles, agissent avec muflerie et se réjouissent d'un butin qui frise la plupart du temps le ridicule. De l'autre, ceux qui officient avec élégance et ont décidé d'élever le larcin au rang d'art majeur. Des esthètes agissant avec une telle maestria qu'ils inspirent une sympathie immédiate et suscitent une admiration éternelle. De véritables gentlemen que même leurs victimes sont prêtes à applaudir, ébaubies par tant de noblesse dans le geste. Vous l'avez déjà compris, South appartient à cette seconde confrérie. Il pourrait être à la pop music ce qu'Arsène Lupin est au roman policier. Oui, de cette envergure... D'ailleurs, à l'instar des plus grands cambrioleurs, ce trio originaire de Londres a su se faire oublier (quelque peu involontairement, certes...) avant de revenir sur les lieux de son forfait, en plein jour et à visage découvert. Il y a sept ans, il était à la pointe de la hype, signé sur le label Mo'Wax et parrainé par le gourou James Lavelle en personne. Autant de cadeaux empoisonnés pour des débutants qui ont érigé l'éclectisme en profession de foi. Alors, on les a vite priés d'aller voir ailleurs, après la sortie en 2001 d'un premier album mitigé, From Here On In.
Jamie McDonald, Joel Cadbury et Brett Shaw, copains d'enfance et multi-instrumentistes pratiquants, se sont débrouillés tout seuls, ont été recueillis outre-Atlantique et tenté la passe de deux. Sans plus de réussite, tant With The Tides (2004) est cette fois passé complètement inaperçu dans nos contrées. Mais ces gens-là ne sont pas du genre à baisser les bras. Car lorsqu'on ambitionne secrètement de commettre le "casse du siècle", sans "arme, ni haine, ni violence", il faut savoir prendre son mal en patience, répéter jusque dans leurs moindres détails toutes les étapes qui conduiront enfin en terre promise. Une terre promise qui ressemble ici au nord de l'Angleterre, où réside la victime désignée. South est bien parvenu à dérober à New Order sa quintessence. Il suffit de quelques secondes pour s'en convaincre, celles de l'intro de Shallow, portée par une basse familière et une guitare d'une sobriété exemplaire. Puis le morceau prend son envol mélodique, véritable coup d'envoi d'une Ceremony qui s'annonce sous les meilleurs auspices. Plus loin, A Place In Displacement tient du miracle et, en un tour de passe-passe temporel, fait se télescoper les années 1985 (Love Vigilantes) et 2001 (Turn My Way) pour quelques minutes que l'on aimerait voir durer une éternité. Alors, on se prend à espérer que ce rêve ne finira jamais, en particulier lorsqu'on découvre le bien nommé Speed Up/Slow Down, tout en digressions pétillantes. Le triumvirat londonien, fier d'avoir réussi son coup (on le comprend), songe même à sabrer le hampagne... Au lieu de ça, dans un dernier élan de bonté accompagné un clin d'oeil entendu, il s'amuse à imaginer la plus belle reprise écoutée, jusqu'à nouvel ordre, de Bizarre Love Triangle, le temps d'une rencontre au Paradise entre candeur acoustique et intelligence électronique célébrée sous une pluie de clochettes féeriques et accompagnée de choeurs célestes.
Mais parce que South a suffisamment perdu de temps, il se décide à assouvir toutes les lubies qui lui passent par la tête. Alors, le groupe s'échappe pour profiter d'une tranquille ballade champêtre en compagnie de la douceur vocale de Pearl Lowe (Know Yourself), se lance dans une cavalcade euphorisante, véritable numéro d'équilibriste rythmique à la nonchalance étourdissante (Up Close And Personal). Sans qu'on sache trop comment, il a même retrouvé les guitares restées si longtemps en orbite autour de Marquee Moon et leur présente une mélodie aveuglante qui regarde Mansun droit dans les yeux pour un You Are One d'anthologie. Entre la pop mélancolique de Safety In Numbers et le folk dénudé de Flesh And Bone, on reste admiratif face à What Holds Us, délicieuse voie lactée musicale que l'on pensait seulement pouvoir contempler de l'autre côté de la planète, allongé dans le bush australien. Cette fois, il n'y a plus de doute : cet hiver, dans le ciel de South, les étoiles vont briller de mille feux. Vous auriez tort de vous priver d'un tel spectacle.
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