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Church With No Magic de PVT

chronique d'album
Misère ! Pivot n’est plus Pivot. On ne parle même pas de cette entourloupe jouée au trio anglo-australien par un obscur combo yankee homonyme, médiocre et procédurier. Pivot a donc largué ses voyelles et, c’est plus triste, une grande part de son inspiration. Dénuée de magie, cette église est aussi grise et sans âme que O Soundtrack My Heart (2008) était étrange et obsédant. La violence sourde qui l’inondait a disparu au profit d’un liquide sonique qui frémit plus qu’il ne bouillonne. Évidemment, on ne demandait pas un O Soundtrack My Heart bis, ce dernier étant déjà le fruit d’une renaissance miraculeuse, et la preuve que Pivot gagnait à se réinventer. Or, Church With No Magic relève plutôt d’un repositionnement dans la banalité. PVT conserve de beaux restes : les passages noise de Crimson Swan présagent d’envolées façon Stuka, et les bidouillages investissent chaque parcelle du morceau.  L’onirisme sous tension de Waves & Radiations, comme rescapée des Granges Brûlées (1973) de Jean-Michel Jarre, témoigne encore de la vitalité de Dave Miller et des frères Pike.

PVT - Window

Un savoir-faire jamais démenti : Light Up Bright Fires, alliance entre synthés angéliques, basse féroce et batterie éclatée, est brillamment produit par le trio et Burke Reid. Mais qu’est-ce qui cloche, au juste ? Le guitariste Richard Pike s’est découvert une voix : échantillonné, modifié ou en prise directe, ce chant est la trouvaille de ce disque. Et fait parfois mouche : la voix lugubre de Crimson Swan évoque (forcément) Michael Gira. Dommage que cette (bonne) idée prenne des allures de cache-misère, collé n’importe où et limité à quelques boucles chorales dont on a vite faire le tour – Pike évoque un Tyondai Braxton du pauvre ou songe au Suicide (les inflexions hoquetées du titre éponyme). Finie l'aphasie, place à l'emphase – The Quick Mile mime Thom Yorke. Où sont passés le souffle épique, la richesse sonore, la tension sous-jacente ? Du miracle d’il y a deux ans, ne reste plus grand-chose. Et la formation, que l’on tenait pour le plus grand groupe du monde (avec quelques dizaines d’autres, d’accord) s’effondre sous nos yeux, sans que l’on puisse esquisser un geste. Reste à prier pour une éventuelle résurrection.
Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #145

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