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Fire Spirit


Il y aura bientôt seize ans, on découvrait le trio franco-américain Sixteen Horsepower et son rock poussiéreux, mélange de folk des Appalaches et de country antédiluvienne. Emmené par David Eugene Edwards, un leader presque trop habité pour être parfaitement malhonnête – pour faire court, ce géant blond évoque un croisement entre Jeffrey Lee Pierce et Nick Cave – qui, accompagné de la section rythmique de feu Passion Fodder Pascal Humbert et Jean-Yves Tola, parvint dès ses débuts à marquer les esprits (bons ou mauvais) au fer rouge. Et qu’importe si sa discographie s’étendit par la suite sur trois albums, autant de live et une poignée de formats courts : le sombre chanteur avait tout dit dès l’inaugural Sackcloth’N’Ashes, son chef-d’œuvre de folk punk gothique paru en 1996, l’année même où Nick Cave, fort occupé à faire valser PJ Harvey et Kylie Minogue le temps de mièvres Murder Ballads, laissa le champ libre à toute concurrence… Aujourd’hui encore, quelle expérience que de plonger dans cet univers hanté par le gars Mitchum de La Nuit Du Chasseur (1955) et les lectures discutables d’un grand-père pasteur nazaréen spécialisé dans les enterrements ! Du fond de son Colorado natal, Edwards aux mains d’argent n’oublia jamais qu’il fit ses premières gammes au sein de diverses formations Gospel, avant de prendre en pleine figure les œuvres de la Carter Family, Leonard Cohen, Creedence Clearwater Revival et plus tard Joy Division, Gun Club ou Violent Femmes



Autant d’influences majeures qu’il révéra au fil d’une poignée de reprises cinglantes : de Fire Spirit à The Partisan (en duo avec son émule bordelais Bertrand Cantat), en passant par Bad Moon Rising, Days Of The Lords et Heart And Soul, ces deux dernières étant malheureusement absentes de Yours, Truly. Cette tardive double compilation qui, composée d’un disque de douze classiques remasterisés et d’un autre de treize raretés, a le mérite de prouver que six ans après sa séparation, la musique du groupe n’a pas pris une ride, le vibrant trio que l’on reléguait jadis au rôle de Bad Seeds du pauvre entrant enfin dans le temple de l’americana par la porte de service – Jim Morrison, quand tu nous tiens. Avec les mémorables Black Soul Choir, Low Estate, American Wheeze et quelques autres, on se laisse emporter par cette fiévreuse guitare de 1920, un banjo rustique ou un bandonéon morbide qui mènent une danse de Sabbat à l’issue de laquelle la messe (noire) semble dite : c’est un poison violent qui coule dans les veines de cette Amérique sudiste et puritaine, martyrisée par des fantômes jadis croisés chez Cormac McCarthy ou Faulkner.

Plus cultivé que Grant Lee Buffalo ou Certain General et plus sombre que Palace Brothers, Sixteen Horsepower s’inscrit – essentiellement au niveau des textes – dans la fière lignée de ces paysans musiciens qui, face au studio itinérant du génial Alan Lomax, livraient un combat permanent entre le bien et le mal. Écartelées entre un goût prononcé pour les alcools forts, la fornication et tous les sermons qui en découlent, ces chansons de misère disaient beaucoup avec peu de notes : on ne saurait trouver meilleure définition de l’œuvre du romantique David Eugene Edwards ! Retour sur les premiers pas d’un puriste qui, suite au dépôt de bilan de sa petite entreprise, s’acoquina avec Jim White (Searching For The Wrong-Eyed Jesus, 2004) et forma Wovenhand (sept albums au compteur), Yours, Truly réanime la flamme comme dans la bonne vieille chanson de Jeffrey Lee Pierce : “I am going to the mountains with the fire spirit, no-one will accept all of me, so the fire will stop”. A quoi bon lutter ?

Low Estate

Renaud Paulik
MAGIC RPM  #155

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