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Dès son arrivée au sein de Depeche Mode, en 1982, l'influence du claviériste Alan Wilder sera à l'origine de l'accentuation des nuances de plus en plus ténébreuses que prendront les arrangements et l'environnement électronique du groupe. À son départ treize années plus tard (Dave Gahan est alors au sommet de ses addictions suicidaires, et l'ambiance délétère), son projet annexe Recoil, théâtre d'expérimentations hors contraintes du format pop né en 1988, prendra de l'ampleur et l'habitude d'inviter une noria de vocalistes et instrumentistes illuminés (Diamanda Galas, Tanya Donnelly et Moby), pour enrichir la matière de ses longues plages d'obédience cinématique. Après un long silence de cinq ans, le revoici accompagné d'une section rythmique, de la chanteuse Carla Trevaskis et surtout de Joe Richardson, un bluesman de la Nouvelle-Orléans, dégoté au pifomètre en pianotant sur un célèbre moteur de recherche. Le gros son des boucles et volutes électroniques en techni(o)color de l'Anglais (non sans rappeler l'opulence du Massive Attack des débuts) viennent épouser les tablatures et les riffs d'harmonica, joués par un écorché qui porte en lui toute l'âme et l'intensité des mélopées que les travailleurs-esclaves noirs chantaient pour se donner du cœur à l'ouvrage dans les champs de coton (The Killing Ground, 5000 Years). Un travail et une écriture parfaitement adaptés au thème central de SubHuman qui se demande pourquoi les êtres humains ont, depuis la nuit des temps, pris l'habitude épouvantable de trouver des prétextes aussi divers que fallacieux (couleur, religion, orientation sexuelle, etc.) pour maltraiter, humilier et exploiter leurs semblables. À sujet sombre, musique sombre et aux désespérés les chants les plus beaux.

Marc Gourdon
MAGIC RPM  #112

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