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Le hip hop en France est en train de traverser sa première crise de croissance car plusieurs signaux structurels et conjoncturels s'allument en même temps. Tout d'abord, dès qu'un style semble porteur, les maisons de disques se précipitent et signent à tour de bras, provoquant une surproduction pléthorique qui s'ajoute à l'explosion des autoproductions. Ensuite, l'émergence du CdR a touché en premier le genre, diminuant à une vitesse inquiétante ventes et profits. Ajoutez à cela, une régression qualitative certaine à une saturation auditive même chez les plus férus et on comprend mieux que le milieu de hip hop affiche une nervosité qui l'amène à se retrouver de plus en plus présent dans les rubriques faits divers. Dans ce contexte, Saïan Supa Crew affiche cependant des qualités. Le flow est fluide et sait parfois devenir épileptique à la Busta Rhymes ou emboîter le tortillard ragga et l'humour pointe par intermittence comme sur Ring My Bell (version human beatbox) ou les drolatiques G-Padpo ou Pitchy & Scratchee Show. Cependant, Saïan Supa Crew traîne les défauts de sa jeunesse. Les paroles manquent trop souvent d'originalité et la musicalité souffre parfois d'anémie. Sans parler de l'overdose de morceaux (vingt !). Des défauts trop rédhibitoires pour sortir le groupe du flot des productions courantes et justifier la hype qui, déjà, l'entoure.
Joël Tanter
MAGIC RPM  #35
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