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Aucun doute, si Ben Folds était une fille, il serait Regina Spektor : même jeu de piano enlevé et plein, même goût pour les mélodies amples et sucrées, même approche très narrative de l’écriture. Ces deux-là se sont d’ailleurs trouvés l’an passé, partageant l’affiche du formidable single You Don’t Know Me. Bonne nouvelle, à l’heure du cinquième album, la jeune femme rejoint son collègue sur les cimes de la pop américaine à piano qui fait plaisir et émeut dans un même élan généreux et décomplexé. Produit avec une efficacité redoutable par un trio de grosses pointures (Jacknife Lee, Jeff Lynne et Mike Elizondo qui s’occupent chacun de trois ou quatre morceaux), Far reste à la fois cohérent et sobre, par la grâce de mélodies divines, d’une voix adorable et d’arrangements qui trouvent un équilibre parfait entre le piano, les rythmiques pétillantes, les cordes et les cuivres.

Tout fonctionne à merveille et touche au but, les tueries pop au miel d’acacia (The Calculation, Eet, Folding Chair, Two Birds) comme les ballades sensibles à la camomille (Blue Lips ou Wallet, joli portrait chinois au cœur d’un portefeuille). Et on a beau savoir que Laughing With servira de bande-son lacrymale à quantité de série télévises américaines plus ou moins valables, la chanson fait son petit effet, bise glaciale qui souffle sur le disque avec insistance. Ailleurs, Regina Spektor insuffle ce qu’il faut d’excentricité et de fantaisie (Dance Anthem Of The 80’s) pour s’imposer en douceur comme l’un des plus précieux antidépresseurs de l’été.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #134

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